Affichage des articles dont le libellé est progrès. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est progrès. Afficher tous les articles

25/04/2009

Hollywood poétise la Crise

La vogue des extra-terrestres sauveurs de l’Humanité reprend du galon dans les salles obscures. Exemples avec deux films récents : Prédictions (2009) avec Nicolas Cage, et Le jour où la Terre s’arrêtera (2008) avec Keanu Reeves. 2 films intéressants à décortiquer, pour la teneur en propagande (new age) qu’ils contiennent.

Dans les deux films nous sommes confrontés à l’idée d’une apocalypse imminente. N’y voyez aucun trait relevant de la science-fiction ou de l’imagination. Au contraire ! Les références à l’actualité sont légion. Si légion qu’on prend les films pour ce qu'ils sont : de la morale de masse. Dans Prédictions, le héros, incarné par un Nicolas Cage alcoolique, découvre un manuscrit nostradamesque datant des années 60, et contenant, sous forme de suite de chiffres, la liste des grandes catastrophes humaines (crash, explosions, incendies, 11 sept.) advenues depuis 40 ans. Et bien évidemment, le manuscrit contient les catastrophes à venir, parmi lesquelles la fin du monde.

N. Cage déchiffre un manuscrit dans Prédictions


Dès le début du film Le Jour où la terre s’arrêtera, les informations télévisées annoncent, suite à l’atterrissage d’un OVNI, que le monde entier est aux aguets. Les croyants de toutes religions s’unissent en prières. Poutine, Benoît XVI prononcent des discours pacificateurs (Obama le Messie n’avait point encore été élu lorsque le film fut tourné). Toujours dans ce film, Les responsables religieux parlent d’une nouvelle ère à venir. La crise de panique étend ses bras de pieuvre sur l’humanité épleurée. « Ils refusent de changer », diagnostique un extra-terrestre en mission sur la terre depuis 60 ans. Déguisé en humain, il s’est créé une famille, et sa sensibilité l’empêche d’être impartial : « je ne pense pas qu’il faille les détruire. Non il ne faut pas les détruire. Les humains ont en effet une autre facette, qui est attachante », dit-il à l’extra-terrestre venu sauver la planète de la race humaine (Keanu Reeves incarne cet extra-terrestre salvateur). Un prix Nobel de mathématiques aura même ce mot, superbe témoignage de sa bonne foi : «ce n’est qu’au bord du précipice qu’on peut évoluer». Les humains ne seront donc pas détruits, s’ils acceptent d’évoluer ? Eh bien, ils surviveront. Finalement Keanu se laissera attendrir par les yeux de l’héroïne. Vous avez une autre facette, lui dira-t-il avant de mourir dans un nuage de poussière ! Keanu l’extra-terrestre, qui a le pouvoir de ressusciter les morts, de guérir n’importe quelle blessure, épargnera l’Humanité par compassion, après lui avoir asséné une sévère leçon par le biais d’un Robocop haut de trente-six mètres , au moyen de son regard laser destructeur. Ce nouveau Jésus dit aux hommes d’être moins pollueurs, et ça marche.

Le robot châtieur dans Le Jour où la Terre s'arrêtera (titre original: The Day the Earth stood still)


Mais dans Prédictions, tout n’est pas si rose. L’apocalypse aura bel et bien lieu. Et seuls seront sauvés les "élus". Les élus sont des enfants montrant une aptitude particulière, qui consiste à lire l’avenir. Ces élus sont soigneusement sélectionnés, et finalement transportés, puis déposés dans des mondes extra-terrestres où, deux par deux, ils rejoueront Adam et Eve dans de nouveaux jardins d’Eden. Pendant ce temps, le reste de l’humanité est mort et la terre avec eux (parce qu'ils le valaient bien). Il n’est pas inutile d’observer la tête des androïdes chargés de sélectionner les «élus» : apparemment ce sont des hommes, très blancs de peau, aux cheveux blonds et aux yeux noirs : des albinos qui ne se déplacent que la nuit. Des hommes qui n’en sont pas, après tout peu importe de savoir ce qu’ils sont. L’important est de savoir qu’en ouvrant la bouche ils peuvent déclencher un ouragan.

Grâce au précieux manuscrit trouvé qui lui indique les prochaines catastrophes , N.Cage assiste en live et en exclu à des crashs aériens (Prédictions)


Tout cela est pétri de beaux sentiments et de menace de destruction. Je le répète, on en rirait si les échos de l’actualité ne venaient s’y faufiler. Par exemple, il est clair que lorsque Keanu vient sauver la terre des humains, c’est un souci écologique qui le motive. Un postulat écologique interplanétaire puisque c’est sur le conseil de là-haut qu’il est venu effectuer sa mission. Trop pollueuse, engeance destructrice, bonne à rien, l’espèce humaine mérite de mourir, mais la bonne terre Gaïa qu’ils spolient ne mérite pas, elle de mourir. C’est elle, et elle seule, qu’il faut sauver. Quant à Prédictions, idem: même si l’Apocalypse est censée être une conjonction des efforts destructeurs des hommes et de la nature, les hommes mourront, sans qu'ils y soient pour quoi que ce soit, à cause de la poussière de soleil... Le soleil, ancienne divinité mythologique bafouée, prouve son pouvoir en distribuant la mort.

