23/03/2009

Pourquoi tant de rage ?


La cité du Vatican

Pourquoi l’Eglise catholique suscite actuellement tant de haine, tant de rage de la part des journaleux, des hommes politiques ?

Parce qu’elle n’est pas à la mode!

Jamais on n’avait vu autant d’inepties prononcées ces derniers temps, non pas de la bouche du pape mais de celle des hommes politiques de tous bords et des personnalités engagées. Suite aux propos du pape (en privé) sur le port du préservatif et de son manque d'efficacité, Juppé rend son verdict freudien : "J'ai l'impression que le pape vit dans une situation d'autisme total". Un éminent sire propose que l’on condamne le pape pour Crime contre l’Humanité. Le crime du pape est de tenir le même discours que les papes qui l’ont précédé, de ne pas plier face au courant. Eût-il fallu que le pape devienne membre de Sidaction pour être toléré par les sous-fifres du gouvernement ? Benoît XVI doit-il béatifier Simone Veil avant d'être poursuivi par le CRIF ?

Non. L’Eglise ne s’adapte pas. Elle refuse encore. Elle se cramponne à des positions arriérées, vieilles d’il y a... quoi ? 2000 ans ? Dieu n’est pas la mode. Il ne l’était déjà pas de son temps. Pour être «acceptée », il faudrait que l'Église accepte définitivement de se fondre dans le dissolvant universel de la tolérance et des vérités aussi nombreuses que les individus : valeurs on le sait, fort à la mode. Or l'Église, si elle est dans ce monde, n'a jamais eu vocation à être de ce monde.

Au contraire des militants gays, communistes et autres cornichons bariolés, l’Eglise en la personne de Benoît XVI a osé rappeler qu’elle n’était pas supposée suivre la mode. J’aime cette phrase de Chesterton, phrase qu'il appliquait en son temps à l'Église sur le point de s'écrouler sous les coups du modernisme :

«Ce qui est mort peut suivre le courant, mais seul ce qui vit peut le remonter» (in L'Homme éternel).


Gilbert Keith Chesterton au travail... Il faut lire de lui, en priorité, L'homme éternel, puis les enquêtes du Père Brown, délicieuses nouvelles à la Sherlock Holmes


Et j’enrichirai ma pensée par un extrait du même G.K. Chesterton, dont la lecture est source inépuisable de réflexions et de profit; un extrait qui vous expliquera comme les chiens aboient, et la caravane passe:

« L'Église est la seule chose sur la terre qui puisse perpétuer un type de vertu et en faire quelque chose de plus qu'une mode (...) Vous ne pouvez nier qu'il est parfaitement possible que demain matin, en Irlande ou en Italie, puisse paraître un homme non seulement aussi bon, mais bon exactement de la même façon que saint François d'Assise. Très bien, prenons maintenant d'autres types de vertus humaines; beaucoup sont splendides. Le gentilhomme anglais du temps d'Élisabeth était chevaleresque et idéaliste. Mais pouvez-vous vous arrêter dans cette prairie et être un gentilhomme anglais du temps d'Élisabeth ? L'austère républicain du XVIIIe avec son patriotisme rigide et sa vie simple fut un beau type d'homme. Mais l'avez-vous jamais rencontré ? Avez-vous vu jamais un républicain austère ? Un siècle seulement a passé, et ce volcan de vérité et de courage révolutionnaire est aussi glacé que les montagnes de la lune. Et il en est ainsi et il en sera ainsi des notions éthiques qui bourdonnent dans Fleet Street au moment où je parle. Quelles phrases seraient aujourd'hui inspiratrices pour un employé ou un ouvrier de Londres ? Peut-être celles-ci : qu'il est le fils de cet empire britannique où le soleil ne se couche jamais, qu'il est le soutien de ses Trade Unions, (...) Ces noms et ces notions sont honorables, mais combien de temps dureront-ils ? Les empires s'écroulent ; les conditions industrielles changent. Qu'est-ce qui restera ? Je vais vous le dire. Ce qui restera c'est le saint catholique. »

La Sphère et la croix (1910).

