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02/10/2010

L'Histoire de Michael

Mes chers lecteurs, je profite de cette date du 2 octobre, pour vous faire partager cette bien belle histoire.


Léonard de Vinci, La Vierge des Rochers. Visage de l'Ange (détail)

La lettre suivante a été écrite par un jeune Marine à sa mère alors qu'il était hospitalisé après avoir été blessé au combat en Corée, en 1950. Cette lettre est venue entre les mains d'un aumônier de la Marine de guerre qui l'a lue devant 5.000 Marines, à une base navale de San Diego, en 1951.

L'aumônier avait parlé au jeune homme, à sa mère et au sergent qui commandait la patrouille. Cet aumônier, le père Walter Muldy, certifiait à tous ceux qui lui posaient la question que cette histoire est vraie.

Dans les années soixante, on lisait cette lettre une fois par an, à Noël, sur les ondes d'une station de radio du Midwest.


Ma chère Maman,

Je n'oserais jamais écrire cette lettre à quelqu'un d'autre que toi parce que personne ne voudrait me croire. Peut-être même que toi aussi tu trouveras ça difficile à croire, mais il faut que je le dise à quelqu'un.

Pour commencer, je suis à l'hôpital. Mais ne t'inquiète pas, tu m'entends, ne t'inquiète pas. J'ai été blessé mais je vais bien, O.K. Tu comprends, je vais bien. Bon. Le médecin m'a dit que je serai debout dans un mois.

Mais c'est pas ça que je veux te raconter.

Tu te souviens, quand je me suis engagé dans les Marines, l'année dernière ? Tu te souviens quand je suis parti, que tu m'as dit de réciter une prière à St Michel tous les jours ? C'était pas la peine de me le dire parce que, d'aussi loin que je me souvienne, tu m'as toujours dit de prier St Michel Archange. Tu m'as même donné son nom. Eh bien, je l'ai toujours fait.

En arrivant en Corée, j'ai même prié encore plus fort.

Tu te rappelles la prière que tu m'as apprise ?

« Michael, Michael of the morning, fresh corps of Heaven adorning... », tu connais la suite. Eh bien, je l'ai récitée tous les jours. Parfois en marchant et quelquefois pendant les haltes, mais toujours avant de m'endormir. Je l'ai même apprise à des copains.

Bon, eh bien, un jour, je faisais partie d'une patrouille de reconnaissance en territoire ennemi, loin en avant des lignes. On avançait péniblement et il faisait très froid. Mon haleine, on aurait dit de la fumée de cigare.

Je croyais connaître tous les gars de la patrouille, mais un Marine que j'avais jamais vu auparavant est venu marcher à côté de moi. C'était le plus grand Marine que j'avais jamais vu. Il faisait au moins 1 m 90 et il était bâti à l'avenant. Je me sentais rassuré d'avoir un type comme ça à côté de moi.

En tout cas, on continuait à marcher. Le reste de la patrouille s'est déployé. Juste pour amorcer la conversation, j'ai dit, « Fait froid, hein », et puis j'ai ri. J'étais là à risquer de me faire tuer d'une minute à l'autre et je lui parlais du temps qu'il faisait.

Il a semblé comprendre. Je l'ai entendu rire doucement.

Il a dit, « Je me suis engagé à la dernière minute. Je m'appelle Michael. »

Surpris, j'ai répondu, « Ah oui ? moi aussi je m'appelle comme ça. »

Il a dit, « Je sais », et il a ajouté, « Michael, Michael of the morning... »

J'étais si étonné que je suis resté sans rien dire pendant une minute. Comment pouvait-il savoir mon nom et cette prière que tu m'avais apprise ? Après quoi je me suis dit en souriant que tous les gars me connaissaient dans l'unité. J'avais appris cette prière à tous ceux qui voulaient l'entendre. Y en a même qui m'appelaient St Michel !

On est restés sans rien dire un moment, puis il a brisé le silence. « On va bientôt avoir des ennuis. »

Il devait être en excellente forme, ou alors il respirait si doucement que je n'entendais même pas sa respiration. Moi, ça sortait en gros nuages. Il ne souriait plus maintenant.

On va avoir des ennuis... Je me disais, ouais, comme on est entourés par les communistes, c'est pas vraiment une grande nouvelle !

