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20/08/2011

"Le Jour du Seigneur" quête et raquète!

frère Philippe Jeannin, présentateur télé et moine dominicain .


Ma grand-mère a coutume de recevoir la missive gratuite de l'émission Jour du Seigneur qui demande toujours plus de pognon à ses lecteurs pas encore euthanasiés. Puisque son auteur ne rechigne pas à publier de faux extraits de fausses lettres pour sa propagande, moi aussi, je lui en écrirai une fausse. Face à ce monsieur qui réclame de l'argent pour son émission diffusée par France 2, "plus vieille émission télévisée de France", je me demande bien cependant, quelle est "l'indépendance de ton" qu'il évoque et entend sauvegarder -cela n'est pas clair dans sa lettre; je vais tenter de l'éclairer, afin qu'il modifie, honnêtement, la ligne éditoriale de son émission.


Ci-dessous la lettre en deux exemplaires ( on peut la lire en cliquant sur l'image qui apparaît ensuite en plus grosse), signée du frère Philippe Jeannin, o.p.:

Ma (fausse) réponse à Jeannin :

Cher Philippe, admirable producteur du Jour du Seigneur,

Voilà plus de soixante ans dites-vous que vous abreuvez les ondes cathodiques de vos célébrations pastorales...

Vous diffusez ainsi « les valeurs évangéliques ». Nul doute que vous êtes à la pointe de l’avant-gardisme éclairé qui souffle l’Esprit sur les ouailles en manque de repères cosmiques. Avec Vatican II, nul doute que l’émission du "Jour du Seigneur "a contribué à moderniser l’Église, à faire entendre son nouveau message (aux masses) et faire déserter les églises (en masse). Comme vous le dites: "l'utilité de notre mission n'est plus à prouver"...

J’aimerai abonder dans ce sens, et citer un témoin de premier choix à l’appui de votre optimisme concernant les bénéfices de votre émission hebdomadaire. Ce témoignage, c’est celui de Julien Green, écrivain du 20ème siècle, né dans une pieuse famille protestante; lui-même s’était converti au catholicisme au milieu du siècle. Quelque temps après Vatican II, Julien Green tomba sur l’une des émissions dominicales dont vous êtes si fier -à juste titre! Je ne résiste pas au plaisir de vous citer un passage de son testament spirituel, «Ce qu’il faut d’amour à l’homme», relatant l'étonnement de catholiques face à votre spectacle télévisé - immortalisant au passage votre émission :

« Un jour que j’étais à la campagne avec ma sœur Anne, nous assistâmes à la messe télévisée, le curé du village étant absent ce dimanche-là. Je me souviens que tournant les pages de mon missel français, j’essayais de reconnaître sur l’écran quelque chose qui ressemblât à une messe. En vain. Ce que je reconnus, comme Anne de son côté, était une imitation assez grossière du service anglican qui nous était familier dans notre enfance. Le vieux protestant qui sommeille en moi dans sa foi catholique se réveilla tout à coup devant l’évidente et absurde imposture que nous offrait l’écran, et cette étrange cérémonie ayant pris fin, je demandai simplement à ma sœur : « Pourquoi nous sommes-nous convertis ? » (Julien Green, Ce qu'il faut d'amour à l'homme, Plon, 1978, p.137-138)

Je ne sais si vous êtes en mesure d’apprécier à sa juste valeur la résonance fulgurante de ces paroles, qui attestent de votre avant-gardisme sur l’inter-religiosité , devenue l'exigence incontournable de notre temps. Votre problématique s’ancre avec audace dans le mystère lumineux du futur qui nous mènera main dans la main avec tous les êtres vivants de la terre, jusqu’à la parousie. Ce qu’il faut à l’homme pour « un monde meilleur », c’est le réconcilier avec la part sensible de l’humanité , située dans le subconscient de chacun d'entre nous, afin de "communier fraternellement" dans la dissolution des repères dogmatiques poussiéreux. C’est la raison pour laquelle votre émission est extraordinaire, permettant aux catholiques baptisés malgré eux de se sentir protestants, et aux hindous de prendre Shiva pour la sainte Vierge. C’est ainsi que je vous conseille judicieusement de ne plus vous présenter comme « catholique », mais de vous dévoiler sous un nom mieux adapté à votre moi profond, par exemple : "homme des lumières", "humaniste," "Panurge", "Prêtre ouvert", "vénérable maître", "magnétiseur", "tibétain", "pasteur évangélique""ou "musulman", mais « catholique », non. Laissez ce terme désuet aux intégristes –il est presque insultant. Muni de si belles appellations, vous amasserez bien davantage d'argent de la part de la chaîne de télé qui vous emploie, que vous n'avez jamais osé en rêver.