Ainsi dans ces deux films Gaïa et Râ rugissent, réclamant les droits que les siècles de corruption leur ont ôtés. A quand un film où un dieu-lune s’avancera muni d’un sabre pour châtier les incroyants?

Une autre convergence consiste dans la description des extra-terrestres : ils sont comme des hommes, humains et divins à la fois, bons et châtieurs en même temps. L’un, campé par Keanu Reeves, a débarqué sur terre dans son OVNI, ressemblant plus à un androïde aquatique (sans yeux ni bouche) qu’à un homme. Blessé par balles par les policiers xénophobes, il se retrouve à l’hôpital dans un état critique. C’est là qu’il se défait de sa chair pâteuse pour découvrir l’homme, beau comme un sou neuf (c'est Keanu!). Cet homme est plus humain que les humains même, il est d’autant plus doux et compréhensif qu’il est capable de tuer quiconque s’oppose à ses volontés. On a également droit à une scène d’OVNI dans le film Prédictions, et là, l’allusion à des dieux est plus que troublante. Il s'agit de la scène finale où les « élus » montent en vaisseau. Et les extra-terrestres à bord, eux aussi androïdes informes et transparents, sont auréolés d’ailes gigantesques qui les assimilent, dans l’imaginaire du spectateur, à des anges. Ces «anges» refusent pourtant que le héros Nicolas Cage, papa de l’élu, monte dans l’ovni ; car seuls les élus s’embarqueront pour un nouvel Eden. Comme je l’ai déjà mentionné plus haut, d’autres extra-terrestres constellent le reste de ce film : ils ressemblent à des albinos, aux traits fins et aux yeux inexpressifs, au souffle destructeur , et malgré leurs pouvoirs immenses et leur empathie certaine, ils laissent l’humanité mourir.

D’une part, on a une idélogie païenne très à la mode, axée sur la vengeance des éléments naturels (terre et soleil/Gaïa et Râ, ou autre) ; d’autre part des extra-terrestres qui nous sont si supérieurs moralement qu’ils décident positivement, de façon pragmatique, de nous détruire ; tout cela sur fond d’actualité et de catastrophes, de crise mondiale et de solidarité écologique. Tout cela pue la propagande. Et pour cause, les deux films sont des navets (Predictions étant tout de même d’une qualité légèrement supérieure au Jour où la Terre s'arrêtera, lequel, qui pis est, est un remake). Le cinéma devient le relais des médias sur la conduite citoyenne à adopter. Quoiqu’il en soit, les deux films appellent à une nouvelle ère, évoquant une crise subite de plein fouet (crise comparable à une poussière de soleil ou un O.V.N.I.) laquelle crise, dans la douleur, accouche de l’Homme Nouveau, l'Ere du Verseau supplantant celle du Poisson, engageant tout sectateur de la télévision à respecter la planète avant ses voisins. On n’ose pas parler de néo-communisme orwellien, car le seul pouvoir de révolte que le citoyen mondial détienne, consiste dans le tri des déchets et la limitation des naissances : bref l’engagement citoyen. Le respect de Gaïa passe par le tri écologique et le contrôle de la population (quand on est trop, on pollue).

L’autorité revient aux plus intelligents : le petit nombre de dieux à l’apparence humaine décide de notre survie, de notre mort et de notre avenir. Fiction, me demandez-vous ? Pour l’emballage, peut-être. Propagande ? je l’affirme. N’a-t-on pas vu dernièrement un certain président publier une lettre dans 30 journaux internationaux? Le sommet du G-20 écrit-il, doit permettre d'ouvrir une «ère nouvelle d'engagement économique capable d'empêcher à l'avenir une telle crise de se reproduire» ? ... L'évolution au bord du précipice, hmm? Les O.V.N.I.S. et catastrophes, les "crises mondiales" servent à prévenir et à guérir l’humanité de ses torts ancestraux, etc. N’a-t-on pas entendu tout récemment un «vert», Yves Cochet, s’efforcer de faire entendre raison aux "citoyens du monde", les enjoignant d'arrêter de faire des enfants sous peine d’être privés d’allocations ? Ce même Yves Cochet dans sa supplique alla jusqu'à avancer qu'un gosse coûtait 620 aller-retour Paris-New York. Et voilà pour la morale: un gosse c'est pourri, ça balance du Kerozène sur l'océan; vous voyez pas que l'humain c'est pourri par essence ?

Une contradiction immense se fait jour : les films de science-fiction réduisent désormais l’imaginaire à zéro. Pour couper court à toute velléité d’évasion et remplir l’imagination de préceptes « moraux ». Pour conditionner même nos rêves (qui n’a jamais rêvé à partir de livres/films de S.-F ?)... Quoi ! les extra-terrestres sont écologistes ! quoi ! ils sont malthusiens avec cela ? En réalité, on vous dit que même si les extra-terrestres ont une conscience sociale, c’est donc qu’un humain aussi pouilleux que vous en est capable.