Saint François d'Assise et Saint Padre Pio de Pietrelcina

Effectivement, Chesterton a raison. On retrouve saint François d’Assise dans Saint Padre Pio (750 ans plus tard...). Tous deux parlent de Jésus-Christ. Ils sont saints. Ils ont tout sacrifié d'eux-mêmes pour un Autre. Dans leurs épreuves ils ont subi, sans se plaindre: calomnies, haines, jalousies. Ils ont accompli des miracles, furent stigmatisés, convertirent des milliers et des milliers d'êtres et en convertissent encore à l'heure actuelle.

Mais que reste-t-il d'un "austère républicain" comme Maximilien de Robespierre dans Monsieur Juppé, par exemple ? (200 ans plus tard...). Celui-ci parle bien de valeurs et de République, partage les mêmes rancoeurs contre les valeurs passéistes que son ancêtre. Est-il incorruptible comme lui? Austère et spartiate comme lui? Déteste-t-il le luxe comme lui? Que nenni! Tout évolue, pardi! S’allier contre un ennemi commun et réciter une fable ne suffit pas à fonder une lignée cohérente, même au nom d'un "idéal", lequel doit bouger selon le dogme du progrès!

Tout ce qui est de ce monde change, effectivement... Le frivole, la mode, face à l'Eternel. Les hérétiques face à l'Église et à ses saints*. D'où la rage et la haine. On ne peut l'expliquer autrement.

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Note:


* Les hérésies étant par nature à la mode (nées de leur temps, et en leur temps), cela explique leur caractère vite dépassé, et le besoin d'en inventer toujours des neuves, sinon d'en ressortir d'anciennes sous de nouveaux atours. Cela semble être une loi : plus le pape se conforme aux discours en vogue sur la modernité, plus il se rapproche des théories "hérétiques" (tolérance égalitarisme religieux, dialogue inter-religieux, politique mondialiste), plus il est loué, au moins toléré; plus il affirme un discours catholique conforme à sa fonction, plus il est conspué, haï. L'hérésie est le nouveau dogme de la modernité. CQFD. (on peut lire cela sur le même sujet)


25/01/2009

Histoires de snobs' ... "Et quand je serai mort, j'veux un suaire de chez Dior!"



Snobisme: « vanité de ceux qui affectent les opinions, les manières d’être et de sentir qui ont cours dans certains milieux tenus pour distingués » (selon le Dictionnaire de l’Académie française)

Le snobisme semble être universel et plonger ses racines dans la nuit des temps. C’est la chose du monde la mieux partagée. Voilà le premier constat de Frédéric Rouvillois dans son ouvrage remarquable sur les snobs. Le snobisme est aussi la chose la plus absurde. Qui a dit que l’homme était logique ? De même que tous les grands bourgeois au siècle de Louis XIV ont voulu ajouter une particule à leur nom, toutes les femmes branchées du XXIe siècle démocratique veulent le it bag qui les rendra supérieures aux autres, nonobstant l'égalité et la fraternité. Le drame du snob contemporain? Constater qu’un-moins-que-rien peut également aspirer à avoir ce qu’il possède, lui... Exactement, note F. Rouvillois, comme le traumatisme subi par la fashionista de la série américaine Sex & the City, lorsqu'elle voit le même sac que le sien porté par une nobody, alors qu’elle-même a dû patienter deux ans pour se payer ce sac...



Une des héroïnes de Sex and the City


Frédéric Rouvillois précise qu’il y a des périodes creuses et des périodes fastes pour le snobisme, que cela dépend des "circonstances historiques". Pour schématiser, sauf exceptions : il ne peut y avoir de snobisme dans l’Ancien Régime (ordre social établi et prédéfini), ni dans le totalitarisme communiste. Là où chacun accepte sa position sociale, le « snobisme ne peut qu’avoir une place dérisoire». On s’en doute, l’âge d’or du snobisme, c’est la démocratie. Le sentiment d’envie, permis par les régimes démocratiques selon Tocqueville, voit le snobisme pousser comme une fleur sauvage ! Certes, il y eut bien des snobismes dans le monde soviétique... Certes, le snobisme exista en France bien avant la Révolution ! Molière a très bien vu cela dans Le Bourgeois gentilhomme, dévoilant le snobisme mondain, et dans les Précieuses ridicules, fustigeant le snobisme intellectuel. Et, pour tout dire, le snobisme a véritablement fleuri au XVIIIe siècle, au siècle de notre Voltaire (inter-) national, notamment avec le phénomène de l'anglomanie.


