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04/11/2008

Quantum of Solace et la théorie du complot [SPOILERS!]




Synopsis

Même s'il lutte pour ne pas faire de sa dernière mission une affaire personnelle, James Bond est décidé à traquer ceux qui ont forcé Vesper à le trahir. En interrogeant Mr White, 007 et M apprennent que l'organisation à laquelle il appartient est bien plus complexe et dangereuse que tout ce qu'ils avaient imaginé...

Bond croise alors la route de la belle et pugnace Camille, qui cherche à se venger elle aussi. Elle le conduit sur la piste de Dominic Greene, un homme d'affaires impitoyable et un des piliers de la mystérieuse organisation. Au cours d'une mission qui l'entraîne en Autriche, en Italie et en Amérique du Sud, Bond découvre que Greene manoeuvre pour prendre le contrôle de l'une des ressources naturelles les plus importantes au monde en utilisant la puissance de l'organisation et en manipulant la CIA et le gouvernement britannique...

Pris dans un labyrinthe de traîtrises et de meurtres, alors qu'il s'approche du vrai responsable de la trahison de Vesper, 007 doit absolument garder de l'avance sur la CIA, les terroristes et même sur M, afin de déjouer le sinistre plan de Greene et stopper l'organisation...

James pas content du tout!


Si le dernier James Bond (Quantum of solace) ne s’inscrit pas dans la lignée classique des James Bond, ne présentant plus de secrétaire attardée, ni de scènes de sexe inutiles, on doit reconnaître que c’est un excellent film d’espionnage doublé d’un film à l’intrigue percutante. Après l’introduction tonitruante, l'une des scènes du film se déroule à Sienne, en plein Palio (la fameuse course de chevaux opposant les différents quartiers). On pourrait déplorer le fait que le film ne montre pas davantage les endroits magnifiques d’une des plus belles villes de Toscane... Ce regret s’efface devant l’efficacité de l’espion de Sa Majesté : rien n’est laissé au hasard de la part du Rosbif, tous ses gestes sont calculés, un peu comme dans la Mort dans la peau (avec Matt Damon). Dans la chronologie fictive de la saga, James Bond en est encore à ses débuts (Quantum of Solace est la suite de Casino Royale, qui montrait les tout premiers pas de l’espion) ; il n’a pas appris par cœur les formules « milk-shake à la cuillère », ni « mon nom est Bond , James Bond » ; il ne sait que boire comme un trou quand il a soif. Disons qu’il est trop jeune pour être élégant dans le vice, et qu’il doit apprendre à maîtriser son instinct de tueur. Il a effectivement cette fâcheuse tendance à se servir de sa gâchette. Bref, James n’est encore qu’une frappe mal dégrossie en costard.



James n'a de beau que le bleu de ses yeux


Laissez-moi vous dire deux mots de l’histoire, dénigrée par presque toutes les critiques de presse et que, pour ma part, j’ai jugée très intéressante. Laissons un peu de côté l'intrigue autour de la vengeance, liée à Casino Royale , et attachons-nous à un aspect du film: les méchants. James se trouve confronté à une sombre histoire de multinationale dont l'un des chefs se nomme Dominic Green (lié à M. White, dont James veut se venger de la mort de Vesper), homme d'affaire qui marchande avec les gouvernements et envisage de contrôler le monde. Certes, les sociétés secrètes ne sont pas nouvelles dans la saga James Bond... Dominic Green et associés forment une société dont les membres se recrutent parmi les hauts membres de gouvernement , ceux qui ont le plus de pouvoir et d'influence (conseiller du premier ministre par exemple) ; ils se rengorgent d’«avoir des hommes absolument partout», d’être invisibles et invincibles : un seul mot de leur part dicte n’importe quel ordre à la police. M., la patronne de James, le fait remarquer : ils sont invisibles; donc on n’a pas la moindre preuve légale contre eux. Ce manque de preuve et ces millions d'indices constituent l’éternel problème des théories du complot, mais pour cette fois, c’est James Bond qui endosse le rôle du parano persuadé qu'il y a bel et bien quelque chose, et qui va trouver une solution au problème...

Voilà comment les méchants opèrent : dans un premier temps, ces messieurs de la «mystérieuse organisation » achètent des terres à des pays (comme la Bolivie) pour mieux les assécher et les priver de leurs ressources naturelles. Leur action consiste ensuite à «aider» des pays, c’est-à-dire à renverser le gouvernement, et, en échange, à obtenir un terrain qui ne présente aucun intérêt aux yeux du nouveau dictateur. Ce dernier terrain dévie les cours d'eaux pour les stocker dans des barrages (eux aussi souterrains). Une fois le gouvernement renversé et l'eau disparue, D. Green oblige le nouveau gouvernement à payer deux fois plus cher le prix de l'eau. Et entre-temps, les gens ont crevé comme des chiens. Mais pour que cette réussite financière soit complète, Dominic Green et Cie ont au préalable défriché les forêts des premiers terrains achetés, et en ont surexploité les ressources naturelles. Il ne reste plus rien à prendre. Dominic Green s'intéresse ensuite à tout pays présentant un potentiel: des pays avec les mêmes révolutions, engendrées par les mêmes causes. Succès garantis!


Dominic Green, nazi-communiste-capitaliste et écologiste: adorable Vert de terres.

Le plus tordant dans l’histoire, c’est lorsque, dans ses basses œuvres, ce même Dominic Green prononce officiellement un discours à l’on ne sait quel gala de charité, dénonçant la terre en danger et le réchauffement climatique, pleurant les forêts dévastées, prêchant l’instauration immédiate de mesures contre le désastre. Il propose la solution au désastre écologique qu’il a lui-même opérée, le comble. Son entreprise va sauver le pays. Mais n'est-ce pas là la devise ordo ab chao (l'ordre naît du désordre) ? N'est-ce pas la tactique si chère à certaine stratégie américaine qui consiste à inventer des problèmes pour mieux mettre en place leurs (coûteuses) solutions?... Dominic Green se drape du manteau vert-ueux de l’écologie dont il porte le nom symbolique.