La neige a commencé à tomber à gros flocons. Bien vite, on ne pouvait plus rien voir devant soi et j'avançais dans un brouillard blanc de particules mouillées et collantes. Mon compagnon a disparu de ma vue.

Soudain inquiet, j'ai crié, « Michael ! »

J'ai senti sa main sur mon bras. Sa voix était riche et forte, « Ça va bientôt s'arrêter ».

Il avait raison. Après quelques minutes, la neige a cessé aussi rapidement qu'elle avait commencé. Le soleil étincelait.

Je me suis retourné pour voir où était le reste de la patrouille. Il n'y avait plus personne en vue. On les avait perdus dans la bourrasque. On arrivait sur une petite montée et j'ai regardé devant moi.

Maman, mon cœur s'est arrêté net.

Ils étaient sept. Sept soldats communistes avec leurs vestes et leurs pantalons matelassés et leurs drôles de petits chapeaux. Mais il n'y avait rien de drôle à ce moment-là. Les sept fusils étaient braqués sur nous.

J'ai crié « Couche-toi, Michael ! » et je me suis jeté à terre.

J'ai entendu les coups de feu tirés presque en même temps. Les balles sifflaient. Michael était toujours debout.

Maman, ces types ne pouvaient pas le manquer, pas à cette distance. Je m'attendais à le voir se faire déchiqueter en morceaux.

Mais il était là, sans même essayer de tirer. Il était paralysé par la peur. Ça arrive parfois, maman, même aux plus braves. Il était comme un oiseau fasciné par un serpent.

En tout cas, c'est ce que je pensais. Alors je me suis levé pour le tirer par terre, et c'est là que j'ai été touché. J'ai senti comme une brûlure dans ma poitrine. Je m'étais souvent demandé ce qu'on ressentait quand on est touché. Maintenant, je sais.

Je me souviens d'avoir été porté par des bras solides, des bras qui m'ont déposé très doucement sur un tapis de neige. J'ai ouvert les yeux, pour un dernier regard. J'étais en train de mourir. J'étais même peut-être déjà mort et je me souviens d'avoir pensé, eh bien, c'est pas si terrible.

Peut-être que je fixais le soleil. Ou alors c'était le choc, mais il m'a semblé voir Michael de nouveau debout. Mais cette fois, il avait le visage illuminé d'une splendeur terrible.

Comme je t'ai dis, peut-être que j'avais le soleil dans les yeux, mais Michael avait l'air de changer pendant que je le regardais. Il devenait plus grand, ses bras s'étiraient. C'est peut-être parce que la neige recommençait à tomber, mais il était entouré de lumière, comme les ailes d'un ange. Et il avait une épée à la main, une épée qui resplendissait de millions d'éclats.

Luca GIORDANO,

Saint Michel Archange, Prince des milices célestes refoulant en enfer les anges rebelles (1663)

Eh bien, c'est la dernière chose dont je me souviens avant que les copains me retrouvent. Je ne savais pas combien de temps avait passé. De temps en temps la douleur et la fièvre me laissaient un moment de répit. Je me souviens de leur avoir dit que l'ennemi était juste devant nous.

J'ai demandé, « Où est Michael ? »

Je les ai vus qui se regardaient. « Où est qui ? » a demandé quelqu'un.

« Michael, Michael, le grand Marine qui marchait à côté de moi juste avant qu'on entre dans la rafale de neige. »

« Mon gars, a dit le sergent, y a personne qui marchait à côté de toi. Je ne t'ai jamais perdu de vue. Tu t'en allais trop loin. J'allais t'appeler au moment où t'as disparu dans la bourrasque. »

Il m'a regardé d'un air curieux. « Mais comment t'as fait ça, mon gars ? »

« Comment j'ai fait quoi ? » J’étais presque en colère malgré ma blessure. « Michael, ce Marine, et moi on allait juste... »

« Mon gars, dit doucement le sergent, c'est moi qui ai choisi les hommes de cette unité, et y a pas d'autre Michael que toi. T'es le seul Michael ici. »

Et après avoir attendu une minute, « Mais comment t'as réussi à faire ça, mon gars ? On a entendu des coups de feu. Y a pas un seul coup qui a été tiré avec ton fusil et y a pas un gramme de plomb dans les sept corps qui sont couchés là, derrière la colline. »

J'ai rien répondu. Qu'est-ce que j'aurais pu dire ? Je restais là, bouche bée et stupéfait.