Bien à vous, mon Jeannin.

Signé:

Constance de la Varice, Psychiatre-théologienne, éducatrice sexuelle aux JMJ, animatrice d’un atelier « Tout le monde est magicien» (bénévole).



29/04/2010

Le journalisme pourrait bien mourir des scandales de sa connerie



Christophe Barbier, la tête de l'emploi

Le titre de ce billet reprend la structure d'une phrase de Christophe Barbier qui, dans son édito de L'Express du 22 avril 2010, écrit: "Le christianisme pourrait bien mourir des scandales de pédophilie".

Se rêvant en pères conciliaires tout de pourpre vêtus, distribuant ça et là le Bien et le Mal dont ils seraient les dépositaires, les journalistes caressent l'idée d'être les leaders charismatiques d'un nouveau Vatican II, et d'adapter la religion aux "impératifs" modernes, aux dernières tendances de notre époque. Ils s'acquittent de leur tâche avec brio, en toute honnêteté. Nous tâcherons de faire preuve nous aussi, d'"honnêteté" à leur égard ...Pourquoi? Parce que, par le poids des mots, les journalistes assument une grande responsabilité en insinuant dans l'esprit de leurs lecteurs que tout prêtre serait, par définition, pédophile. Il ne s'agira donc pas, ici, de prendre la défense du célibat sacerdotal, cela a déjà été brillamment fait ailleurs, mais de questionner les motifs qui poussent Messieurs les rebelles subventionnés, à vitupérer contre une institution multiséculaire comme l'Eglise.

Dans son éditorial donc, le petit saint Christophe (Barbier) présente, en bon élève, son cahier de doléances :

L'Église doit, pour renaître, changer toute l’organisation de son clergé. Elle doit d’abord en finir avec le célibat des prêtres. Tout ordre fondé sur l’interdit sexuel et sur la torture d’abstinence forcée mène aux déviances ou à la révolte : en prônant la sainteté d’existence le catholicisme n’a provoqué qu’un enfer mental dont on mesure aujourd’hui le coût. Qu’une religion fondée sur l’amour puisse en interdire à ses ministres la forme la plus élémentaire est intenable.

Des hommes comme Padre Pio, François de Sales, Vincent Ferrier, le curé d'Ars, Louis-Marie Grignion de Montfort, le père Lamy étaient des prêtres parmi des centaines de milliers d'autres saints prêtres, et jamais leur célibat ne les mena à la déviance, ni à la torture mentale, ni à la pédophilie, et encore moins à la remise en cause du fonctionnement interne de l'Église... Seuls les hommes d'Église ayant accédé à la papauté peuvent prétendre ériger des dogmes et réclamer des changements pour l'Église. En plus de se prendre pour le pape, Christophe Barbier se révèle un comique hors-pair; la dernière phrase de l'extrait est d'un kitsch suprême: le fait de penser que la sexualité procède de l’amour et inversement, est un rêve de midinette et, je l’espère pour Barbier, une blague de journaliste... Toutefois laissons à Monsieur Barbier le bénéfice du doute ; il parle certainement avec le feu de la sincérité, l’amour de la vérité. Se montrant attaché à prendre la défense des enfants, victimes de pédophiles, au point de vouloir en combattre les causes (ici, le célibat des prêtres), demandons-nous s’il a également défendu les victimes des sinistres pédomanes Polanski et Cohn-Bendit ? A-t-il interdit à Monsieur Polanski de rester marié? A-t-il ordonné à Monsieur Daniel Cohn-Bendit de démissionner de son statut d’homme politique? N’est-il pas honteux en effet qu'un homme politique jouisse en toute impunité de son pouvoir et son charisme, susceptibles d'attirer à lui les enfants? Alors, M. Christophe Barbier a-t-il défendu les victimes de ces pédomanes ?