--

Edit.: après la rédaction de ce message, j'entendis Obama déclarer, en riant, qu'il était le Messie venu sauver ... la planète Terre! Et tout le parterre de s'esclaffer. L'humour, le meilleur moyen pour faire passer des vérités. L'écologie, nouvelle religion... C'est officiel, et c'est pour rire! Ha! ha! ha!

01/12/2008

Philosophes versus Jésuites : le triomphe du mensonge



Le mensonge n’est un vice que quand il fait du mal ; c’est une très grande vertu quand il fait du bien. Soyez donc plus vertueux que jamais. Il faut mentir comme un diable, non pas timidement, non pas pour un temps, mais hardiment et toujours... Mentez, mes amis, mentez, je vous le rendrai dans l’occasion.

Lettre de Voltaire à M. Thiriot, 21 octobre 1736 .



Chers lecteurs, je m'en vais vous entretenir d’un roman étonnant, La Terre des Guaranis d’Eugénio Corti (tout récemment publié aux éditions l’Age d’Homme). En guise d'introduction, je vous livre ici la quatrième de couverture :

"Ce roman historique évoque l'épopée et la tragédie des Guaranis au XVIIIème siècle, à l'époque des reducciones jésuites en Amérique du Sud. On sait que ces missions jésuites auprès des Indiens guaranis ont duré près de 150 ans, de 1609 à 1768. Les terres des Guaranis s'étendaient sur une surface immense, correspondant, en termes actuels, au nord de l'Uruguay, au sud-est du Paraguay et traversant le Brésil et l'Argentine. Le fonctionnement des "réductions" était tout à fait particulier. Toutes bâties sur le même plan - au centre du village se trouvaient l'église et un collège (l'enseignement pour les garçons et les filles était obligatoire pendant cinq ans), qu'entouraient des écoles d'artisanat et des ateliers - elles étaient gouvernées par un corregidor guarani, l'autorité spirituelle étant exercée par les deux jésuites - au maximum - qui vivaient dans chaque "réduction". L'élevage et la culture du maté étaient les grandes ressources de ces communautés où les Guaranis, qui s'étaient volontairement mis sous la souveraineté du Roi d'Espagne, vivaient libres, dispensés du servage.

La Terre des Guaranis nous fait revivre, à partir de 1740, la vie d'une de ces "réductions", à l'époque de leur apogée puis de leur déclin. Les razzias des bandeirantes, esclavagistes portugais du Brésil, constituent une menace permanente. Les appétits des grandes puissances sont manifestes. Le traité signé en 1750 entre le marquis de Pombal et Ferdinand VI, au terme duquel l'Espagne cède au Portugal une grande partie du territoire des Missions, sonne le glas des "réductions". La suppression de la Compagnie de Jésus aggrave la situation des Guaranis. Ils ne pourront résister longtemps aux armées espagnole et portugaise qui imposent l'application du traité. Mais l'idéal des "réductions" n'est pas pour autant effacé des terres ni des coeurs des Guaranis, qui semblent pourtant condamnés à retourner à l'état nomade.

Eugenio Corti a peint ici une superbe fresque historique sur trois générations, nous faisant suivre les vicissitudes d'une communauté qui ne plie pas devant la violence de l'Histoire, et a créé des personnages inoubliables. La peinture de la vie quotidienne de la "réduction" et des éternelles passions des hommes, alternent avec d'admirables descriptions de scènes de batailles, de la forêt, de voyage vers les grandes villes, où parviennent, tamisés, les échos des évènements qui sont en train de bousculer l'Europe. Dans ce roman, l'auteur du Cheval rouge use d'une technique narrative inédite, d'une grande efficacité, qui situe le lecteur à la fois au coeur des évènements et de la création littéraire, le plongeant dans une atmosphère captivante qui constitue sa signature."

Le romancier Eugenio Corti , auteur de La Terre des Guaranis


Ce roman traite d'un sujet qui m'est cher : la liberté acquise grâce à Dieu, et inversement, l'esclavage qui revient en force en son absence. Cette oeuvre selon moi, vaut avant tout pour la fresque historique qu'elle reconstitue. L'action du roman commence donc en 1750, s’achève en 1788. Elle prend lieu sur trois générations. Elle dit la beauté, la puissance de l’œuvre missionnaire chrétienne. Les Jésuites ont amené les Indiens Guaranis à la civilisation, presque à la hauteur des Européens en à peine 150 ans. Mais en priorité, ils les ont sauvés de l’esclavagisme des Portugais, grâce à l’accord du royaume d’Espagne avec la papauté. Ils ont littéralement sauvé le peuple Guarani. Or suite à l’expulsion des Jésuites de tous les royaumes européens (cette expulsion est quasi-simultanée en Europe: 1759 pour le Portugal, 1762 pour la France, 1767 pour l'Espagne; et suppression de la Compagnie en 1773 ), les Guaranis sont destinés à retomber dans l’état dont on les avait tirés : le nomadisme, état qui les rendait justement vulnérables aux esclavagistes...

