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29/04/2010

Le journalisme pourrait bien mourir des scandales de sa connerie



Christophe Barbier, la tête de l'emploi

Le titre de ce billet reprend la structure d'une phrase de Christophe Barbier qui, dans son édito de L'Express du 22 avril 2010, écrit: "Le christianisme pourrait bien mourir des scandales de pédophilie".

Se rêvant en pères conciliaires tout de pourpre vêtus, distribuant ça et là le Bien et le Mal dont ils seraient les dépositaires, les journalistes caressent l'idée d'être les leaders charismatiques d'un nouveau Vatican II, et d'adapter la religion aux "impératifs" modernes, aux dernières tendances de notre époque. Ils s'acquittent de leur tâche avec brio, en toute honnêteté. Nous tâcherons de faire preuve nous aussi, d'"honnêteté" à leur égard ...Pourquoi? Parce que, par le poids des mots, les journalistes assument une grande responsabilité en insinuant dans l'esprit de leurs lecteurs que tout prêtre serait, par définition, pédophile. Il ne s'agira donc pas, ici, de prendre la défense du célibat sacerdotal, cela a déjà été brillamment fait ailleurs, mais de questionner les motifs qui poussent Messieurs les rebelles subventionnés, à vitupérer contre une institution multiséculaire comme l'Eglise.

Dans son éditorial donc, le petit saint Christophe (Barbier) présente, en bon élève, son cahier de doléances :

L'Église doit, pour renaître, changer toute l’organisation de son clergé. Elle doit d’abord en finir avec le célibat des prêtres. Tout ordre fondé sur l’interdit sexuel et sur la torture d’abstinence forcée mène aux déviances ou à la révolte : en prônant la sainteté d’existence le catholicisme n’a provoqué qu’un enfer mental dont on mesure aujourd’hui le coût. Qu’une religion fondée sur l’amour puisse en interdire à ses ministres la forme la plus élémentaire est intenable.

Des hommes comme Padre Pio, François de Sales, Vincent Ferrier, le curé d'Ars, Louis-Marie Grignion de Montfort, le père Lamy étaient des prêtres parmi des centaines de milliers d'autres saints prêtres, et jamais leur célibat ne les mena à la déviance, ni à la torture mentale, ni à la pédophilie, et encore moins à la remise en cause du fonctionnement interne de l'Église... Seuls les hommes d'Église ayant accédé à la papauté peuvent prétendre ériger des dogmes et réclamer des changements pour l'Église. En plus de se prendre pour le pape, Christophe Barbier se révèle un comique hors-pair; la dernière phrase de l'extrait est d'un kitsch suprême: le fait de penser que la sexualité procède de l’amour et inversement, est un rêve de midinette et, je l’espère pour Barbier, une blague de journaliste... Toutefois laissons à Monsieur Barbier le bénéfice du doute ; il parle certainement avec le feu de la sincérité, l’amour de la vérité. Se montrant attaché à prendre la défense des enfants, victimes de pédophiles, au point de vouloir en combattre les causes (ici, le célibat des prêtres), demandons-nous s’il a également défendu les victimes des sinistres pédomanes Polanski et Cohn-Bendit ? A-t-il interdit à Monsieur Polanski de rester marié? A-t-il ordonné à Monsieur Daniel Cohn-Bendit de démissionner de son statut d’homme politique? N’est-il pas honteux en effet qu'un homme politique jouisse en toute impunité de son pouvoir et son charisme, susceptibles d'attirer à lui les enfants? Alors, M. Christophe Barbier a-t-il défendu les victimes de ces pédomanes ?

Vive la Révolution sexuelle avec Dany !

Que nenni ! Notre pourfendeur de soutanes, le sieur Barbier, s'est même signalé par la virulence dont il fit preuve en s'improvisant l'avocat de Roman Polanski. C’est bien évidemment son droit. Mais il a péché du haut de son sacerdoce virtuel : auréolé de sa moralité séraphique, il s'est cru autorisé à remettre en cause la Justice suisse : « Est-ce que la Suisse s’adresse au reste de l’Europe, à la France, en prenant une sorte d’otage nommé Roman Polanski ? » et encore : « La Suisse a eu un comportement inacceptable ». Étrange contradiction de la part d’un intellectuel, qui déconsidère le jugement d’un pédophile avéré, et ose attribuer au célibat des prêtres les actes de monstres tels que celui qu’il défend!