Vive la Révolution sexuelle avec Dany !

Que nenni ! Notre pourfendeur de soutanes, le sieur Barbier, s'est même signalé par la virulence dont il fit preuve en s'improvisant l'avocat de Roman Polanski. C’est bien évidemment son droit. Mais il a péché du haut de son sacerdoce virtuel : auréolé de sa moralité séraphique, il s'est cru autorisé à remettre en cause la Justice suisse : « Est-ce que la Suisse s’adresse au reste de l’Europe, à la France, en prenant une sorte d’otage nommé Roman Polanski ? » et encore : « La Suisse a eu un comportement inacceptable ». Étrange contradiction de la part d’un intellectuel, qui déconsidère le jugement d’un pédophile avéré, et ose attribuer au célibat des prêtres les actes de monstres tels que celui qu’il défend!

Christophe Barbier

Tout le monde devine (les adversaires de l’Église en premier lieu) que cette histoire de prêtres criminels, supposés incarner tous les prêtres, n’est qu’un prétexte de plus à la destruction de l'Église catholique, qui n'a pas encore accepté de s'écrouler pour leur plaire. Le mécanisme est toujours le même : on attribue à ces sombres histoires la responsabilité de l’Église dans ses fondements, depuis ses origines apostoliques. L'histoire de prêtres pédophiles est bien évidemment un prétexte , car Barbier saute du coq à l'âne en avançant une autre proposition : « Rome doit autoriser l’ordination des femmes ». Quel est le rapport, demanderez-vous? Mais, ce rapport, il saute aux yeux! Cette proposition est soudée à la première par le nécessaire dogme du "progrès". Il faut évoluer, il faut bouger. Sinon, gare!...

Un dernier exemple de beauté journalistique nous est donné par Caroline Fourest, intégriste laïque médiatisée, dont j'ai déjà parlé sur ce blog. Dans Le Monde du 9 avril 2010, elle attaque, entre autres, les prêtres avec la même rhétorique que j’ai parodiée en italique pour Cohn-Bendit, allant jusqu'à expliquer l'existence de criminels dégénérés, par l'existence de l'Église :

Le fait qu’ils [les prêtres] aient un statut à la fois asexué et sacralisé favorise l’abus de pouvoir [...] Il faudra bien que l’Église regarde en face ce cercle infernal. Qu’elle accepte d’en tirer d’autres leçons que l’auto flagellation... Si elle veut sincèrement cesser d’être la seconde institution -après la famille - à produire des agresseurs d’enfants.

Oui, vous avez bien lu, l'Eglise et la Famille sont des machines à produire des pédophiles... Tout comme son confrère, Caroline Fourest réclame également un statut « sexué » et « désacralisé » pour les prêtres: elle réclame aussi la prêtrise pour les femmes. Mais comment s'en étonner? L'idée moderniste du sacerdoce qui prédomine actuellement, le permettrait sans problème... Car, si l'on a coutume de ne plus voir dans le prêtre qu'un "animateur social", tout juste bon à présider les «assemblées locales du peuple de Dieu », il n’existe absolument aucune raison valable susceptible d'empêcher une femme de remplir cette fonction. Cette fonction étant déjà "désacralisée", comment, en effet, empêcher de la "sexualiser"? Or ce qui empêche la femme, depuis les origines apostoliques, de devenir prêtre, consiste (entre autres) en ce que ce dernier doit devenir un alter Christus (un autre Christ). (1) Comprenne qui pourra. Les journalistes, c’est trop leur demander que de lire du latin.