Molière, codificateur du snobisme


Une rupture intervient au XIXe siècle avec le romancier anglais W.M. Thackeray, qui popularise les mots snob et snobisme. Il « donne ainsi à cette attitude, écrit F. Rouvillois, en même temps qu’un nom de baptême, une consistance et une ampleur inédites, qui dès lors ne se démentiront plus ». Le mot de snobisme s’impose en France à la fin du XIXe siècle, avec le sens de « fat, ridicule, vaniteux » (1867). Sens tellement péjoratif que va se développer, en parallèle, un virulent antisnobisme autour de 1900 (et l'antisnobisme est tout de même un snobisme puisqu'il prétend appartenir à une élite supérieure à celle du snob). Fin XIXe siècle, le mot de « snobisme » recouvre deux sens : le snobisme mondain d’une part, qui consiste à se rapprocher de la haute société (en usurpant un nom, par ex.), et un snobisme intellectuel d’autre part qui, lui, touche davantage à la mode, aux avant-gardes, au bon ton... Ces deux snobismes restent soudés jusqu’au milieu du XXe siècle. Certes, le lien est étroit alors entre «mode» et «mondanité», puisque c’est bien le grand monde (princesses, reines) qui lance la mode. La rupture s’opère après la Seconde Guerre mondiale. C’est le snobisme de la mode (ou snobisme 'intellectuel') qui devient dominant, même si, jusqu'à nos jours, des sites internet proposent des titres de chevalerie et de noblesse onéreux et charmants, comme, par exemple : «prince et seigneur des Ecrehous » (Ebay, 2004...Voir le site Fondation des chevaliers de Rondmons pour plus d’infos).


Chevaliers de Rondmons


Il est intéressant de constater à quel point le snobisme, sous toutes ses formes, est synonyme de rejet du bon sens. Au XVIIIe et jusqu’à nos jours, le snob est cosmopolite et juge tout ce qui est français, ridicule. Il est franc-maçon au XVIIIe parce que cela transgresse les ordres du pape, de la police et de son milieu, s'il a l'heur d'être noble. Le snob est catholique à la fin du XIXe siècle parce que sans cour ni roi, le seul moyen d’entrer dans le grand monde désormais consiste à se conformer aux goûts de la noblesse, revenue de ses erreurs de jeunesse. Le snob aime la voiture, le ski et le tennis au début du XXe siècle. Il y renonce dès lors que cela devient populaire. Le snob n’a jamais aimé le foot. Le snob aime Jeff Koons (entre autres fumisteries de même acabit) parce que c'est régressif, kitsch, et que ça détruit la notion de bon goût (notion «bourgeoise»). Et surtout, surtout, en dépit du bon sens, parce que ça n'a pas de prix... Le snob aime le cinéma situationniste de Guy Debord parce que les dialogues ne veulent rien dire, et qu’il peut ainsi prétendre avoir assisté à la fin du cinéma. Le snob prétend ne JAMAIS aller voir de superproduction hollywoodienne, et, quand il ne s'y rend pas en cachette, c'est, dit-il, par un "subit accès de curiosité anthropologique". Le snob aprécie la partition avant-gardiste, "4’33" de John Cage, parce qu’il n’y eut pas une seule note jouée de toute la performance : voilà, le snob sait ce qu'est un acte révolutionnaire en art.

Pour être méchants, on pourra dire que le snob affecte d'aimer ce qu'il n'aime pas lui-même : il se fie en cela à ceux qui pensent pour lui, aux êtres supérieurs à qui il rêve de ressembler (c'est un peu comme un syndrôme de Stockholm, ou un envoûtement).



"Lobster" de Jeff Koons à Versailles...
Si on vous dit que c'est bon, le homard en plastique!