Le film d'Al Gore, a été acclamé par l'ONU...Dans la réalité aussi, les puissants n’ont pas peur de prendre les gens pour des c***

L’obsession de D. Green à ne pas se faire repérer, pousse le vice jusqu’à faire assassiner un des gardes du corps d’un politicien véreux : Green ne veut pas être reconnu : « Est-il à nous, celui-là? demande-t-il à ses "gorilles". Non? alors tuez le. Je ne veux pas qu'il voie mon visage»... Portrait d’une organisation aux membres disséminés dans un spectacle public, à l’entrée duquel on distribue des oreillettes et des pin’s « Q » (Quantum, projet de D. Green) aux privilégiés qui figurent sur une mystérieuse liste... Lors de cette séquence, on admire la manière dont James débusque les "hommes de l'ombre". On admire également le genre de spectacle auxquels viennent assister les comploteurs, indifférents: la scène montre un duo de chanteurs larmoyants avec, en arrière-plan, des rangées d'évêques et de jésuites aux allures de psychopathes ... Pris dans le piège du secret, ces membres qui se terrent pour œuvrer, n’ont d’autre choix que de paniquer une fois découverts. Mais ils bénéficient de la protection de la C.I.A. et de la bénédiction de la plupart des services de renseignements du globe. Grâce à cela, ils vous flinguent dès que vous les identifiez. D'où les ennuis de Bond après la séquence à l'opéra. Bref, on ne peut pas s’empêcher de rire, c’est bien vu...


James et sa belle amie marchent dans le désert de Green après avoir essuyé une attaque aérienne de haute volée


Le plus étonnant, c’est la manière dont la presse française confirme cette lecture du film. Certes, quelques critiques sont élogieuses, comme celles de Première, du Parisien, ou encore des Inrockuptibles. On ne s’étonnera pas qu’Humanité ait bien noté le film: mais, demanderez-vous, ce torchon n'est-il pas lu par des obsédés de la théorie du complot?... Ce film peut effectivement être interprété comme une dénonciation des élites véreuses tirant les ficelles de la finance mondiale, en alliance avec les gouvernements : car ce qui s’applique à l’eau s’applique également au pétrole. De la même façon, on ne s'étonnera pas que Charlie Hebdo lui ait mis un zéro pointé, ni que Libération, le journal des gens libres, ait écrit ceci : « Le script, il est vrai , ne sert pas plus les rôles que le dialogue, galimatias géopolitique à couleur altermondialiste ». Effectivement, les altermondialistes sont connus pour dénoncer, à juste titre, les grandes multinationales (cf. Shell ou les multinationales des médicaments...). Evoquer l'altermondialisme, c'est évoquer dans l'imaginaire standardisé la fumeuse "théorie du complot" et les "malades mentaux" qui y croient... Or beaucoup de critiques du film sont infondées. Pourquoi, par exemple, tant de critiques sur la «légèreté » du scénario? Personnellement, je le trouve tout, sauf léger. Et depuis quand les scénarios de James Bond doivent-ils être soignés? Dans la saga, on est plutôt habitué au méchant mégalomane qui veut tout faire sauter. Ici, c'est tout de même plus subtil. Certains journalistes se concentrent sur l’accessoire pour éviter l'essentiel, et parlent de l'absence de gadgets comme d'un tort impardonnable. Mais on y était habitué depuis Casino Royale... Et puis on invente des idées de scénario, comme le fait cette critique du «Journal du dimanche » : « Un scénario un peu court. Certes, on en prend plein les yeux, mais on attendait du réalisateur nommé plusieurs fois aux oscars qu'il lui laisse son charme, son piquant». Ainsi le scénario devait être charmant et piquant. Ah! cela manque de femmes et d’humour. Oui, certes, on n'est plus dans le rêve, mais en plein cauchemar. Aucun James Bond n'avait jusqu'ici évoqué l'actualité de cette façon. L’aspect fictif du film ressurgit pourtant lorsque Bond conclut, heureux, après avoir nettoyé le linge sale : les « gentils de la CIA reprennent leur place » et les méchants sont évincés. Tout est bien qui finit bien... car c’est un film. De quoi se plaint-on? Pourquoi, aussi, des reproches soudainement concentrés sur la publicité omniprésente ? Tous les films font cela. La publicité est même tellement courante dans les films américains que s'en offusquer équivaut exactement à se choquer de la promotion des films dans les émissions télé... Il vaudrait mieux être choqué par cette truffe de Luc Besson qui recherche activement un expert en placement de publicité pour ses nouvelles productions.


L’Aston Martin DBS de James, voiture de rêve : les deux autres lui servent de repoussoirs

Or les mêmes reproches eussent pu être faits au dernier James Bond, Casino Royale, qui lui aussi sortait des sentiers battus, avec un James Bond "racaille" et le même acteur (Daniel Craig): lorsqu’ils étaient en mesure de dénoncer la « déviation » bondienne vers le film d’action pur, les journalistes ne l’ont pas fait ! ils n’en ont pas été offusqués le moins du monde. Le Journal du Dimanche l'approuvait, même, dans Casino Royale: « le spectateur entre tout de suite dans le vif du sujet : c'est du brutal qui l'attend tout au long du film ». La critique de Libération pronostoquait: « Ce qui revit avec Daniel Craig, c'est le "007". Craig ou la réinvention du code tueur ». Alors, pourquoi s’offusquer de sa suite logique ? C’est insensé, d’autant plus que le film Quantum of Solace en apprend davantage sur le fait que Bond va cesser de tuer, voire refuser d’ euthanazier, à un moment donné. Le film est donc moins violent qu'il ne paraît. Ces derniers temps, les films sont des machines de guerre idéologiques, que la presse apprécie à leur degré de conformisme au nouvel ordre moral (mondial?). Remarquez notamment que la qualité n'est pas souvent au rendez-vous de ces films dont la presse fait unanimement l'éloge (historiquement c'est toujours le cas lorsqu'un régime totalitaire commandite des "œuvres d'art": elles sont médiocres). Or il n’est pas logique que, de ce point de vue, on reproche à un film comme James Bond de manquer de scénario solide! Plus extraordinaire que le dernier opus de James Bond, c'est cette reconnaissance implicite de la distribution des bons et mauvais points par la presse, et son silence éloquent sur ses dégoûts. Elle ne peut que bouder, museler, et donner dans des critiques à côté de la plaque.

Mais elle ne peut pas encore réguler les entrées au cinéma: car vous le savez déjà: en France James Bond est en train de battre tous les records d’entrée en salle : « Malgré des critiques parfois acides, le 22eme opus de la saga baptisé Quantum of Solace se porte à merveille, n'en déplaisent à ses détracteurs » (buzz-actu).