Christophe Barbier

Tout le monde devine (les adversaires de l’Église en premier lieu) que cette histoire de prêtres criminels, supposés incarner tous les prêtres, n’est qu’un prétexte de plus à la destruction de l'Église catholique, qui n'a pas encore accepté de s'écrouler pour leur plaire. Le mécanisme est toujours le même : on attribue à ces sombres histoires la responsabilité de l’Église dans ses fondements, depuis ses origines apostoliques. L'histoire de prêtres pédophiles est bien évidemment un prétexte , car Barbier saute du coq à l'âne en avançant une autre proposition : « Rome doit autoriser l’ordination des femmes ». Quel est le rapport, demanderez-vous? Mais, ce rapport, il saute aux yeux! Cette proposition est soudée à la première par le nécessaire dogme du "progrès". Il faut évoluer, il faut bouger. Sinon, gare!...

Un dernier exemple de beauté journalistique nous est donné par Caroline Fourest, intégriste laïque médiatisée, dont j'ai déjà parlé sur ce blog. Dans Le Monde du 9 avril 2010, elle attaque, entre autres, les prêtres avec la même rhétorique que j’ai parodiée en italique pour Cohn-Bendit, allant jusqu'à expliquer l'existence de criminels dégénérés, par l'existence de l'Église :

Le fait qu’ils [les prêtres] aient un statut à la fois asexué et sacralisé favorise l’abus de pouvoir [...] Il faudra bien que l’Église regarde en face ce cercle infernal. Qu’elle accepte d’en tirer d’autres leçons que l’auto flagellation... Si elle veut sincèrement cesser d’être la seconde institution -après la famille - à produire des agresseurs d’enfants.

Oui, vous avez bien lu, l'Eglise et la Famille sont des machines à produire des pédophiles... Tout comme son confrère, Caroline Fourest réclame également un statut « sexué » et « désacralisé » pour les prêtres: elle réclame aussi la prêtrise pour les femmes. Mais comment s'en étonner? L'idée moderniste du sacerdoce qui prédomine actuellement, le permettrait sans problème... Car, si l'on a coutume de ne plus voir dans le prêtre qu'un "animateur social", tout juste bon à présider les «assemblées locales du peuple de Dieu », il n’existe absolument aucune raison valable susceptible d'empêcher une femme de remplir cette fonction. Cette fonction étant déjà "désacralisée", comment, en effet, empêcher de la "sexualiser"? Or ce qui empêche la femme, depuis les origines apostoliques, de devenir prêtre, consiste (entre autres) en ce que ce dernier doit devenir un alter Christus (un autre Christ). (1) Comprenne qui pourra. Les journalistes, c’est trop leur demander que de lire du latin.