Le roman est évidemment d’actualité (comme l’était Caton l’Ancien, du même auteur). L’auteur taille des portraits à nos « philosophes » modernes, appelés aussi «progressistes». Ainsi, dans le roman, lorsqu’un jésuite français, le père Paul Dalmais, arrive dans la Réduction (village) non encore sur le déclin, il évoque avec inquiétude l'influence grandissante de Voltaire en Europe qui, dans Candide, décrit les Jésuites comme des profiteurs, mangeant dans des bols d’or, entourés de colibris superbes, lorsque les guaranis se nourriraient de bolées, assis sur de la paille...

PERE PAUL « Nous pouvons rire. Mesurez-vous toutefois l’hostilité que des pages telles que celles-ci vont susciter petit à petit à notre égard ? Nous sommes aussi présentés comme des gens violents et portés sur les armes (lecture). Vous voyez ? Ces mensonges entretiendront l’aversion qu’ont surtout pour nous les gens qui lisent, les gens cultivés et ouverts au progrès.

PERE NABORRE : en fin de compte, si j’ai bien saisi, alors que nous nous dépensons sans compter pour sauver tous ces peuples de l’extermination, elles ne peuvent que se multiplier, toutes ces personnes cultivées s’évertuant à nous mettre des bâtons dans les roues et même à nous chasser si elles le peuvent, en toute bonne foi ».


Lever de Voltaire, par Huber. A peine debout, il œuvre pour le salut de l'Humanité (en mode rappeur)


Voltaire, qui les fait rire amèrement, déclenchera, par la seule force de « l’opinion », et au mépris de toutes leurs œuvres, la perdition de l'œuvre des Jésuites et du peuple Guarani, qui a lui-même œuvré pour sa plus grande gloire. «Comprenez-vous ce mot «progressistes», demande encore Père Paul. Cela veut dire qu’ils veulent faire progresser le monde. Ces philosophes prennent de plus en plus de place en Europe. Non tant chez les petites gens bien entendu, mais auprès des gens cultivés et principalement dans les cours, chez les souverains».

Effectivement, en 1767, lors de l’expulsion des Jésuites d’Espagne et de toutes les colonies espagnoles, les Jésuites devront quitter les Réductions qu’ils avaient construites... Les colons n'apporteront que la destruction et les viols. Quant aux fonctionnaires censés protéger les Guaranis, leur action se caractérisera par le vol généralisé. Les soldats proposeront de l'alcool à certains Guaranis (l'auteur sait ce qu'il écrit : beaucoup de Guaranis actuellement, souffrent d'alcoolisme), comme au temps des esclavagistes. Quant aux Guaranis qui tenteront de se défendre des agressions, ils seront évidemment arrêtés, et devront fuir pour échapper à la mort. Il n'y a pas de place pour l'amour en ce monde, dit un père. Si cela est vrai, les réductions n'étaient-elles pas vouées à l'échec de toute façon? Ce progrès, les privant de toute protection, n'était-il pas inéluctable?

Ruines de la Reduccion (Réduction) San Miguel en Bolivie

Les fonctionnaires envoyés par le royaume après l'expulsion des Jésuites, tenteront philosophiquement de mettre en place une "société individualiste" remplaçant ainsi une société "organique" et "communautaire": c'est-à-dire une nouvelle société libérale, sans Dieu, prototype terrifiant de notre société moderne. Dans le roman,en 1768, Sanginès , l'administrateur général, fait son pompeux discours d'entrée: "Monsieur le Corrigedor (maire) Nazareno Poti et vous tous du village: écoutez-moi bien. Une ère nouvelle commence aujourd'hui pour le peuple des Guaranis, en effet vous ne serez plus assujettis au pères jésuites, mais pleinement libres, comme tous les autres citoyens espagnols". Pour mâter toute rébellion, on promet alors aux nobles guaranis (les caciques) de pouvoir s'enrôler dans les troupes royales. Deux ans plus tard, après les vols commis par les fonctionnaires, le même idiot récidive :


"Et peut-être, eu égard à ce qui est en train de se produire, vous devez penser que je m'estime aujourd'hui contredit par la réalité... que j'ai perdu mes espoirs à cause de ce véritable désastre que nous sommes en train de constater, après deux ans d'essai. Eh bien non! Si l'éloignement des pères jésuites a -pour le moment et ici comme ailleurs -, conduit à un ... recul généralisé -, je l'admets volontiers, oui je l'admets volontiers -eh bien, tout cela ne suffit pas à désavouer les principes de la grande philosophie nouvelle! ... Tout simplement : nous n'avons pas pris... les bons moyens... et nous n'avons pas agi avec ... assez d'énergie".