18/03/2008

Les Pyramides selon Roland Emmerich (Stargate, 10 000)



Stargate (1994), la bande-annonce

Roland Emmerich est si étonné devant les merveilles que sont les Pyramides qu’il ne peut attribuer raisonnablement leur invention à des êtres humains : pour lui les dieux égyptiens incarnés par les Pharaons, sont tout simplement des extra-terrestres. On a droit à la même soupe depuis Stargate (1994), et on en soupe encore avec 10000 qui est sorti tout récemment (2008) . 10 000 fait pendant à Stargate : on a parfois la désagréable impression d’assister au même film: mêmes pyramides dans des temps reculés, mêmes faux dieux qui, dit-on, seraient venus des étoiles, même révérence mêlée d’effroi pour ces dieux, même esclavage, même soulèvement révolutionnaire, mêmes héros typiques: le vaillant héros flanqué du naïf et de la belle brunette. Ceci nous invite à explorer la signification profonde de cette ressemblance qui existe entre les deux films, même si, entre-temps, Roland Emmerich a réalisé Le Jour d'Après. Ce film est, par ailleurs, très représentatif de l'œuvre du cinéaste, car il relève simultanément de la "science-fiction"et d'un réalisme faisant écho aux analyses très sérieuses d'Al Gore sur l'environnement. Et c'est exactement cela dans Stargate et 10000: des considérations politiques contemporaines mâtinées à de la fiction "rocambolesque".



Sur une lointaine planète, la pyramide est aussi un vaisseau spatial (Stargate)


Oui, les films Stargate et 10000 partagent une mise en scène d'extra-terrestres terroristes se prenant pour des dieux. Heureusement, des êtres émancipés sont là pour soulever le peuple et leur imposer la véritable liberté, la liberté démocratique. Dès lors qu’il n’y a plus de dieux, les dieux se retrouvent dans le peuple (dans Stargate, les libérateurs sont les américains des temps modernes, dans 10 000 : les libérateurs sont des tribus préhistoriques métissées et nomades: on passe de l’impérialisme américain au communisme altermondialiste comme une lettre à la poste). Bref, au mépris de l’histoire la plus élémentaire -mais cela n'importe pas vraiment, c'est un film-, on impose l’homme préhistorique comme un être affranchi des préjugés et de la religion, rebelle aux superstitions; si cet homme est superstitieux ou religieux, c’est qu’il est esclave et guidé par la crainte stupide ; et s'il a la chance d'être un peu plus éclairé, il sera encore craintif, refusant de voir son village exterminé par un coup de gueule du méchant pharaon-dieu. Tout cela est extrêmement "moderne" et humanitaire, reconnaissons-le.



Dans 10 000, les hommes préhistoriques sont les ancêtres des rastaman affiliés à ATTAC;
dans Stargate , les libérateurs du peuple esclave sont américains et bien modernes:


Dans Stargate, le Pharaon extra-terrestre parasitait le corps d’un jeune homme depuis des milliers d’années. Ayant lamentablement échoué dans sa conquête terrestre à maintenir le calme parmi son peuple, il prit la poudre d’escampette vers la galaxie d’Orion, amenant avec lui une foule d’esclaves illettrés chargés de travailler à sa plus grande gloire, en lui bâtissant des pyramides... jusqu’à ce que, quelques milliers d'années plus tard, des américains atterrissent pour sauver le monde englué, et refassent la Révolution ...


10 000: même révolte démocratique que dans Stargate


Dans 10 000, on retrouve, quoique plus brièvement, cette idée des « dieux qui viendraient des étoiles » (ou d'une Atlantide perdue, d'où ils seraient venus "en volant sur l'eau", c'est-à-dire en bateau) et qui maintiennent également le peuple dans l'ignorance. Les nomades-héros débarquent, fomentant une révolte (thème de la révolution spontanée et généreuse). Qu’est-ce qui définit mieux l’idéal de démocratie qu’un peuple innocent, se révoltant aussi unanimement qu’un troupeau de mammouths libérés? Et l'on peut aussi se demander: où réside-t-elle , cette liberté de sauvages qui n'ont jamais rien construit? Eh bien, ces sauvages sont libres parce qu'ils ne croient en rien, parce qu'ils dé-voilent le visage de leurs Dieux. Certes, ils ont bien raison car les dieux sont des usurpateurs. Mais on le sait pourtant : toutes les civilisations du passé étaient profondément religieuses (à Rome, par exemple tout père de famille était le prêtre de sa religion domestique; toutes les lois relatives à la propriété étaient issues de la religion).

Plus sérieusement, l’intérêt des films de Roland Emmerich réside dans la croyance dans une origine surhumaine de cette brillante civilisation égyptienne, parce que l’origine elle-même reste inexplicable, et inexpliquée.

Voyez l’égyptologie : les spécialistes s’arrachent les cheveux pour tenter de définir quand ont été construites les pyramides et le sphinx. L’histoire officielle nous dit que le Sphinx (et les pyramides) datent de 2520-2494 avant J-C (époque de Kephren). Or de récentes recherches semblent le démentir formellement , au grand dam des égyptologues. Le sismologue Dobecki démontre que le Sphinx a été bâti entre 7000 et 5000 avant Jésus-Christ. Les recherches en géologie du calcaire sur le même site abondent en ce sens. Selon le géologue Robert Schoch, la présence de pyramides aux quatre coins de la terre ne saurait être une coïncidence ; ces pyramides dispersées indiquent au contraire la «marque frappante d’une proto-civilisation, de sa décadence et de sa dispersion » (sa thèse : ancêtres communs pour les peuples –égyptiens, mayas, aztèques, olmèques- ayant bâti des pyramides). Des astronomes tels que Robert Bauval avancent que l’emplacement géographique des Pyramides et du Sphinx coïncident historiquement avec la position des étoiles (ceinture d’Orion), aux environs de 10 000 ans avant Jésus-Christ, à peu près à l’époque de leur construction. On peut aussi se référer à l'astro-égyptologie (ou archéoastronomie), discipline universitaire, qui parvient aux mêmes conclusions. Tous ces scientifiques s’accordent : les Pyramides sont les vestiges d’une civilisation plus grande et plus vieille que ce qui est admis dans l'égyptologie officielle (1).