Caroline Fourest, pourfendeuse officielle d'intégristes

Tout le monde sait très bien que cette histoire de prêtres pédophiles, je le répète, n’est qu’un prétexte. L'exigence de ces mêmes têtes à réclamer l'ordination des femmes le prouve! Et puis, qu’est-ce qu’ils en ont à faire, réellement, ces journalistes défendeurs de la tante et de l’orphelin, à l'idée que des femmes deviennent prêtres et que des prêtres aient des femmes? Veulent-ils tant de bien à l'Église au point de se faire les troubadours officiels de Sa vertu ? Non. Ils montent en épingle ces histoires-là, dans cette institution-là, alors qu'ils auraient pu le faire pour d'autres religions non moins concernées par ces problèmes... Pourquoi l'Église est-elle donc leur cible privilégiée? C'est simple. On va donner l'exemple de Caroline Fourest. Celle-ci condamne la déviance sexuelle de quelques prêtres et se déclare fervente militante en faveur de l’avortement et du féminisme. Évidemment dans ce cas, la «famille», qui est selon elle, je cite, une institution « productrice d’agresseurs d’enfants » (i.e.: de pédophiles) ne peut pas trouver une place dans son cœur humaniste. Mais il faut voir surtout quelles sont les raisons de sa condamnation de l'Église en son entier, quelles sont ses raisons de généraliser sur les prêtres en tant qu'"espèce" dangereuse. La notion de « famille » que Caroline Fourest incrimine, c’est le schéma suivant : un homme + une femme + un (des) enfant(s), notion qui a toujours été soutenue par l'Église. Quelle horreur ! Homosexuelle et féministe, Fourest ne peut tolérer cela. Ce n'est pas sa conception de la Famille. Dans la même logique, Fourest ne peut pas tolérer l'Église non plus, puisque cette dernière rejette en principe son idéologie du Gender et son homosexualité, sans compter sa lutte pour l'avortement (ProChoix). Ces raisons personnelles sont-elles des raisons suffisantes, pour Caroline Fourest, d'attaquer l’Église ? Bien sûr que oui! Une raison fondée sur des convictions personnelles n’en reste pas moins une raison, même si celle-ci perd beaucoup de son impartialité et partant, de son efficacité... Seulement, là où Caroline Fourest est plus fine que son confrère et maîtrise mieux son sujet, c'est lorsqu'elle s'attaque à une Église qui s'est elle-même piégée, qui a consenti, avec Vatican II, à jouer le jeu de la modernité, du laxisme, de "l'auto flagellation", comme elle l'écrit. On sait, qu'au niveau historique, c'est Vatican II qui a contribué à impulser l'esprit de mai 68, et que c'est depuis Vatican II que le laxisme a régné sur ces cas... L'église a ouvert des vannes qu'elle a désormais le plus grand mal à refermer. Et les journalistes ne comprennent pas pourquoi Elle s'est arrêtée en si bon chemin... Ou plutôt, ils feignent de ne pas comprendre, s'impatientant à l'idée de voir l'Église s'écrouler entièrement.

Bref, tant que l’Église ne sera pas dissoute dans cette modernité, tant que l’ Église continuera de faire "barrage" aux idéologies (libéralisme, communisme, nazisme, féminisme, fils de la veuve, homos, eugénisme, avortement, etc.), et tant qu'il y aura des gens pour croire à ce que l'Église leur dit, eh bien, Elle le paiera (c'est logique). Mais si l'Église consent à plaire au monde, à continuer son dévissage d’ampoules, alors peut-être qu’on La laissera de côté momentanément, parce qu’Elle ne sera plus qu’une des roues du char festif de la connerie. En gros, pour ces journalistes et les lecteurs qui les suivent, l'Église sera certifiée branchée lorsque des prêtresses lesbiennes célèbreront l' I.V.G. de leurs ouailles sur l'autel de la Tolérance universelle (jusqu'à nouvel ordre). E. Naulleau, chez Ruquier (24 avril 2010), demanda à Fourest : "Pour qui vous prenez-vous, à vouloir reconvertir les églises en Musées? Êtes-vous dans la tête des chrétiens?". Bonne question, qui souligne que Fourest, comme Barbier, se prend pour une ecclésiastique qu'elle n'est pas... Fourest, qui veut convertir de force la religion aux lubies dont elle est l'incarnation officielle... Fourest, la stalinienne de la religion... Christophe Barbier, étrangement lucide, reconnaît que l'Église le démange parce qu'elle a toujours refusé de se plier aux dogmes contemporains:

Dans le Moyen-âge en mutation, l’Eglise se trouva en décalage avec les sociétés. Les nations s’affirmaient, la bourgeoisie marchande prospérait, les techniques progressaient, mais Rome ne comprit pas que l’on changeait d’époque... En la mutation d’aujourd’hui, c’est au nom des mœurs que la modernité veut évincer cette puissance spirituelle... Si Rome ne réagit pas, sur quelle peau de chagrin Benoît XVI achèvera-t-il son pontificat ?