Les moyens efficaces de ces progressistes consisteront à brûler les livres écrits en guarani, tous les livres...


Lever de Voltaire (détail).

Le roman s’arrête symboliquement en 1788, veille de la Révolution française, bien après les guerres des colonies contre les royaumes, guerres dans lesquelles les Guaranis furent enrôlés et réduits à se battre les uns contre les autres. Mais, dans le fiasco de l'histoire, il reste de l’espoir, et cet espoir est singulièrement d’actualité: on suit la vie et la famille de Nazareno Poti, artisan guarani, peintre, et corrigedor. Nazareno lutte de toutes ses forces contre la violence. C’est pourquoi il faut lire ce livre, car on ne saurait tout raconter ici: aussi n'ai-je abordé le roman que sous un angle, précisément historique. Cette épopée ne se réduit pas à une charge contre le progressisme, condamné à la stupidité et au déni psychotique du réel: cette épopée est la narration et la description du miracle jésuite.




Pour conclure ce billet sur une note plus actuelle j’évoquerai le fait qu’ Eugenio Corti s’est inspiré du très beau film Mission, tout en allant plus loin, en précisant les enjeux de la mission jésuite: il s’agissait avant tout d’annihiler les œuvres perverses des conquistadores et de lutter contre l’esclavagisme. Surtout, E. Corti expose, d'une façon parfois trop didactique, les causes de la destruction de ces Réductions. Tandis que le film Mission évoque la lâcheté du pape, ratissant quelque peu sur la vogue de l’anticléricalisme voltairien, La Terre des Guaranis insiste sur la lâcheté des royaumes influencés par ces mêmes "voltairiens", qui s'allient aux réactionnaires esclavagistes dans une haine commune des Jésuites ... Corti met en lumière le fait que les seuls révolutionnaires, dans cette histoire, sont bien les chrétiens, Guaranis comme Jésuites. Des révolutionnaires d'une espèce rare, pétris du plus beau paradoxe de l'histoire de l'humanité: des révolutionnaires abolissant l'esclavage mais soumis, par amour du Christ, à leur hiérarchie. Et le film Mission montre aussi cela avec le personnage du père Gabriel. (interprété par J. Irons) J’évoque ici le film, car le romancier Corti fait commencer son roman dans une scène évoquant celle du film de Roland Joffé, lorsque le père Gabriel escalade les rochers jouxtant les chutes d'eau, afin de jouer de la flute au milieu des bois où les Guaranis le dévisagent, intrigués et médusés. Dans le roman d'Eugenio Corti, le prêtre se rend également auprès de nomades Guaranis, mais accompagné d’autres Guaranis (chrétiens), et ce sont eux , non le prêtre, qui jouent de la flûte. Simple clin d'œil aux dons extraordinaires des Guaranis pour la musique ,ou hommage rendu à la forme de propagande catholique ? Ci-dessous, pour vous, voici un clip vidéo à partir du film "Mission", qui a une bien belle musique à son actif :





A l'attention des lecteurs que le sujet intéresserait, je renvoie à ce qu'écrivit le comte de Bonald sur la réputation fort malmenée des Jésuites, réputation créée aux XVIIIe et perdurant au XIXe siècle : ici.

Et
là, pour un aperçu historique de la question des Jésuites au Paraguay.

Bonne lecture !

29/06/2008

Regards divergents sur l'enfant: petit aperçu historique


Dans le Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley, on sélectionne les bébés, on les classe en futures professions. Les êtres humains appartiennent aux groupes Alphas ou Epsilons selon le traitement chimique qu’ils ont reçu lorsqu'ils étaient embryons ou nourrissons. On leur donne ces traitements en fonction du groupe dans lequel on les juge les plus aptes à (sur-) vivre. Ici, rien que du cynisme, ne laissant aucune place à la liberté. Certaines âmes s’alarment à l’idée que cette image d’une société future puisse être le produit d’une évolution inéluctable. Et pourtant il semble bien que le traitement des êtres humains en tant qu'"objets" soit une régression, ne différant en rien de la conscience médicale païenne. Selon Hippocrate, il était naturel de savoir « quels enfants il convient d’élever ». Soranos d’Ephèse définissait la puériculture ainsi : c’est l’art de décider « quels sont les nouveaux-nés qui méritent qu’on les élève ». Régine Pernoud (dans La femme au temps des cathédrales) commente :

« Cette impitoyable sélection ne caractérise pas seulement une attitude scientifique, mais également celle d’une société tout entière. En effet, Cicéron, que l’on ne peut accuser d’inhumanité, pensait que la mort d’un enfant se supporte aequo animo (d’une âme égale). Sénèque jugeait raisonnable la noyade des enfants débiles et faibles. Tacite qualifie d’excentrique la coutume des juifs à ne vouloir supprimer aucun nourrisson ; et quand Justin évoque le respect des chrétiens pour la vie de l’enfant il précise : « fût-il nouveau-né».