C'est le sergent qui a repris calmement en disant, « Mon gars, les sept soldats qui sont là ont tous été tués d'un coup d'épée ».

C'est tout ce que je peux te dire, maman. Encore une fois, c'était peut-être le soleil dans mes yeux ; c'était peut-être le froid, ou la douleur, je sais pas, mais c'est ce qui est arrivé.

Gros baisers, Michael.


D'après R.P. Paul O' Sullivan O.P, Ce qu'il faut savoir sur les Anges, Editions LEPAREX Outremont Quebec CANADA.

Maître inconnu, Marie Reine des Anges(1395)

Cette histoire est tirée du blog "les bons anges" (cliquez ici) que je vous recommande vivement si la question angélique (dans la religion chrétienne) vous intéresse.

Nous fêtons aujourd'hui, 2 octobre, la fête des saints Anges gardiens, fête qui se confondait autrefois avec celle de saint Michel...

15/03/2008

Conte du Moyen Age: "Les desseins de Dieu"

Sandro Botticelli, Holy Trinity (detail)
1491-93


Voici, chers lecteurs, un fort beau conte du Moyen Age :


" Il était une fois un ermite. Un jour, il était assis dans son ermitage et aperçut un berger endormi au milieu de son troupeau. Tandis que le garçon sommeillait, un voleur s’approcha et lui prit tous ses moutons. Puis arriva le propriétaire du troupeau. Quand il ne le trouva point, il accusa le berger de l’avoir volé et le tua sur-le-champ.

En assistant à cela, l’ermite se dit : « Que vaut donc la parole de Dieu qui affirme qu’Il est un juge équitable, puissant et indulgent ? Il n’est point équitable celui qui permet à l’innocent d’être tué et au coupable d’échapper à sa punition. Cela vaut-il la peine que je demeure dans ma retraite ? » Et il décida aussitôt de se rendre à la ville la plus proche afin d’y séjourner désormais. Il se dit : « Je protégerai aussi bien mon âme en vivant comme n’importe qui ».

Mais Dieu ne l’entendait pas ainsi et lui envoya un ange d’humaine apparence l’assister.

L’ange le salua et dit : « Je suis ton ange gardien, envoyé du ciel pour t’accompagner dans le monde où nous irons ensemble. »

L’ermite répliqua : « Je n’ai rien contre ».

Et ils s’en allèrent. Ils arrivèrent un soir chez un seigneur à qui ils demandèrent l’hospitalité. Le chevalier les accueillit aimablement et les invita à sa table. Ce seigneur avait un fils unique qu’il chérissait par-dessus tout. Son plus grand plaisir était de le voir trottiner.

A la fin du repas, deux couches furent préparées. Une pour l’ange et une pour l’ermite. A minuit, l’ange se leva, se rendit dans la chambre où dormait l’enfant et le tua.

Quand l’ermite s’aperçut de la chose, il se dit : « Il ne s’agit pas d’un ange mais plutôt d’un démon. Son acte immonde le prouve. Notre hôte nous a donné par charité tout ce dont nous avions besoin et mon compagnon, en retour, assassine son fils innocent ». Mais il ne fit pas ces réflexions à haute voix.

Le lendemain, l’ange et l’ermite s’en allèrent et arrivèrent bientôt chez un autre seigneur. Ils lui demandèrent aussi l’hospitalité et il la leur accorda en les recevant somptueusement. Ce chevalier avait une coupe d’or qu’il appréciait beaucoup et dans laquelle il buvait entre chaque mets. Après le repas, les voyageurs gagnèrent la couche déjà prête. Mais à minuit, l’ange se leva de nouveau, vola la coupe et la cacha dans sa besace.

En voyant cela, l’ermite fut stupéfait et songea : « Seigneur ! Quel compagnon ai-je là ? Cet homme noble nous a nourris de son mieux et lui, en retour, lui vole sa coupe ». Mais encore une fois, il ne dit rien.

Au matin, ils se levèrent et poursuivirent leur route. Ils arrivèrent à un pont qui traversait une profonde rivière. Sur ce pont, ils rencontrèrent un pauvre gueux.

L’ange lui dit : « Sois bon et dis-nous comment nous rendre à la ville ».