Oui, l’Eglise pose problème depuis très, très longtemps ("Si le monde vous hait, sachez qu'il m'a haï avant vous", Jean XV, 18)... A ces attaques et ces ordres d'obéir à leurs "divinités", du progrès, les catholiques doivent répondre et avoir le courage d'agir selon l'esprit de cette belle image, formulée par G.K. Chesterton dans L'Homme éternel: "Ce qui est mort peut suivre le courant, mais seul ce qui vit peut le remonter".

En outre, si vous ne voulez pas en rester à la "surface" du constat de l'agressivité des rebelles subventionnés, il faut savoir que, le nœud du problème, pour ces journalistes, c’est l’Église d’avant Vatican II. Celle que le pape est suspect de regretter. C'est l'Église immonde qu’on vous montre dans un reportage comme Les Infiltrés (Pujadas) intitulé "A l'extrême droite du père", avec la voix off qui fait comprendre que des cathos/nazis veulent revenir à «avant Vatican II», c’est-à-dire (je cite) : aux «Heures les plus sombres de notre Histoire». Oui... Comment avons-nous pu l’oublier une seule seconde? Pie XII était un naziii! Et avant lui, toutes les têtes mitrées à prénoms chiffrés l’étaient aussi, et tous les cathos d'avant Vatican II étaient des nazis! J'en veux pour preuve, cette carte des votes nazis en Allemagne en 1932-34, comparant les votes protestants avec les votes catholiques (cliquez pour agrandir l'image!)...


Carte issue de l'ouvrage de Koenheldt-Leddihn, Liberty & Equality, London, 1952.


Notes

(1) Les origines du célibat remontent bien avant ce qu'on a coutume de dire dans l'intention de "relativiser" l'aspect "sacré" de ce célibat. Si les premières lois sur le célibat datent du 4ème siècle après Jésus-Christ, elles ne furent pas présentées comme une nouveauté, mais comme un rappel. Le fait que des papes aient dû le rappeler par la suite n'indique en aucune façon qu'on ait inventé le célibat sacerdotal au concile de Latran, voire encore à la Contre-réforme, comme l'affirment les relativistes humanistes! Les cas de prêtres mariés, dans l'Eglise catholique, ont toujours été considérés, à partir du 4ème siècle, comme des cas de déviances à la loi.

Un Père de l'Église, saint Épiphane de Salamine (315-403), écrit : « Les prêtres sont choisis tout d'abord parmi les hommes vierges, ou sinon parmi les moines; mais si parmi les moines on ne trouve pas de personnes aptes à remplir ce service, on a coutume de choisir les prêtres parmi ceux qui vivent dans la continence avec leur épouse ou qui, après un seul mariage, sont devenus veufs ». Lorsqu’il se plaint que cette loi ne soit pas observée partout, il fait bien état d’une loi et partant, d’une violation de cette loi : « En plusieurs lieux, les prêtres, diacres et sous-diacres engendrent encore des enfants. Je réponds que ce n'est pas conforme à la règle, mais que cela arrive à cause de la nonchalance des hommes ». Saint Epiphane de Salamine est cité par l'abbé Mathias Gaudron dans le très bon Catéchisme catholique de la Crise dans l'Eglise (Ed. du Sel).

Je n'ai pas parlé des fondements ni des raisons du célibat catholique, car ce n'était pas le sujet. Mais pour ceux que cela intéresse il faut lire le livre du père Christian COCHINI S.J., Origines apostoliques du célibat sacerdotal, Paris-Namur, Lethielleux, 1981.


04/11/2008

Quantum of Solace et la théorie du complot [SPOILERS!]




Synopsis

Même s'il lutte pour ne pas faire de sa dernière mission une affaire personnelle, James Bond est décidé à traquer ceux qui ont forcé Vesper à le trahir. En interrogeant Mr White, 007 et M apprennent que l'organisation à laquelle il appartient est bien plus complexe et dangereuse que tout ce qu'ils avaient imaginé...