Voilà le degré d’amour que nos sages Anciens avaient pour les bébés. Quant à l’avortement, il était pratique courante, comme on le sait. Saint Basile s’insurgeait que l’on osât se demander si le fœtus était formé ou non en cas d’avortement: pour lui comme pour les chrétiens, l’enfant à naître, comme l'enfant nouveau-né, était une personne, un être humain.

Au début de notre ère donc, le refus chrétien de l’infanticide et de l’avortement s’oppose à la barbarie païenne (1) et s’impose comme une nouveauté s'élargissant à bien des domaines. On respecte désormais femme et enfant, alors que la femme n'était qu’un objet dans le droit romain (elle appartenait au père ou au mari), et que le père, à la naissance de son enfant, décidait, par un geste, de sa vie ou de sa mort (le droit de vie et de mort est retiré au père, par la loi civile, en 390 après J.-C). Le refus de cette barbarie s’inscrit dans le contexte, plus général, de respect de la vie et du Créateur. La femme et l'enfant deviennent des personnes, reconnues à l'égal des hommes, comme des créatures d'un Dieu d'amour; la femme veuve, archétype de l'être abandonné, passe d'un statut de misère totale à celui de première assistée (cf. Actes des apôtres). Une nouvelle ère commence, véritablement libre. L'esclavage, la servitude, par opposition, c'est la vie sans Dieu, les passions démultipliées tout comme le droit du plus fort: de nos jours, croit-on vraiment avoir "évolué" en "humanité"? Non sans doute, car, comme nous pouvons le vérifier , il n'y a plus de respect pour la créature, dès qu'on ne révère plus son Créateur.

--

(1) un exemple de pensée « barbare » ou néo-païenne si l'on veut : « La chose la plus clémente qu’une famille puisse faire à l’un de ses enfants, c’est de le tuer » (Margaret Sanger,The Woman Rebel, volume I, n°1). Et, pour bien montrer que cette conception moderne s'oppose intentionnellement au christianisme, citons une autre phrase de cette même Margaret Sanger, pionnière du planning familial: « Les services de maternité pour les femmes sont des taudis nuisibles à la société et à la race. La charité ne fera que prolonger la misère des inaptes »... Petit "progrès" cependant, de la barbarie contemporaine sur la barbarie d'autrefois : dans le monde antique, on tuait invariablement tous les êtes difformes tout comme aujourd'hui, où l'on peut aussi éliminer l'enfant handicapé. Mais il y a un progrès au niveau technique : l'élimination est rendue possible désormais dans le ventre de la mère. Alors, la régression païenne n'a d'autre définition que d'être " l'éternel retour" de l'homme sans Dieu.

14/09/2007

De quel bord est la mode?

Classe et mode à la fois, une star du bobo-chic, une des jumelles Olsen


A tous ceux qui s'interrogent sur la mode, à sa laideur toujours plus ostensible, je me propose de donner une explication banale, mais éprouvée. La mode est dangereuse. Illustrons cette thèse par le portrait d'une lectrice anonyme du magazine Elle, c'est-à-dire le produit (virtuel ou réel) de la lecture de ce genre de magazines. Il s'agit d'un portrait fictif d'une personnalité virtuelle mais dont l'idéologie est réelle. Je m'engage donc, à peindre par petites gouttes sa beauté intérieure rebelle, puis extérieure, telle une chrysalide devenue papillon de nuit.


Je ne m'attarderai pas à brosser son portrait physique : savoir qu'elle pense ressembler à Charlotte Gainsbourg mâtinée de son père en plus propre, c'est assez. Portrait moral? Elle vient de s'acheter la dernière chaussette Vuitton, et des ballerines Marc Jacobs. Elle a aussi succombé au sac Charlotte de Darel, sac au nom de Charlotte Gainsbourg, si belle, si nature. Bien sûr, elle lit la Bible Elle (Dieu est une femme, c'est prouvé dans Dogma). Elle vélibe à présent dans les rues de Paris, attachant son sac de luxe à son guidon, et non pas sur son panier, parce qu'elle n'est pas de l'"amicale des cathos de la Baule", faut pas pousser non plus! Vous avez compris, Elle et elle roulent à gôche. "L'avis top tendance c'est de voir dans le Vélib' l'avenir de la gauche", écrivent les intellectuelles de Elle.

L'amie de Bertrand Delanoë pédale avec son Vélib' sans qu'on sache jamais où elle va . Aujourd'hui, elle accepte de nous livrer son secret: elle se rend à une petite librairie dans le Marais; afin d'acheter le dernier opus d'Olivier Adam, A l'abri de rien. C'est un roman engagé: "ça ne se voit pas tout de suite que c'est un roman engagé. Son style neutre, pudique aux allures de documentaire, en fait un chef-d'œuvre absolu", lui dit le libraire... Pas besoin de vérifier si c'est bien écrit, ils en ont parlé sur Canal, bref que du bonheur subversif à lire pendant que son copain sera au match de rugby.