Le gueux se retourna afin de leur indiquer la direction à prendre. Ce faisant il tourna le dos à l’ange qui le poussa à l’épaule et le précipita à la rivière où le malheureux se noya.

Pietro Cavallini, Le Jugement dernier


En assistant à cela, l’ermite, bouleversé, se signa en songeant : « Il s’agit bien d’un démon. Ce pauvre hère nous indiquait la route et il l’a tué. » Mais cette fois encore, il ne dit rien à haute voix.

Ils traversèrent le pont et arrivèrent le soir chez un homme riche. Ils lui demandèrent l’hospitalité, mais l’homme la leur refusa. Cependant l’ange assista : « Nous ne cherchons qu’un abri contre les bêtes sauvages ».

Le riche répliqua : « Sous cet auvent, il y a la litière des cochons. Vous pourrez vous y reposer. »

Ils se couchèrent dans la porcherie et souffrirent toute la nuit du froid et de l’inconfort.

Quand ils se levèrent au matin, ils cherchèrent leur hôte et l’ange lui dit : « Ami, tu nous a comblés de tes bienfaits. Tu recevras pour cela une riche récompense. » Et il sortit la coupe qu’il avait dérobé au seigneur pour la donner à son hôte.

Lorsque l’ermite vit cela, il songea : « C’est vraiment le diable et je ne veux plus rester avec lui. Le seigneur à qui appartient cette coupe nous a généreusement reçus et lui, en retour, l’a volé. Celui-ci nous a à peine acceptés dans sa porcherie et il lui donne ce précieux calice ».

Il n’y tint plus et déclara : « Par Dieu, je ne supporte plus de voir tes méfaits ! »

Bernardino Luini, Anges


L’ange répondit : « Ecoute tout d’abord, tu comprendras ensuite. Quand tu as vu de ton ermitage qu’on tuait le berger, scandalisé, tu es parti. Ce berger avait commis un péché sans mauvaise intention et s’était repenti. C’est pourquoi Dieu, en pénitence, lui a envoyé la mort. A présent, son âme bienheureuse est au ciel. Ensuite, nous sommes allés chez le premier seigneur. Il nous a généreusement reçus et moi, à minuit, j’ai tué son fils. Sache, mon cher, que ce seigneur était jadis bon et que chaque fois qu’il gagnait quelque argent, il le partageait toujours avec d’autres charitablement. Mais quand son fils est né, il l’aimait tellement qu’il en oublia de faire l’aumône et de continuer à remplir de bonnes actions. Il ne songeait plus qu’à économiser afin, qu’après sa mort, son fils soit le plus riche. J’ai donc jugé bon de tuer cet enfant et d’envoyer son âme à Dieu. A présent, son père est redevenu bon comme auparavant. Puis j’ai croisé ce gueux sur le pont et je l’ai jeté à l’eau. Sache que son âme était vraiment sans tache. Mais si je l’avais laissé poursuivre son chemin, il aurait tué un homme et commis un péché mortel. En cela il aurait causé sa propre perte et aurait été contraint de mener une vie hasardeuse. Je préfère l’avoir tué. Dieu a pris son âme. Ensemble, nous l’avons préservé du péché. J’ai volé la coupe du second seigneur. Sache, qu’il aurait vécu sobre et bon s’il ne l’avait pas possédée. A cause d’elle, il s’enivrait chaque jour. Lorsque je m’en suis aperçu, je lui ai pris cette coupe et à présent, il est de nouveau plein de tempérance. Ensuite, j’ai offert cette coupe à celui qui nous a hébergé parmi ses porcs. Cela a vraiment un sens. Dieu est si équitable qu’il ne laisse jamais un bienfait sans récompense ni un péché sans punition. Il possède cette coupe d’or, mais son âme ira en Enfer après sa mort.

En entendant cela, l’ermite tomba aux pieds de l’ange et lui demanda son pardon. L’envoyé de Dieu répondit : « Je te l’accorde, mais retourne dans ta retraite et, la prochaine fois, ne te mêle pas des desseins de Dieu ».

Là-dessus, l’ermite rendit grâce à Dieu et retourna dans son ermitage où il vécut saintement le reste de sa vie. A la fin de celle-ci, équitablement, il rendit son âme au Créateur."



Extrait de Contes du Moyen Âge, Gründ,1982. Raconté par Karel Dvorak, p.86-90.