Stargate: Râ, le dieu extraterrestre

Stargate et 10000 ont bien subi l’influence de cette "égyptologie", qui est parfois récupérée par le New Age. De cette égyptologie donc, Roland Emmerich conserve la constellation d'Orion originelle (pour lui, c'est même la patrie d'origine du Pharaon extra-terrestre), ainsi que l'idée que les antiques techniques pharaoniques auraient pu, et de loin, dépasser la bombe nucléaire.

Mais, dans 10 000, au lieu de s’intéresser à ce qui eût pu être une «proto-civilisation» égyptienne issue d’une Atlantide quelconque, R. Emmerich s'est complu dans les thèmes de l’esclavage, de l'usurpation théocratique du pouvoir et de l’égalitarisme avant l’heure: ce qui donne au spectateur un troublant sentiment d'anachronisme, et ruine du même coup, toute "théorie" crédible au sujet des anciennes pyramides pour quiconque s'intéresse à ce sujet. Ruiner ainsi toute théorie qui serait en faveur des très vieilles pyramides, c’est fort dommage, car la période dans laquelle Emmerich situe son film (10 000 avant J.-C) est tout indiquée pour mettre en scène de brillantes civilisations florissantes, ou sur le point de mourir. En effet, sur le plan historique, il n’y a rien d'incohérent à ce que des tribus primitives de chasseurs aient été amenées à rencontrer des civilisations supérieurement développées comme celle des égyptiens. Il aurait été passionnant d'assister à un clash entre hommes "primitifs" de cultures complètement antagonistes, ou même de relater une émigration de cette Atlantide engloutie vers des lieux viables, etc. Mais non... c'est tellement mieux de faire dans les apologies altermondialistes et les "quotas".

A voir ces films cependant, on devine bien qu’une telle civilisation, contemporaine des hommes préhistoriques, n'a jamais manqué de fasciner, donnant lieu à toutes sortes de théories tout aussi envisageables les unes que les autres...


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Notes


(1) Ci-dessous, un extrait de Joseph de Maistre à l'appui de mes propos. Celui-ci veut démontrer que les brillantes civilisations antiques comme l'Egypte ont forcément dû recevoir une part de révélation divine, fournissant ainsi une argumentation hostile au courant d'idées de l'évolution des savoirs (un courant d'idées que l'on appelait alors, "transformisme", ancêtre du darwinisme). Lisons cet extrait de J. de Maistre issu du Deuxième Entretien des Soirées de Saint-Pétersbourg:

"Personne ne sait à quelle époque remontent, je ne dis pas les premières ébauches de la société, mais les grandes institutions, les connaissances profondes, et les monuments les plus magnifiques de l'industrie et de la puissance humaine (...) Ajoutez que le véritable système du monde fut parfaitement connu dans la plus haute antiquité. Songez que les pyramides d'Egypte, rigoureusement orientées, précèdent toutes les époques certaines de l'histoire; que les arts sont des frères qui ne peuvent vivre et briller qu'ensemble; que la nation qui a pu créer des couleurs capables de résister à l'action libre de l'air pendant trente siècles, soulever à une hauteur de 600 pieds des masses qui braveraient toute notre mécanique (...) ; que cette nation, dis-je, était nécessairement tout aussi éminente dans les autres arts, et savait même nécessairement une foule de choses que nous ne savons pas."

27/09/2007

Suicide Party, acte II


M. André Gorz, suicidé approuvé


Le suicide (assisté et collectif) a tellement la cote que les gueux ne peuvent pas saisir son concept naturellement. Nous avons déjà bénéficié l'an dernier, à la même période de l'année, d'une tentative de campagne pro-suicide par M. Jean-Jacques, le médiateur des idées sublimes traduisant pour le peuple. Je remarque d'étranges similitudes dans l'orchestration de ces publicités pro-mort, et j'aime partager ma joie. L'enjeu de ce débat est très grave. Il s'agit de rendre quotidien cet exemple issu de la Grammaire française et impertinente :

"Il conduit avec prévenance sa délicieuse vieille maman impotente chez le vétérinaire pour la faire piquer".(1)

Il est certain que ce ne sont pas avec des phrases de ce genre qu'on arrivera à faire avancer les choses. Il faut des histoires plus sympathiques, un peu plus humaines.
Alors on recommence, avec les mêmes ingrédients-choc, de préférence en automne, quand les gens sont un peu plus déprimés et puis... On enveloppe le vilain suicide d'une histoire d'amour à faire pleurer dans les chaumières. Voici le résumé, en quelques mots:

deux vieux gauchistes entre qui l'amour est si parfait qu'ils ne peuvent plus supporter de vivre. Deux vieux romantiques pour qui l'Amour est la valeur absolue, au nom de laquelle ils se tuent...

Se tuer ensemble, tous ensemble, c'est moins triste que d'être retrouvé pendu tout nu, seul au petit jour, au milieu de sa chambre. Et l'argument "tu meurs, je meurs": plus fort? tu meurs !

J'ai parlé plus haut d'exemples frappants. M. Jean-Jacques Bourdin en avait donné un, fondé sur la même intrigue de l'amour plus fort que la mort. Son couple choisi avait, lui aussi, tout prévu, en chargeant leur sentimental bourreau de raconter l'"événement" à M. Bourdin. Ils avaient été comparés à Roméo & Juliette et le bourreau avait pris les accents de Shakespeare. C'était tragique à vous donner le hoquet. Tout ça pour ça me demandez-vous? Mais oui, madame.

Or, un exemple frappant est encore plus charmant lorsqu'il est libre-penseur, disciple de Jean-Paul Sartre et cofondateur du Nouvel Observateur : j'ai nommé André Gorz (et sa femme Dorine). Gorz est écrivain de talent, en plus d'avoir été reporter et philosophe brillant. Son suicide parachève donc une vie courageuse de méditation intellectuelle. Nul doute que son geste final est le fruit de longues réflexions morales (2). "Libé" nous fait un extrait promotionnel de sa dernière Lettre à D., publiée il y a un an déjà:

Nous aimerions chacun ne pas survivre à la mort de l’autre. Nous nous sommes dit que si, par impossible, nous ­avions une seconde vie, nous voudrions la passer ensemble.