Vous voyez que cette même star en plus d'être belle et chic, est engagée. C'est écrit derrière elle, au cas où elle l'aurait oublié


A la question niaise qu'on lui pose parfois, " Comment que ça se fait que t'es à gôche, toi qui es si bien sapée?", elle répond avec conviction et modestie qu'un événement sans précédent a changé la face de la France et des françaises. Ségo a modifié la face des institutions en permettant à toutes les femmes, mêmes celles de la Cellule du Parti, de s'identifier à elle par la voie du "vêtement à la mode". Ainsi, les fashionistas contribueront, modestes militantes, à renverser la tendance à babord toute. Et les femmes élégantes ne seront plus des "salopes" ("salaud" étant employé par feu J.-P. Sartre pour désigner toute personne de droite). L'inversion des valeurs participant du progressisme infini évolue en ce sens; les billets doivent changer de banque, donc de bord.


Adulée des bobos fashion en herbe, l'actrice K. Dunst déteste Bush et pense que la vie serait meilleure si tout le monde fumait du shit



Etre bobo-chic découle du fait d'être riche (c'est un signe extérieur de richesse donc aussi, un snobisme).
Se faire faire son suaire chez Dior, ainsi que Boris Vian le préconisait, quelle classe tout de même ! C'est la marque d'une ultime et ô combien courageuse dérision face à la mort et inversement, c'est l'indice d'un matérialisme éblouissant et conquérant. Une personne pauvre ne porte pas de veste griffée ni des paires de chaussettes à 150 euros la paire. Etre bobo-chic avec inventivité consiste à piocher parmi les genres des loosers faussement pauvres, le look du rocker drogué par exemple. C'est piocher également dans tous les styles pour se donner un genre éclectique, rattaché à aucun milieu social en soi déterminant donc contraignant. Une veste blanche made in Ibiza, un slim moulant de chez Gap, babies à talon aiguilles vintage, bonnet péruvien Yves-Saint Laurent, marcel Petit Bateau et pochette Vuitton, composent la garde-robe de la bobo modèle. Cela donne l'allure faussement pauvre par sa laideur provocatrice, mais classe par la cherté de ses pièces. Rouler écolo et manger bio, c'est nature mais ça coûte cher. Quand c'est faux c'est plus beau ! Mais elle n'est pas bête, la guêpe, elle refuse d'être nivelée par le bas.

La lectrice de Elle aime à se rappeler cette anecdote d'Ophélie Winter, arrivant en dodoche à une soirée R'n'b, devant des racailles déconfites et marries, car celles-ci s'attendaient à la voir débarquer dans une
rutilante BMW. Shame on you ! La lectrice de Elle ne fera jamais cette erreur! L'arme fatale, n'est-ce pas la classe, concept plus féminin et prosélyte que le chant de l'Internationale ou la tonsure à zéro. La classe c'est plus en rapport avec le Sentiment à l'honneur par la féminité retrouvée des élites. Le tip'top' est de montrer qu'on est à gauche avec ses sapes. mais l'est-on vraiment? Tout le mystère, toute l'aura de la bobo-attitude est là. Quel bonheur si toutes les électrices pouvaient ressembler à leur élue ou à leur bobo star favorite, elles gagneraient en pouvoir d'achat, en émotion! Le Sentiment oscille sans cesse ni heurt entre la mode extensive et les valeurs morales intersidérales de José Bové. La mode avance comme le progrès: plus c'est laid, plus c'est à gauche. La subversion visuelle propre à cette mode se double d'une conviction sans précédent : être engagé, c'est possible, en portant des vêtements ignobles et chers. Pis: être engagé est devenu tellement à la mode que c'est devenu obligatoire.

Nous terminerons notre portrait de la liseuse de Elle par les paroles d'une chanson, à propos d'une altermondialiste bobo, signée par le génial, et regretté Philippe Muray.



Tombeau pour une touriste innocente
P. Muray, in "Minimum Respect"

Philippe Muray, auteur peu engagé

Rien n'est jamais plus beau qu'une touriste blonde
Qu'interviouwent des télés niponnes ou bavaroises
Juste avant que sa tête dans la jungle ne tombe
Sous la hache d'un pirate aux manières très courtoises.

Elle était bête et triste et crédule et confiante
Elle n'avait du monde qu'une vision rassurante
Elle se figurait que dans toutes les régions
Règne le sacro-saint principe de précaution

[...]

Elle avait découvert le marketing éthique
La joie de proposer des cadeaux atypiques
Fabriqués dans les règles de l'art humanitaire
Et selon les valeurs les plus égalitaires

[...]

Sans vouloire devenir une vraie théoricienne
Ellse savait maintenant qu'on peut acheter plus juste
Et que l'on doit avoir une approche citoyenne
De tout ce qui se vend et surtout se déguste

[...]

Dans le métro souvent elle lisait Coelho
Ou bien encore Pennac et puis Christine Angot
Elle les trouvait violents étranges et dérangeants
Brutalement provoquants simplement émouvants

[...]