Bond croise alors la route de la belle et pugnace Camille, qui cherche à se venger elle aussi. Elle le conduit sur la piste de Dominic Greene, un homme d'affaires impitoyable et un des piliers de la mystérieuse organisation. Au cours d'une mission qui l'entraîne en Autriche, en Italie et en Amérique du Sud, Bond découvre que Greene manoeuvre pour prendre le contrôle de l'une des ressources naturelles les plus importantes au monde en utilisant la puissance de l'organisation et en manipulant la CIA et le gouvernement britannique...

Pris dans un labyrinthe de traîtrises et de meurtres, alors qu'il s'approche du vrai responsable de la trahison de Vesper, 007 doit absolument garder de l'avance sur la CIA, les terroristes et même sur M, afin de déjouer le sinistre plan de Greene et stopper l'organisation...

James pas content du tout!


Si le dernier James Bond (Quantum of solace) ne s’inscrit pas dans la lignée classique des James Bond, ne présentant plus de secrétaire attardée, ni de scènes de sexe inutiles, on doit reconnaître que c’est un excellent film d’espionnage doublé d’un film à l’intrigue percutante. Après l’introduction tonitruante, l'une des scènes du film se déroule à Sienne, en plein Palio (la fameuse course de chevaux opposant les différents quartiers). On pourrait déplorer le fait que le film ne montre pas davantage les endroits magnifiques d’une des plus belles villes de Toscane... Ce regret s’efface devant l’efficacité de l’espion de Sa Majesté : rien n’est laissé au hasard de la part du Rosbif, tous ses gestes sont calculés, un peu comme dans la Mort dans la peau (avec Matt Damon). Dans la chronologie fictive de la saga, James Bond en est encore à ses débuts (Quantum of Solace est la suite de Casino Royale, qui montrait les tout premiers pas de l’espion) ; il n’a pas appris par cœur les formules « milk-shake à la cuillère », ni « mon nom est Bond , James Bond » ; il ne sait que boire comme un trou quand il a soif. Disons qu’il est trop jeune pour être élégant dans le vice, et qu’il doit apprendre à maîtriser son instinct de tueur. Il a effectivement cette fâcheuse tendance à se servir de sa gâchette. Bref, James n’est encore qu’une frappe mal dégrossie en costard.



James n'a de beau que le bleu de ses yeux


Laissez-moi vous dire deux mots de l’histoire, dénigrée par presque toutes les critiques de presse et que, pour ma part, j’ai jugée très intéressante. Laissons un peu de côté l'intrigue autour de la vengeance, liée à Casino Royale , et attachons-nous à un aspect du film: les méchants. James se trouve confronté à une sombre histoire de multinationale dont l'un des chefs se nomme Dominic Green (lié à M. White, dont James veut se venger de la mort de Vesper), homme d'affaire qui marchande avec les gouvernements et envisage de contrôler le monde. Certes, les sociétés secrètes ne sont pas nouvelles dans la saga James Bond... Dominic Green et associés forment une société dont les membres se recrutent parmi les hauts membres de gouvernement , ceux qui ont le plus de pouvoir et d'influence (conseiller du premier ministre par exemple) ; ils se rengorgent d’«avoir des hommes absolument partout», d’être invisibles et invincibles : un seul mot de leur part dicte n’importe quel ordre à la police. M., la patronne de James, le fait remarquer : ils sont invisibles; donc on n’a pas la moindre preuve légale contre eux. Ce manque de preuve et ces millions d'indices constituent l’éternel problème des théories du complot, mais pour cette fois, c’est James Bond qui endosse le rôle du parano persuadé qu'il y a bel et bien quelque chose, et qui va trouver une solution au problème...

Voilà comment les méchants opèrent : dans un premier temps, ces messieurs de la «mystérieuse organisation » achètent des terres à des pays (comme la Bolivie) pour mieux les assécher et les priver de leurs ressources naturelles. Leur action consiste ensuite à «aider» des pays, c’est-à-dire à renverser le gouvernement, et, en échange, à obtenir un terrain qui ne présente aucun intérêt aux yeux du nouveau dictateur. Ce dernier terrain dévie les cours d'eaux pour les stocker dans des barrages (eux aussi souterrains). Une fois le gouvernement renversé et l'eau disparue, D. Green oblige le nouveau gouvernement à payer deux fois plus cher le prix de l'eau. Et entre-temps, les gens ont crevé comme des chiens. Mais pour que cette réussite financière soit complète, Dominic Green et Cie ont au préalable défriché les forêts des premiers terrains achetés, et en ont surexploité les ressources naturelles. Il ne reste plus rien à prendre. Dominic Green s'intéresse ensuite à tout pays présentant un potentiel: des pays avec les mêmes révolutions, engendrées par les mêmes causes. Succès garantis!