Caroline Fourest, pourfendeuse officielle d'intégristes

Tout le monde sait très bien que cette histoire de prêtres pédophiles, je le répète, n’est qu’un prétexte. L'exigence de ces mêmes têtes à réclamer l'ordination des femmes le prouve! Et puis, qu’est-ce qu’ils en ont à faire, réellement, ces journalistes défendeurs de la tante et de l’orphelin, à l'idée que des femmes deviennent prêtres et que des prêtres aient des femmes? Veulent-ils tant de bien à l'Église au point de se faire les troubadours officiels de Sa vertu ? Non. Ils montent en épingle ces histoires-là, dans cette institution-là, alors qu'ils auraient pu le faire pour d'autres religions non moins concernées par ces problèmes... Pourquoi l'Église est-elle donc leur cible privilégiée? C'est simple. On va donner l'exemple de Caroline Fourest. Celle-ci condamne la déviance sexuelle de quelques prêtres et se déclare fervente militante en faveur de l’avortement et du féminisme. Évidemment dans ce cas, la «famille», qui est selon elle, je cite, une institution « productrice d’agresseurs d’enfants » (i.e.: de pédophiles) ne peut pas trouver une place dans son cœur humaniste. Mais il faut voir surtout quelles sont les raisons de sa condamnation de l'Église en son entier, quelles sont ses raisons de généraliser sur les prêtres en tant qu'"espèce" dangereuse. La notion de « famille » que Caroline Fourest incrimine, c’est le schéma suivant : un homme + une femme + un (des) enfant(s), notion qui a toujours été soutenue par l'Église. Quelle horreur ! Homosexuelle et féministe, Fourest ne peut tolérer cela. Ce n'est pas sa conception de la Famille. Dans la même logique, Fourest ne peut pas tolérer l'Église non plus, puisque cette dernière rejette en principe son idéologie du Gender et son homosexualité, sans compter sa lutte pour l'avortement (ProChoix). Ces raisons personnelles sont-elles des raisons suffisantes, pour Caroline Fourest, d'attaquer l’Église ? Bien sûr que oui! Une raison fondée sur des convictions personnelles n’en reste pas moins une raison, même si celle-ci perd beaucoup de son impartialité et partant, de son efficacité... Seulement, là où Caroline Fourest est plus fine que son confrère et maîtrise mieux son sujet, c'est lorsqu'elle s'attaque à une Église qui s'est elle-même piégée, qui a consenti, avec Vatican II, à jouer le jeu de la modernité, du laxisme, de "l'auto flagellation", comme elle l'écrit. On sait, qu'au niveau historique, c'est Vatican II qui a contribué à impulser l'esprit de mai 68, et que c'est depuis Vatican II que le laxisme a régné sur ces cas... L'église a ouvert des vannes qu'elle a désormais le plus grand mal à refermer. Et les journalistes ne comprennent pas pourquoi Elle s'est arrêtée en si bon chemin... Ou plutôt, ils feignent de ne pas comprendre, s'impatientant à l'idée de voir l'Église s'écrouler entièrement.

Bref, tant que l’Église ne sera pas dissoute dans cette modernité, tant que l’ Église continuera de faire "barrage" aux idéologies (libéralisme, communisme, nazisme, féminisme, fils de la veuve, homos, eugénisme, avortement, etc.), et tant qu'il y aura des gens pour croire à ce que l'Église leur dit, eh bien, Elle le paiera (c'est logique). Mais si l'Église consent à plaire au monde, à continuer son dévissage d’ampoules, alors peut-être qu’on La laissera de côté momentanément, parce qu’Elle ne sera plus qu’une des roues du char festif de la connerie. En gros, pour ces journalistes et les lecteurs qui les suivent, l'Église sera certifiée branchée lorsque des prêtresses lesbiennes célèbreront l' I.V.G. de leurs ouailles sur l'autel de la Tolérance universelle (jusqu'à nouvel ordre). E. Naulleau, chez Ruquier (24 avril 2010), demanda à Fourest : "Pour qui vous prenez-vous, à vouloir reconvertir les églises en Musées? Êtes-vous dans la tête des chrétiens?". Bonne question, qui souligne que Fourest, comme Barbier, se prend pour une ecclésiastique qu'elle n'est pas... Fourest, qui veut convertir de force la religion aux lubies dont elle est l'incarnation officielle... Fourest, la stalinienne de la religion... Christophe Barbier, étrangement lucide, reconnaît que l'Église le démange parce qu'elle a toujours refusé de se plier aux dogmes contemporains:

Dans le Moyen-âge en mutation, l’Eglise se trouva en décalage avec les sociétés. Les nations s’affirmaient, la bourgeoisie marchande prospérait, les techniques progressaient, mais Rome ne comprit pas que l’on changeait d’époque... En la mutation d’aujourd’hui, c’est au nom des mœurs que la modernité veut évincer cette puissance spirituelle... Si Rome ne réagit pas, sur quelle peau de chagrin Benoît XVI achèvera-t-il son pontificat ?

Oui, l’Eglise pose problème depuis très, très longtemps ("Si le monde vous hait, sachez qu'il m'a haï avant vous", Jean XV, 18)... A ces attaques et ces ordres d'obéir à leurs "divinités", du progrès, les catholiques doivent répondre et avoir le courage d'agir selon l'esprit de cette belle image, formulée par G.K. Chesterton dans L'Homme éternel: "Ce qui est mort peut suivre le courant, mais seul ce qui vit peut le remonter".

En outre, si vous ne voulez pas en rester à la "surface" du constat de l'agressivité des rebelles subventionnés, il faut savoir que, le nœud du problème, pour ces journalistes, c’est l’Église d’avant Vatican II. Celle que le pape est suspect de regretter. C'est l'Église immonde qu’on vous montre dans un reportage comme Les Infiltrés (Pujadas) intitulé "A l'extrême droite du père", avec la voix off qui fait comprendre que des cathos/nazis veulent revenir à «avant Vatican II», c’est-à-dire (je cite) : aux «Heures les plus sombres de notre Histoire». Oui... Comment avons-nous pu l’oublier une seule seconde? Pie XII était un naziii! Et avant lui, toutes les têtes mitrées à prénoms chiffrés l’étaient aussi, et tous les cathos d'avant Vatican II étaient des nazis! J'en veux pour preuve, cette carte des votes nazis en Allemagne en 1932-34, comparant les votes protestants avec les votes catholiques (cliquez pour agrandir l'image!)...


Carte issue de l'ouvrage de Koenheldt-Leddihn, Liberty & Equality, London, 1952.


Notes

(1) Les origines du célibat remontent bien avant ce qu'on a coutume de dire dans l'intention de "relativiser" l'aspect "sacré" de ce célibat. Si les premières lois sur le célibat datent du 4ème siècle après Jésus-Christ, elles ne furent pas présentées comme une nouveauté, mais comme un rappel. Le fait que des papes aient dû le rappeler par la suite n'indique en aucune façon qu'on ait inventé le célibat sacerdotal au concile de Latran, voire encore à la Contre-réforme, comme l'affirment les relativistes humanistes! Les cas de prêtres mariés, dans l'Eglise catholique, ont toujours été considérés, à partir du 4ème siècle, comme des cas de déviances à la loi.

Un Père de l'Église, saint Épiphane de Salamine (315-403), écrit : « Les prêtres sont choisis tout d'abord parmi les hommes vierges, ou sinon parmi les moines; mais si parmi les moines on ne trouve pas de personnes aptes à remplir ce service, on a coutume de choisir les prêtres parmi ceux qui vivent dans la continence avec leur épouse ou qui, après un seul mariage, sont devenus veufs ». Lorsqu’il se plaint que cette loi ne soit pas observée partout, il fait bien état d’une loi et partant, d’une violation de cette loi : « En plusieurs lieux, les prêtres, diacres et sous-diacres engendrent encore des enfants. Je réponds que ce n'est pas conforme à la règle, mais que cela arrive à cause de la nonchalance des hommes ». Saint Epiphane de Salamine est cité par l'abbé Mathias Gaudron dans le très bon Catéchisme catholique de la Crise dans l'Eglise (Ed. du Sel).