Elle se voyait déjà mère d'élèves impliqués
Dans tous les coollectifs éducatifs possibles
Et harcelant les maîtres les plus irréductibles
Conservateurs pourris salement encroûtés

[...]

Elle disait qu'il fallait réinventer la vie
Que c'était le devoir du siècle commençant
Après toutes ces horreurs du siècle finissant
Là-dedans elle s'était déjà bien investie

[...]

Faute de posséder quelque part un lopin
Elle s'était sur le Web fait son cybergarden
Rempli de fleurs sauvages embaumé de pollen
Elle était cyberconne et elle votait Jospin

[...]

L'agence Operator de l'avenue du Maine
Proposait des circuits vraiment époustouflants
Elle en avait relevé près d'une quarantaine
Qui lui apparaissaient plus que galvanisants

[...]

Elle est morte un matin sur l'île de Tralâlâ
Des mains d'un isIamiste anciennement franciscain
Prétendu insurgé et supposé mutin
Qui la viola deux fois puis la décapita

C'était une touriste qui se voulait rebelle
Lui était terroriste et se rêvait touriste
Et tous les deux étaient des altermondialistes
Leurs différences mêmes n'étaient que virtuelles

18/11/2006

Le diable Prada


Voici mes impressions sur un film grandiose sur la mode. N’ayant pas lu le livre, je ne risquais pas d’être déçue.

L’héroïne est une jeune fille gentille, intelligente (vilaine, brune, pas blonde), seulement elle préfère le monde réel, le journalisme, à son intelligence. Au début, on ne comprend pas pourquoi elle est recrutée par le service des ressources humaines du prestigieux magasine Runway… ni pourquoi elle accepte de rester au milieu de toutes ces filles bien habillées, ces filles superficielles, elle qui a été admise à Stanford et qui porte un horrible pull synthétique. Et l'on se demande aussi pourquoi elle accepte sans broncher les sacs et les manteaux de fourrure que sa patronne lui jette au visage chaque matin... Mais pourquoi diable ne claque-t-elle pas la porte? Quelle idiote, me direz-vous! ...

Malgré tout cela, on a envie que la petite héroïne s'en sorte et montre de quoi elle est capable! ... Alors voilà! Lisez le portrait qui suit, vous allez comprendre à quoi servent tant de mortifications. La directrice de rédaction du prestigieux, sublime journal de mode Runway (il s'agit en fait d'une institution qui déciderait, semble-t-il, du cours du monde entier) Meryl Streep, alias Miranda, est dépeinte comme une déesse (toute puissante ! déesse, païenne, évidemment; avatar du diable, naturellement). Comme une tigresse (méchante ! ses assistantes qui franchissent le seuil du «un an » sans se faire licencier sont munies du viatique leur permettant d’accéder à toutes les super carrières). Comme une fashion-bourreau (oh! c’est Miranda qui forge la mode, c'est elle qui le dit, les yeux injectés d’Innoxa toisant la pauvre héroïne qui se repentira d’avoir été insolente et qui deviendra victime, fashion-victime). Miranda est un défi ; Miranda-dragon révèlera notre héroïne à elle-même après l’épreuve.

Du mal sort toujours un bien. Sacrifiée sur l’autel « de la mode et de la superficialité », du culte des apparences, l'héroïne! Pour la bonne cause! Elle est consciencieuse, aime travailler ergo elle aime son boulot. "Nature", pas superficielle pour un sou, elle suit l'ordre des choses en devenant addict à la mode, à sa patronne diabolique, accro à devenir infecte au point de délaisser ses petits choux d’amis, abjecte au point d’oublier l’anniversaire de son copain (quelle honte!), infâme au point de s’habiller en Prada, innommable jusqu'à piquer la place de sa collègue parce que sa patronne l'exige. Mais, Dieu merci!, c’est un film bien et non pas une bleuette superficielle. L’héroïne ne pouvait continuer de vivre parmi ces insectes grouillants sans se transformer elle-même en bousier luisant... Tant d'horreurs capitalistes! Pure, elle restera. Elle a peut-être profité du fric qu’on lui a donné, du voyage à Paris où elle a pu se libérer romantiquement, porté les vêtements et les sous-tifs les plus chers du monde, des cadeaux à 5000 dollars pièce. Elle reste pure, il lui suffit de jeter son portable dans une fontaine de Paris (very romantic place), de faire la nique à sa patronne laquelle, devenant victime à son tour du charme de l’héroïne, ne peut s’empêcher de sourire en pensant à cette petite dévergondée subversive qui a osé dire NON, après avoir dit OUI. Il faut bien goûter aux joies du monde pour cracher dessus. C'est un ascétisme distingué. Ainsi il est écrit dans Marx qu'il n'est nul besoin d'attaquer le capitalisme puisqu'il court tout seul à sa perte et qu'il se détruit de lui-même. Profitons mes amis, profitons. Le capitalisme c'est écrit doit servir à quelque chose pour le grand millénarisme (millésime, ha, ha, ha) qui vous attend! Vive le fric!