Dominic Green, nazi-communiste-capitaliste et écologiste: adorable Vert de terres.

Le plus tordant dans l’histoire, c’est lorsque, dans ses basses œuvres, ce même Dominic Green prononce officiellement un discours à l’on ne sait quel gala de charité, dénonçant la terre en danger et le réchauffement climatique, pleurant les forêts dévastées, prêchant l’instauration immédiate de mesures contre le désastre. Il propose la solution au désastre écologique qu’il a lui-même opérée, le comble. Son entreprise va sauver le pays. Mais n'est-ce pas là la devise ordo ab chao (l'ordre naît du désordre) ? N'est-ce pas la tactique si chère à certaine stratégie américaine qui consiste à inventer des problèmes pour mieux mettre en place leurs (coûteuses) solutions?... Dominic Green se drape du manteau vert-ueux de l’écologie dont il porte le nom symbolique.

Le film d'Al Gore, a été acclamé par l'ONU...Dans la réalité aussi, les puissants n’ont pas peur de prendre les gens pour des c***

L’obsession de D. Green à ne pas se faire repérer, pousse le vice jusqu’à faire assassiner un des gardes du corps d’un politicien véreux : Green ne veut pas être reconnu : « Est-il à nous, celui-là? demande-t-il à ses "gorilles". Non? alors tuez le. Je ne veux pas qu'il voie mon visage»... Portrait d’une organisation aux membres disséminés dans un spectacle public, à l’entrée duquel on distribue des oreillettes et des pin’s « Q » (Quantum, projet de D. Green) aux privilégiés qui figurent sur une mystérieuse liste... Lors de cette séquence, on admire la manière dont James débusque les "hommes de l'ombre". On admire également le genre de spectacle auxquels viennent assister les comploteurs, indifférents: la scène montre un duo de chanteurs larmoyants avec, en arrière-plan, des rangées d'évêques et de jésuites aux allures de psychopathes ... Pris dans le piège du secret, ces membres qui se terrent pour œuvrer, n’ont d’autre choix que de paniquer une fois découverts. Mais ils bénéficient de la protection de la C.I.A. et de la bénédiction de la plupart des services de renseignements du globe. Grâce à cela, ils vous flinguent dès que vous les identifiez. D'où les ennuis de Bond après la séquence à l'opéra. Bref, on ne peut pas s’empêcher de rire, c’est bien vu...


James et sa belle amie marchent dans le désert de Green après avoir essuyé une attaque aérienne de haute volée