Je n'ai pas parlé des fondements ni des raisons du célibat catholique, car ce n'était pas le sujet. Mais pour ceux que cela intéresse il faut lire le livre du père Christian COCHINI S.J., Origines apostoliques du célibat sacerdotal, Paris-Namur, Lethielleux, 1981.


03/11/2006

L'ange Homme Exterminateur : nouvelle espèce en voie de prolifération

« un bébé qui pleurait tous les jours », c’est le titre d’un article sur 2Ominutes.fr concernant l’histoire du bébé retrouvé dans l’eau. Aux dernières infos la maman n’aurait pas tué l’enfant. Or, les journalistes citent un témoin de première importance sans nul doute, au point de mettre sa parole en titre : il s’agit de dire que l’on sait bien que l’on pense que la maman est une tueuse, au fond peu importe si elle l’est ou pas, nous les journalistes on vous dit : Vous allez gober ce qu’on vous donne, vous allez croire à l’Homme-ange (pour légitimer l’homme ange exterminateur). Cela se prouve par a+b. Notre héritage des lumières syncrétiques dit que l’homme est un ange. Un ange déchu puisqu’il ne touche pas le ciel. L’homme déchu vaut cependant plus que satan : il existe, oui il existe en tant que tel puisqu’il affirme : je suis ange, dit-il ; souvent c’est l'équivalent d’une phrase rédemptrice.

Ainsi, je vous rappelle la récente cause célèbre de la maman qui avait tué sa (demeurée de) fille. En démiurge angélique elle a décidé de mettre fin à cette souffrance: à la tuer. Mais elle a dit (phrase rédemptrice): « j’en avais assez de la voir souffrir ». Ce n’est pas grave si on ne sait pas trop si cette souffrance était la sienne ou celle de sa fille. Mais la cause de l’euthanasie (qui est elle-même la cause de l’Homme-ange exterminateur) l’a emporté avant même l’issue du procès :on présentait à la radio la vieillarde comme une dame sympathique, un peu gâteuse sans doute parce qu’elle se faisait répéter tous les mots par son avocat,etc. donc elle n’était pas coupable, cette ange. Elle avait même délivré sa fille de la souffrance ; elle avait prononcé la phrase rédemptrice.

Dans l’affaire qui m’intéresse ici c’est la même chose. On légitime le meurtre de l’enfant non pas parce qu’il faut légitimer l’euthanasie ou l'avortement mais renforcer la cause de l’homme-ange exterminateur tout simplement. Si donc le témoin dit, je le rappelle, que le bébé pleurait presque tous les jours, et qu'ensuite les journalistes en font leur titre, c'est qu’ils pensent que l'enfant n'a pas eu d'accident, que la maman l'a tué (et donc que ce n'est pas un accident) et donc il y a bien reconnaissance du meurtre implicite. Retenir que le bébé pleurait presque tous les jours, c’est donner un point à l’avance au cas où il y aurait meurtre, c’est une circonstance atténuante pour tuer bébé, c’est la phrase rédemptrice qui fait de l’homme (femme) un ange exterminateur.

Les gens qui ont encore un semblant de jugeote diront que ça n’existe pas un bébé qui ne crie pas. Et les bébés muets, ça existe ? Non ? Si ? Non? c’est important à savoir tout de même, parce que si bébé muet, on va alors se plaindre à l’hôpital et porter plainte pour handicap non signalé pendant la grossesse et puis vous savez pourquoi pas légitimer un avortement rétrospectif, coup de marteau sur bébés muets… c’est angélique tout ça. Si l'angélisme est démocratique rien n'est gagné... Enfin, je citerai Pascal: "Qui fait l'ange fait la bête", on nous avait prévenu !

P.S.: En cherchant à nouveau cet article, je constatai qu'il avait disparu. Un autre article, toujours sur le même site du "journal", sans reprendre ce titre angélique, cite encore une fois le témoin, cette fois-ci en mentionnant une femme, et non plus un homme. Vous voyez, plus il y a de gens à le dire, plus c'est vrai. Voici: "Elle menait une vie calme", selon une voisine qui a toutefois affirmé que "le bébé pleurait beaucoup". Une autre de ses voisines la décrivait comme une jeune femme "très gentille"...