Mais de quelle espèce est leur paradis?... Un paradis de papier, sans doute, puisque, dans ce torchon on ne parle pas tant d'André que de son oeuvre... Voici que le suicide confirme le chef-d'oeuvre, rangeant le livre au rang de prophétie. "Vraiment, cet homme était un visionnaire! Il avait prévu sa mort"... Au Panthéon de l'Education nationale, il gagnera une renommée pour l'éternité. Lorsque l'euthanasie sera l'élément clé du meilleur des mondes après avoir été présentée comme un moindre mal, on proposera aux candidats du bac des écritures d'invention ayant pour thème et mission de "glorifier l'Homme nouveau, qui avait posé, par un acte symbolique, un choix existentiel sur fond nauséabond de judéo-christianisme. Soutenez votre point de vue par des anecdotes de fins de vie volontaires dans votre entourage."

Hormis les hurlements d'admiration unanimes des commentaires de Libé, tous réglés sur le même mode, on pourrait tout autant s'exclamer: "Quel courage de planifier sa mort !" Certes, n'est-il pas plus rassurant de quitter cette terre en sachant qu'on parlera de nous à la Une de
libération et du monde en simultané, que l'on sera décrit comme un amoureux des temps modernes au moment de la mort?...

Ce qui sera peut-être moins héroïque, c'est lorsque ce genre d'actes se démocratisera, se légalisera. Le choix même de rester en vie se réduira, les éloges seront... inexistants...


J'en veux pour preuves ces paroles prophétiques
de M. Jacques Attali. J'écris "prophétiques", mais le terme "planifiées" serait plus approprié, bien que moins poétique... M. Jacques Attali, donc, nous offre ces belles phrases dans son livre tout aussi charmant, l'homme nomade, 2005 (Ed. Livre de Poche).


L’euthanasie sera un des instruments essentiels de nos sociétés futures dans tous les cas de figure. Dans une logique socialiste, pour commencer, le problème se pose comme suit : la logique socialiste c’est la liberté, et la liberté fondamentale c’est le suicide ; en conséquence, le droit au suicide direct ou indirect est donc une valeur absolue dans ce type de société.
ou encore,

Dès qu’il dépasse 60/65 ans, l’homme vit plus longtemps qu’il ne produit et il coûte alors cher à la société ; il est bien préférable que la machine humaine s’arrête brutalement, plutôt qu’elle ne se détériore progressivement.

Il en a assez dit, non? P

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(1) Dans cette même Grammaire française et impertinente, parue chez Payot, on trouve des exemples aussi charmants que: "Frankeinsten, Dracula, Landru, Pie XII, Al Capone sont des noms propres". "Bernard a cassé tous les vitraux de la cathédrale de Chartres avec sa fronde". "Au rallye des landaus, beaucoup de pneus et de bébés ont crevé". "Même le suicide de sa mère ne parvint pas à le dérider" "Pardonnez-moi, je suis pressé, je dois assassiner ma mère". "Le chauffeur routier a souri au bambin après l'avoir ecrasé avec son camion". "Beurk! c'est vous qui avez fait ça, demanda le médecin à la jeune accouchée en lui présentant son bébé." "Sais-tu, petit fripon, que tu viens de tuer ta grand-mère?
Bref, ces exemples rendent amusants et sympathiques le suicide, l'euthanasie, l'avortement, le meurtre, etc. C'est aux enfants à qui ce livre est destiné... Ces exemples sont cités dans le livre très instructif, et très bien écrit, de Vladimir Volkoff: Petite histoire de la désinformation, Ed. du Rocher., 1999, p.166.

(2) Jadis, les gens qui planifiaient leur suicide étaient considérés comme des obsessionnels sinon des fous (préjugés que tout cela!). Ainsi l'auteur du manuscrit trouvé à Saragosse, Potocki, avait poli sa balle de revolver pendant très, très longtemps, avant de se la tirer dans la gorge.

12/07/2007

Hellboy ou le navet diabolique !


Hellboy, diablotin portant un chapelet à la main gauche


Hellboy, ou comment un film gentil se révèle être porteur d'une idéologie subversive.


A priori, tout va bien.


Hellboy est né en enfer, il est donc fils du Diable et partant, antichrist, mais ce n'est pas cela qui fait de lui un méchant. En naissant, il avait certes le faciès d'une gargouille, des cornes et une queue, je vous le concède, mais il a été adopté par un humain. N'est-il pas la preuve vivante que l'on n'est pas déterminé par son biotope? Ce sont ses « bons » choix, ses actes humanistes et ses « coucou tendresse » à sa fiancée, ses petites réparties qui témoignent de son humanité -humanité d'autant plus touchante qu'elle n'est pas innée, mais bel et bien acquise. Oui. Envers et contre le destin, envers et contre le papa diabolique.

Tout va bien madame la marquise, c'est un démon qui n'oublie pas qui il est, car il porte dévotement le chapelet que son père lui a légué.

Hellboy, le garçon de l'enfer, abat les méchants à coups de balles made in Vatican...

"Oh ! Que de spiritualité, quelle absence de préjugés contre la Religion catholique ! Les héros ne sont pas anticléricaux ! C'est merveilleux", se diront les coeurs purs.

Là où tout se corse, c'est lorsque l'on sombre dans le fantastique.... Les tueurs sadomasochistes, immortels (réincarnés) et diaboliques d'Hitler sont légion; le père adoptif d'Hellboy, spécialiste en occultisme les a confrontés lors de la guerre, et peut témoigner de leur authenticité. C'est le père adoptif d'Hellboy qui a prié le chapelet et qui l'a donné à Hellboy; la vue de ce chapelet aidera d'ailleurs Hellboy, lorsque viendra l'Apocalypse et qu'il devra faire le choix décisif... Et alors, il résistera au diable... il dira non au Destin, m*** au Diable et tout ira très bien.

Mais de qui se moque-t-on?

Dans cette histoire pathétique lue et approuvée par Le Monde, Libération et autres sommités journalistiques, on feint de donner à la religion une importance pour mieux la rabaisser au rang de niaiserie. Comment cela est-il orchestré ? Eh bien, de la manière la plus simple du monde: en mettant sur le même plan la religion et le fantastique. Ainsi, dans le monde propre de la fiction, pendant le temps que dure le film, nous pouvons tout aussi bien croire aux effets bénéfiques du chapelet qu'au monstre joliment nommé « Cerbère de la résurrection »... Ne nous inquiétons pas ! Le fait de croire à des fadaises, cela ne remet pas en cause notre intelligence ! Non, il ne s'agit que d'un film. Le visionnement terminé, nous mettons joyeusement dans le même sac toutes ces superstitions, d'autant plus pitoyables qu'elles ne sont pas ouvertement critiquées. Après tout, ne sont-elles pas présentées sous un jour favorable, puisque, pour une fois, on ne nous montre pas de sombres chevaliers de l'Opus Dei roulant pour l'Eglise? Ici les méchants sont vraiment diaboliques et les gentils vraiment chrétiens... Et le héros est un personnage de BD avec des cornes limées et le diable se réincarne en Raspoutine jusqu'à la fin des temps !