Le plus étonnant, c’est la manière dont la presse française confirme cette lecture du film. Certes, quelques critiques sont élogieuses, comme celles de Première, du Parisien, ou encore des Inrockuptibles. On ne s’étonnera pas qu’Humanité ait bien noté le film: mais, demanderez-vous, ce torchon n'est-il pas lu par des obsédés de la théorie du complot?... Ce film peut effectivement être interprété comme une dénonciation des élites véreuses tirant les ficelles de la finance mondiale, en alliance avec les gouvernements : car ce qui s’applique à l’eau s’applique également au pétrole. De la même façon, on ne s'étonnera pas que Charlie Hebdo lui ait mis un zéro pointé, ni que Libération, le journal des gens libres, ait écrit ceci : « Le script, il est vrai , ne sert pas plus les rôles que le dialogue, galimatias géopolitique à couleur altermondialiste ». Effectivement, les altermondialistes sont connus pour dénoncer, à juste titre, les grandes multinationales (cf. Shell ou les multinationales des médicaments...). Evoquer l'altermondialisme, c'est évoquer dans l'imaginaire standardisé la fumeuse "théorie du complot" et les "malades mentaux" qui y croient... Or beaucoup de critiques du film sont infondées. Pourquoi, par exemple, tant de critiques sur la «légèreté » du scénario? Personnellement, je le trouve tout, sauf léger. Et depuis quand les scénarios de James Bond doivent-ils être soignés? Dans la saga, on est plutôt habitué au méchant mégalomane qui veut tout faire sauter. Ici, c'est tout de même plus subtil. Certains journalistes se concentrent sur l’accessoire pour éviter l'essentiel, et parlent de l'absence de gadgets comme d'un tort impardonnable. Mais on y était habitué depuis Casino Royale... Et puis on invente des idées de scénario, comme le fait cette critique du «Journal du dimanche » : « Un scénario un peu court. Certes, on en prend plein les yeux, mais on attendait du réalisateur nommé plusieurs fois aux oscars qu'il lui laisse son charme, son piquant». Ainsi le scénario devait être charmant et piquant. Ah! cela manque de femmes et d’humour. Oui, certes, on n'est plus dans le rêve, mais en plein cauchemar. Aucun James Bond n'avait jusqu'ici évoqué l'actualité de cette façon. L’aspect fictif du film ressurgit pourtant lorsque Bond conclut, heureux, après avoir nettoyé le linge sale : les « gentils de la CIA reprennent leur place » et les méchants sont évincés. Tout est bien qui finit bien... car c’est un film. De quoi se plaint-on? Pourquoi, aussi, des reproches soudainement concentrés sur la publicité omniprésente ? Tous les films font cela. La publicité est même tellement courante dans les films américains que s'en offusquer équivaut exactement à se choquer de la promotion des films dans les émissions télé... Il vaudrait mieux être choqué par cette truffe de Luc Besson qui recherche activement un expert en placement de publicité pour ses nouvelles productions.


L’Aston Martin DBS de James, voiture de rêve : les deux autres lui servent de repoussoirs

Or les mêmes reproches eussent pu être faits au dernier James Bond, Casino Royale, qui lui aussi sortait des sentiers battus, avec un James Bond "racaille" et le même acteur (Daniel Craig): lorsqu’ils étaient en mesure de dénoncer la « déviation » bondienne vers le film d’action pur, les journalistes ne l’ont pas fait ! ils n’en ont pas été offusqués le moins du monde. Le Journal du Dimanche l'approuvait, même, dans Casino Royale: « le spectateur entre tout de suite dans le vif du sujet : c'est du brutal qui l'attend tout au long du film ». La critique de Libération pronostoquait: « Ce qui revit avec Daniel Craig, c'est le "007". Craig ou la réinvention du code tueur ». Alors, pourquoi s’offusquer de sa suite logique ? C’est insensé, d’autant plus que le film Quantum of Solace en apprend davantage sur le fait que Bond va cesser de tuer, voire refuser d’ euthanazier, à un moment donné. Le film est donc moins violent qu'il ne paraît. Ces derniers temps, les films sont des machines de guerre idéologiques, que la presse apprécie à leur degré de conformisme au nouvel ordre moral (mondial?). Remarquez notamment que la qualité n'est pas souvent au rendez-vous de ces films dont la presse fait unanimement l'éloge (historiquement c'est toujours le cas lorsqu'un régime totalitaire commandite des "œuvres d'art": elles sont médiocres). Or il n’est pas logique que, de ce point de vue, on reproche à un film comme James Bond de manquer de scénario solide! Plus extraordinaire que le dernier opus de James Bond, c'est cette reconnaissance implicite de la distribution des bons et mauvais points par la presse, et son silence éloquent sur ses dégoûts. Elle ne peut que bouder, museler, et donner dans des critiques à côté de la plaque.

Mais elle ne peut pas encore réguler les entrées au cinéma: car vous le savez déjà: en France James Bond est en train de battre tous les records d’entrée en salle : « Malgré des critiques parfois acides, le 22eme opus de la saga baptisé Quantum of Solace se porte à merveille, n'en déplaisent à ses détracteurs » (buzz-actu).