25/08/2006

Usure de la critique journalistique [Spoilers]

Affiche du film: Lady in the Water

Consternée par la bêtise répétitive de critiques soi-disant professionnels semblant n'être payés que pour regarder une bande-annonce, il m'a semblé être de mon devoir de commenter cet article découpé dans un torchon fameux, et dont le lien est ici.

Le papier en question est de la plume de Philippe Azoury, une critique du dernier film de Shyamalan Lady in the Water, critique dégouttante de mauvaise foi et représentative, j'espère bien le montrer, de la médiocrité d'une intelligentsia qui ne vit que de se regarder dans le miroir.

Le visionnement du film permet de comprendre, voire de compatir à ces aberrations journalistiques. Le journaliste Philippe Azoury tient le rôle qu’on lui assigne et tombe dans le piège que Shyamalan lui tend, à lui et ses congénères (car, s'étant ligués contre le film à cause du portrait d'un critique de cinéma, ils rejouent le rôle d'une caste une fois honnie mais plus noble qu'eux). Résumons les causes du conflit: critiquant un critique cinématographique, le réalisateur ne pouvait s'attirer que... la critique. N'est-ce pas voulu de la part de Shyamalan (pervers!) ?

P. Azoury, persuadé, à l’image du critique du film, que tout ce qu’il sait et croit savoir sur le monde du cinéma sera tel qu’il le dira, que peut-il faire d’autre que retomber sur ses pattes et déplorer, à l’instar de ses congénères, le manque d’originalité des œuvres contemporaines ?... Cette critique est, comme tant d’autres, attendue... comme si elle était programmée, par deux évènements interplanétaires: Shyamalan sort un nouveau film et Shymalan critique les journalistes de cinéma.

Il ressort de toute cette réflexion une grande tristesse du critique. Il n'est pas de plus grande méchanceté que dire à quelqu'un qu'il est triste, n'est-ce pas?

Shyamalan et l'acteur P. Giamatti

Pour nous parler du film, P. Azoury commence, avec une fausse bienveillance, à nous parler de "l'année difficile" de Shyamalan. Le journaliste aime jouer des doubles allusions. Shyamalan est qualifié, pour ouvrir l'article, d’ « Ex-petit Jésus d'Hollywood » et, plus loin, de « cinéaste messianique ». Favorisé, il aurait donc été chéri des dieux tout puissants incarnés par Disney, généreux mécène indifférent à la nullité de son artiste. Mais le revers de cet attribut "Petit Jésus" fait bénéficier Shyamalan d’une aura douteuse, puisqu'il est en opposition idéologique avec le journal duquel le journaliste est à la solde (LIBé!). Ce côté messianique, quant à lui, ne saurait s’appliquer intégralement à Shyamalan, car ce dernier a le toupet de dénoncer le journaliste et les siens, eux, dont la mission est d’être les messies de l’information.

Le journaliste accuse ensuite Shyamalan d’un tort plus grave : « Ne décolérant plus [il] a dénoncé dans un livre ses différents [sic] avec la compagnie aux oreilles décollées ». On est censé comprendre qu’il s’agit de Disney, et l’esprit du lecteur doit constater la perfide allusion de cet esprit retors. Si cette attaque reste implicite, c’est que Shyamalan n’a jamais émis de critiques de ce genre, et que c’est bien l’amalgame chrétien donc antisémite, qui fait dire à ce garçon de telles inepties.