Un des amis, très réaliste, d'Hellboy


Hélas, ce film n'est pas unique en son genre. Il s'inscrit dans une tendance récente de navets hollywoodiens. Car ce qui s'applique à Hellboy vaut pour les délirants Constantine (Keanu Reeves et Rachel Weisz), la fin des temps (Schwarzie), Van Helsing, et L'Associé du Diable (Al Pacino, et Keanu Reeves), etc. Il s'agit d'oeuvres dont le message est bien plus pernicieux que les films ouvertement libre-penseurs, car on ne voit pas le Mal venir. Enfin, comme le rappellent un personnage de la Fin des Temps, le soit-disant infirme dans Usual Suspects, et le poète Baudelaire:

« La plus belle ruse du diable, c'est de faire croire qu'il n'existe pas ».

Et je vous le demande, qui irait croire à l'existence de l'Antichrist incarné par un si fantastique Hellboy?

24/11/2006

Jean-Jacques metteur en scène















"Avec Jean-Jacques Bourdin, le maître d'œuvre de la matinée, le rendez-vous est citoyen, populaire, solidaire. C'est un espace de liberté où chacun s'exprime, raconte son quotidien, défend ses opinions. Comme dans la vie. Les acteurs de l'actualité sont invités, interrogés, souvent bousculés. Le ton est incisif et dérangeant, les auditeurs interviennent et bousculent eux aussi la matinale d'RMC."


Bourdin n’en finit pas de vouloir convertir les gens. Y réussit-il ? Si je n’avais ri, j’aurais hurlé. Je ne le trouve pas incisif, mais consensuel, démagogique. Dérangeant, oui, pas dans le sens qu’il aimerait. Cela est archétypique des présentateurs de radio, certes, mais lui bat le record. Ce matin du 24 novembre 2006, il présentait un cas de couple qui s’était donné la mort, un cas de « suicide assisté »… Un acte courageux, qui lui donnait civiquement les larmes aux yeux. Il citait à l’appui, pour légitimer son admiration éperdue, des texto d’auditeurs bouleversés, comme lui, par cette histoire d’amour magnifique. Bourdin va jusqu'à parler de « Roméo et Juliette » pour désigner les suicidés assistés. Roméo et Juliette ? Il n’a pas songé dans sa recherche d'attributs élogieux, qu’en se suicidant de façon préméditée ces gens n'étaient ni Roméo ni même Juliette. Les héros de Shakespeare se suicident par accident, par dépit de croire l’autre mort. Les deux suisses ont tout planifié. Peut-être bien que le seul moyen de se prouver leur amour était de mourir? Et alors? N'est-ce pas tous ce qu'on cherche lorsqu'on lit Roméo et Juliette ou Tristan et Yseult? Qu'est-ce qui plaît le plus à un public? Une histoire d'amour et de mort, bien sûr, de mort surtout. Orchestrant leur mort, prévoyant cet événement pour tel jour, telle séance, nos suicidés assistés font reposer la tragédie au seul niveau de sa représentation. Tragédie parce que l'ordre inquisitorial réactionnaire veille dans l'ombre, peut-être? Mais dans cette tragédie-là, on feint de donner à cet ordre inquisitorial le caractère temporel sinon transcendental qu'il n'a pas. C'est refuser d'admettre qu'il n'existe qu'autant qu'il sert de repoussoir. Il faudrait donc être plus novateur car dans cette émission la tragédie rencontre peu de diablotins vengeurs. En tant que metteur en scène, J.J. est plus doué. Il a eu l'idée de faire venir l'homme qui a aidé les amoureux à se suicider, devenant ainsi l'historien de cette tragédie. On a un auteur! On a une tragédie! Hourra! Il ne manquait plus que les violons. Mais tout de même, non! on s'appelle Jean-Jacques, on ne s'abaisse pas à quémander l'approbation, on la revendique, avec un prénom à faire respecter, une admiration à marteler dans les oreilles de ses auditeurs.

Pour ceux qui veulent en savoir plus (sur le suicide assisté: cliquez là. Vous remarquerez que sur ce site les commentateurs parlent de débat alors que l'article ne rend compte que d'une contradiction inhérente aux droits de l'homme; que les commentateurs ordonnent de cesser le débat inutile alors qu'ils ne trouvent aucune résistance à leurs opinions, qu'ils sont tous d'accord pour dire que le suicide assisté, c'est formidable).

03/11/2006

L'ange Homme Exterminateur : nouvelle espèce en voie de prolifération

« un bébé qui pleurait tous les jours », c’est le titre d’un article sur 2Ominutes.fr concernant l’histoire du bébé retrouvé dans l’eau. Aux dernières infos la maman n’aurait pas tué l’enfant. Or, les journalistes citent un témoin de première importance sans nul doute, au point de mettre sa parole en titre : il s’agit de dire que l’on sait bien que l’on pense que la maman est une tueuse, au fond peu importe si elle l’est ou pas, nous les journalistes on vous dit : Vous allez gober ce qu’on vous donne, vous allez croire à l’Homme-ange (pour légitimer l’homme ange exterminateur). Cela se prouve par a+b. Notre héritage des lumières syncrétiques dit que l’homme est un ange. Un ange déchu puisqu’il ne touche pas le ciel. L’homme déchu vaut cependant plus que satan : il existe, oui il existe en tant que tel puisqu’il affirme : je suis ange, dit-il ; souvent c’est l'équivalent d’une phrase rédemptrice.