Après ce portrait caricatural, il passe à la critique construite du film, peu élaborée, peu justifiée, on va le voir. Des considérations sur la campagne promotionnelle et les succès de Shyamalan sont les critères excellents que retient le cinéphile afin d'inciter ses lecteurs à bouder les séances. «On peut s’amuser de l’embarras visible d’une campagne promo essayant de tirer l’affaire vers la dérision ». Comment peut-il feindre avec mauvaise foi être un spectateur naïf, exempt de toute considération à ce sujet ? C’est une erreur déontologique de la part du critique cinématographique qui, de prétendu neuneu, se mue soudainement en parangon du connaisseur littéraire quelques lignes plus bas: il reproche à ce film des « signes évidents d’usure narrative». De culture, il ne manque certes pas :

« [Ceux qui n’aiment pas Shyamalan] qui, depuis Incassable ou le Village, soupçonnaient quoi qu'il en soit Shyamalan d'être juste capable de filmer des blagues Carambar avec le sérieux existentiel du Bergman du Septième Sceau n'auront plus aucun doute ».


Le critique englobe toute sa caste agonisant sous le fléau de la pénurie intellectuelle avec le « Ceux » : ceux, eux, les élus, l’élite qui a Vu, de ses yeux Vu, de quel sinistre personnage il s’agissait, de quelle honteuse idéologie Shyamalan était porteur. La culture devient accessoire au profit de la Dénonciation du Comité de salut public & de la propagande idéologique. Bien malgré elle, cette insulte reconnaît une cohérence à l’œuvre de M. Knight. La culture de P. Azory ne s’arrête pas là. Peut-être en a-t-il trop, peut-être en a-t-il tant qu'il perd le fil du réel? A l'aide de sa référence philosophique, il érige celle-ci en condition sine qua non de tout chef-d’œuvre, accusant à plusieurs reprises Shyamalan de procéder par « rétrécissement ». Il serait naturel, suivant sa logique, que l’on exige du cinéma de comporter les dialogues de Rohmer et le suspens d’Hitchcock... Il est certain que l'on va au cinéma parce qu'on a égaré nos livres de philosophie et que l'on veut les retrouver à l'écran.

Shyamalan

Pour mieux ridiculiser Shyamalan, Azoury décide ensuite de déconsidérer les « fan » classiques de ses films (car il y en a). Il décide de les peindre galamment en attardés profonds. Tout comme le critique fictif du film qui meurt pour avoir préjugé des intentions d’autrui, Azoury arrive, avec une prescience divinatoire, à prévoir que les fans de Shyamalan vont s’ennuyer face à la toile et que, dans leur bêtise naturelle, ils appliqueront au symbolisme du film l'interprétation que la classe médiatique a elle-même appliqué au « Village ». Je le cite : "Par fidélité, [les fans] verront dans ce dégorgement de symbolisme le premier film sur les inondations en Louisiane". Cette fureur de bêtise vient sans doute de ce que la scène où le critique prévoit la façon "cinématographique" dont il va mourir est une des scènes les plus drôles du film. Le personnage de critique du film est un critique tellement engoncé dans ses références cinématographiques qu'il ne voit plus le réel, qu'il en meurt.

Mais ce qui est à retenir, à travers l’attaque des spectateurs, ce n’est pas tant le manque supposé de capacités intellectuelles de ces derniers, qu’un indice des facultés imaginatives déficientes du critique.

Pour conclure sur ce brillant tissu de prose (on doit reconnaître ce talent à l'auteur), je dirais que ses mérites consistent principalement à : savoir jouer avec l’allusion ambigüe, la calomnie. Donnez-moi quelqu'un à haïr, je vous aimerai. Shyamalan croit en Dieu. Certes, on a le droit de trouver les films de Shyamalan puants, nuls, lents, la liste est longue... Mais faire l'éloge du talent et de l'émotion, des valeurs de l'entraide et de la foi, c'est être passible du boycott journalistique. A défaut d'être efficace et fondée, ce genre d'attaque finit par tourner à l'attaque personnelle. La croyance personnelle du cinéaste tourne ainsi à la psychose sous la plume d'Azoury: Shyamalan est décrit comme étant "plus parano que jamais".

Voilà ce que le film et ce critique montrent bien: sans imagination, pas de création et pas d’espoir! penser que tous les hommes se valent, que tous les films doivent se valoir, bref, dire ce que l'art devrait être et faire la morale au réalisateur, n’est-ce pas se dénoncer soi-même comme ignare ? Philippe Azoury en est un, et un très grand.