Ainsi, je vous rappelle la récente cause célèbre de la maman qui avait tué sa (demeurée de) fille. En démiurge angélique elle a décidé de mettre fin à cette souffrance: à la tuer. Mais elle a dit (phrase rédemptrice): « j’en avais assez de la voir souffrir ». Ce n’est pas grave si on ne sait pas trop si cette souffrance était la sienne ou celle de sa fille. Mais la cause de l’euthanasie (qui est elle-même la cause de l’Homme-ange exterminateur) l’a emporté avant même l’issue du procès :on présentait à la radio la vieillarde comme une dame sympathique, un peu gâteuse sans doute parce qu’elle se faisait répéter tous les mots par son avocat,etc. donc elle n’était pas coupable, cette ange. Elle avait même délivré sa fille de la souffrance ; elle avait prononcé la phrase rédemptrice.

Dans l’affaire qui m’intéresse ici c’est la même chose. On légitime le meurtre de l’enfant non pas parce qu’il faut légitimer l’euthanasie ou l'avortement mais renforcer la cause de l’homme-ange exterminateur tout simplement. Si donc le témoin dit, je le rappelle, que le bébé pleurait presque tous les jours, et qu'ensuite les journalistes en font leur titre, c'est qu’ils pensent que l'enfant n'a pas eu d'accident, que la maman l'a tué (et donc que ce n'est pas un accident) et donc il y a bien reconnaissance du meurtre implicite. Retenir que le bébé pleurait presque tous les jours, c’est donner un point à l’avance au cas où il y aurait meurtre, c’est une circonstance atténuante pour tuer bébé, c’est la phrase rédemptrice qui fait de l’homme (femme) un ange exterminateur.

Les gens qui ont encore un semblant de jugeote diront que ça n’existe pas un bébé qui ne crie pas. Et les bébés muets, ça existe ? Non ? Si ? Non? c’est important à savoir tout de même, parce que si bébé muet, on va alors se plaindre à l’hôpital et porter plainte pour handicap non signalé pendant la grossesse et puis vous savez pourquoi pas légitimer un avortement rétrospectif, coup de marteau sur bébés muets… c’est angélique tout ça. Si l'angélisme est démocratique rien n'est gagné... Enfin, je citerai Pascal: "Qui fait l'ange fait la bête", on nous avait prévenu !

P.S.: En cherchant à nouveau cet article, je constatai qu'il avait disparu. Un autre article, toujours sur le même site du "journal", sans reprendre ce titre angélique, cite encore une fois le témoin, cette fois-ci en mentionnant une femme, et non plus un homme. Vous voyez, plus il y a de gens à le dire, plus c'est vrai. Voici: "Elle menait une vie calme", selon une voisine qui a toutefois affirmé que "le bébé pleurait beaucoup". Une autre de ses voisines la décrivait comme une jeune femme "très gentille"...

25/08/2006

Usure de la critique journalistique [Spoilers]

Affiche du film: Lady in the Water

Consternée par la bêtise répétitive de critiques soi-disant professionnels semblant n'être payés que pour regarder une bande-annonce, il m'a semblé être de mon devoir de commenter cet article découpé dans un torchon fameux, et dont le lien est ici.

Le papier en question est de la plume de Philippe Azoury, une critique du dernier film de Shyamalan Lady in the Water, critique dégouttante de mauvaise foi et représentative, j'espère bien le montrer, de la médiocrité d'une intelligentsia qui ne vit que de se regarder dans le miroir.

Le visionnement du film permet de comprendre, voire de compatir à ces aberrations journalistiques. Le journaliste Philippe Azoury tient le rôle qu’on lui assigne et tombe dans le piège que Shyamalan lui tend, à lui et ses congénères (car, s'étant ligués contre le film à cause du portrait d'un critique de cinéma, ils rejouent le rôle d'une caste une fois honnie mais plus noble qu'eux). Résumons les causes du conflit: critiquant un critique cinématographique, le réalisateur ne pouvait s'attirer que... la critique. N'est-ce pas voulu de la part de Shyamalan (pervers!) ?

P. Azoury, persuadé, à l’image du critique du film, que tout ce qu’il sait et croit savoir sur le monde du cinéma sera tel qu’il le dira, que peut-il faire d’autre que retomber sur ses pattes et déplorer, à l’instar de ses congénères, le manque d’originalité des œuvres contemporaines ?... Cette critique est, comme tant d’autres, attendue... comme si elle était programmée, par deux évènements interplanétaires: Shyamalan sort un nouveau film et Shymalan critique les journalistes de cinéma.

Il ressort de toute cette réflexion une grande tristesse du critique. Il n'est pas de plus grande méchanceté que dire à quelqu'un qu'il est triste, n'est-ce pas?

Shyamalan et l'acteur P. Giamatti

Pour nous parler du film, P. Azoury commence, avec une fausse bienveillance, à nous parler de "l'année difficile" de Shyamalan. Le journaliste aime jouer des doubles allusions. Shyamalan est qualifié, pour ouvrir l'article, d’ « Ex-petit Jésus d'Hollywood » et, plus loin, de « cinéaste messianique ». Favorisé, il aurait donc été chéri des dieux tout puissants incarnés par Disney, généreux mécène indifférent à la nullité de son artiste. Mais le revers de cet attribut "Petit Jésus" fait bénéficier Shyamalan d’une aura douteuse, puisqu'il est en opposition idéologique avec le journal duquel le journaliste est à la solde (LIBé!). Ce côté messianique, quant à lui, ne saurait s’appliquer intégralement à Shyamalan, car ce dernier a le toupet de dénoncer le journaliste et les siens, eux, dont la mission est d’être les messies de l’information.

Le journaliste accuse ensuite Shyamalan d’un tort plus grave : « Ne décolérant plus [il] a dénoncé dans un livre ses différents [sic] avec la compagnie aux oreilles décollées ». On est censé comprendre qu’il s’agit de Disney, et l’esprit du lecteur doit constater la perfide allusion de cet esprit retors. Si cette attaque reste implicite, c’est que Shyamalan n’a jamais émis de critiques de ce genre, et que c’est bien l’amalgame chrétien donc antisémite, qui fait dire à ce garçon de telles inepties.

Après ce portrait caricatural, il passe à la critique construite du film, peu élaborée, peu justifiée, on va le voir. Des considérations sur la campagne promotionnelle et les succès de Shyamalan sont les critères excellents que retient le cinéphile afin d'inciter ses lecteurs à bouder les séances. «On peut s’amuser de l’embarras visible d’une campagne promo essayant de tirer l’affaire vers la dérision ». Comment peut-il feindre avec mauvaise foi être un spectateur naïf, exempt de toute considération à ce sujet ? C’est une erreur déontologique de la part du critique cinématographique qui, de prétendu neuneu, se mue soudainement en parangon du connaisseur littéraire quelques lignes plus bas: il reproche à ce film des « signes évidents d’usure narrative». De culture, il ne manque certes pas :

« [Ceux qui n’aiment pas Shyamalan] qui, depuis Incassable ou le Village, soupçonnaient quoi qu'il en soit Shyamalan d'être juste capable de filmer des blagues Carambar avec le sérieux existentiel du Bergman du Septième Sceau n'auront plus aucun doute ».


Le critique englobe toute sa caste agonisant sous le fléau de la pénurie intellectuelle avec le « Ceux » : ceux, eux, les élus, l’élite qui a Vu, de ses yeux Vu, de quel sinistre personnage il s’agissait, de quelle honteuse idéologie Shyamalan était porteur. La culture devient accessoire au profit de la Dénonciation du Comité de salut public & de la propagande idéologique. Bien malgré elle, cette insulte reconnaît une cohérence à l’œuvre de M. Knight. La culture de P. Azory ne s’arrête pas là. Peut-être en a-t-il trop, peut-être en a-t-il tant qu'il perd le fil du réel? A l'aide de sa référence philosophique, il érige celle-ci en condition sine qua non de tout chef-d’œuvre, accusant à plusieurs reprises Shyamalan de procéder par « rétrécissement ». Il serait naturel, suivant sa logique, que l’on exige du cinéma de comporter les dialogues de Rohmer et le suspens d’Hitchcock... Il est certain que l'on va au cinéma parce qu'on a égaré nos livres de philosophie et que l'on veut les retrouver à l'écran.

Shyamalan

Pour mieux ridiculiser Shyamalan, Azoury décide ensuite de déconsidérer les « fan » classiques de ses films (car il y en a). Il décide de les peindre galamment en attardés profonds. Tout comme le critique fictif du film qui meurt pour avoir préjugé des intentions d’autrui, Azoury arrive, avec une prescience divinatoire, à prévoir que les fans de Shyamalan vont s’ennuyer face à la toile et que, dans leur bêtise naturelle, ils appliqueront au symbolisme du film l'interprétation que la classe médiatique a elle-même appliqué au « Village ». Je le cite : "Par fidélité, [les fans] verront dans ce dégorgement de symbolisme le premier film sur les inondations en Louisiane". Cette fureur de bêtise vient sans doute de ce que la scène où le critique prévoit la façon "cinématographique" dont il va mourir est une des scènes les plus drôles du film. Le personnage de critique du film est un critique tellement engoncé dans ses références cinématographiques qu'il ne voit plus le réel, qu'il en meurt.

Mais ce qui est à retenir, à travers l’attaque des spectateurs, ce n’est pas tant le manque supposé de capacités intellectuelles de ces derniers, qu’un indice des facultés imaginatives déficientes du critique.

Pour conclure sur ce brillant tissu de prose (on doit reconnaître ce talent à l'auteur), je dirais que ses mérites consistent principalement à : savoir jouer avec l’allusion ambigüe, la calomnie. Donnez-moi quelqu'un à haïr, je vous aimerai. Shyamalan croit en Dieu. Certes, on a le droit de trouver les films de Shyamalan puants, nuls, lents, la liste est longue... Mais faire l'éloge du talent et de l'émotion, des valeurs de l'entraide et de la foi, c'est être passible du boycott journalistique. A défaut d'être efficace et fondée, ce genre d'attaque finit par tourner à l'attaque personnelle. La croyance personnelle du cinéaste tourne ainsi à la psychose sous la plume d'Azoury: Shyamalan est décrit comme étant "plus parano que jamais".

Voilà ce que le film et ce critique montrent bien: sans imagination, pas de création et pas d’espoir! penser que tous les hommes se valent, que tous les films doivent se valoir, bref, dire ce que l'art devrait être et faire la morale au réalisateur, n’est-ce pas se dénoncer soi-même comme ignare ? Philippe Azoury en est un, et un très grand.



13/05/2006

La ville du péché


Sin City est violent, c’est un fait. Mais il est idéaliste. La femme idéalisée en tant que p*** est montrée comme victime de la violence et de la bêtise masculine mais elle est bien capable d’être méchante et bête, elle aussi, comme par exemple cette gourde qui vend toutes ses amies pour se retrouver elle-même à la merci d’un psychopathe. La scène qui clôt la fin du film est drôle parce qu’elle empêche de tomber dans le schéma femme victime/gentille et homme bourreau/méchant; la scène de clôture donc évite d’irriter les hommes se sentant obligés de penser du « bien » de la pauvre Femme.

Il n’y a rien à redire sur l’esthétique du film qui fait très bien passer la pilule de la violence au point que les censeurs éberlués sans doute, par la beauté visuelle, se sont dit, comme il y a deux cent ans (je renvoie pour les amateurs d’histoire, à Victor Cousin) : « ah! laissons la morale de côté ça n’a rien à voir avec l’art ». Donc pas de censure. Ceci dit, je ne pense pas que la morale du film soit inexistante. Elle vous prévient de la brutalité de l’Homme de façon générale, surtout lorsque l’homme est un psychopathe et qu’il obéit aveuglement à la Religion (on n’a pas encore écrasé l’infâme!). Le mal n’est pas inhérent à l’homme, il vient de l’institution (les flics sont pourris, sauf Hartagan), de l’Eglise (le psychopathe campé par Elijah Wood a été recueilli et engagé charitablement par le cardinal). Marv qui aime bien torturer les gens est philosophe et capable d’aimer une femme (Goldie). Comme s'il y avait du mérite à aimer les gens, sexuellement parlant. Bien sûr, without sin, there’s no justice, mais qu’est ce que la justice ? Il reste à la définir.

En résumé, à mon avis c’est un très beau film: visuellement révolutionnaire mais, en ce qu'il participe de l'idéologie anti-chrétienne à fond les ballons (parce que c'est toujours plus facile de taper sur le crâne des vieilles institutions qui ne veulent pas mourir), il ne brasse que du vent, même si le vent souffle très fort. En fait dans le fond, c'est exactement le même genre de film que Seven! or, sans inversion des valeurs pas de provoc', et sans provoc' pas de succès gigantesque. Ce que ce film fait de mieux c'est qu'il lie le fond à la forme!