Dernière forme de snobisme, un peu particulière... le snobisme politique. On a coutume de dire que le noble ne peut guère être snob, étant donné qu’il appartient déjà à l’élite (jusqu’au XIXe en tout cas). Le seul snobisme que le noble est susceptible de connaître, c’est l’originalité. Mais entendons-nous : lorsque l’on parle de noblesse, on ne parle pas de la noblesse hidalgo, de la piétaille trop pouilleuse pour se distinguer de la masse petite-bourgeoise. Quand on parle de snobisme noble on parle de la haute noblesse, de préférence parisienne. Et quel peut bien être ce snobisme, hormis le cosmopolitisme? « Dans la haute aristocratie comme dans la grande bourgeoisie, le snobisme politique est dans la plupart des cas "de gauche"». Et cela est bien naturel, puisqu’un noble au naturel est enclin à protéger les intérêts de sa « caste », et à se placer du côté droit de l’échiquier politique : en cela, aucun snobisme, mais pure nature ("déterminisme!", dira le le communiste). Or, cela est bien connu, le snob, esthète redoutable, lutte contre la nature. Donc, cent après le généreux sacrifice de leurs privilèges la nuit du 4 août 1789, les grands aristos remettent ça en 1890-1900, la mode anarchiste étant à son comble : «c’est bon pour les petits bourgeois de s’occuper de Dieu, de patrie, de société», déclament les snobs. L’adhésion à l’extrême-gauche constitue le critère même du chic dans les lieux les plus huppés. Avant Luchino Visconti, grand aristocrate communiste, on a eu un spécimen français, certes bien moins doué. La personnalité d’Elisabeth de Gramont, duchesse de Clermont-Tonnerre (1875-1954) allait "coiffée d’un bibi de Prisunic," pour les «journées populaires», défiler aux côtés de ceux qui criaient: "les soviets partout!"».

Elisabeth de Gramont, duchesse communiste.



Cette grande dame alla jusqu’à faire le voyage en U.R.S.S. Sortant du musée de la Révolution à Léningrad, elle déclarait ne voir dans le tsar déchu qu’un monstre dégénéré, «niais et peureux». Elle écrit que «le régime tsariste et la classe privilégiée ont bien mérité ce qui leur advint». Si l’on parle de snobisme pour cette duchesse, c’est parce que ses convictions, à l’encontre de son milieu, ne l’ont jamais poussée à vivre en cohérence avec ses idées, c’est-à-dire à jeter titres, armes, fortune aux orties. Non. Tout en fustigeant les nobles massacrés, elle continuait elle-même à se comporter, à vivre en privilégiée.* Les êtres supérieurs ne connaissent pas les lois, ils ignorent la notion même de bon sens, voire de décence. Et le snobisme consiste précisément en cela, traçant une filiation avec le phénomène bobo, lequel milite en racaille gauchiste et ne jure que par Résonances, Prada et Max Havelaar. Cela est furieusement esthétique, comme un équilibriste qui marcherait sur un fil entre deux tours : sur le point de se casser la figure, il n’en continue pas moins de porter beau et rit de joie. Mais il rit jaune, car si le noble transgressait des devoirs et des valeurs qu’on lui avait transmis, le bobo n'est pas éduqué, n'a pas de valeurs et transgresse par devoir. Comme tout snob, il est conformiste.

Dernière remarque, alarmante : le Français a traditionnellement honte d'être snob, ou d'être considéré comme tel (contrairement au snob italien, par exemple). Or, de nos jours, remarque F. Rouvillois, le snobisme est érigé en idéal à atteindre, et plus personne ne craint l'anathème de snob. Pourquoi ne serait-on pas tous des snobs?... Expliquons-nous: dans une société de consommation (permettant à tous de vivre sur un train d'enfer grâce au crédit), ajoutée à l'extinction des valeurs morales (absence irréversible de toute transcendance, de hiérarchie), chacun peut prétendre être supérieur à son voisin, nonobstant les critères de "classes"ou d'argent, et jetant au feu les dernières 'aristocraties' naturelles que sont la jeunesse et la beauté (puisque la beauté désormais est dite affaire purement subjective et que la jeunesse nous dit-on, est dans la tête et le botox). C'est le paradoxe de notre société actuelle: être snob, oui, mais à quel prix? ... Snobisme de "masse" ? (mais c'est une contradiction dans les termes! - oui c'est une contradiction, mais le snobisme ne craint aucune contradiction, comme cette duchesse de Clermont-Tonnerre!). Ou snobisme qui, par définition, s'extirpe de la masse et va vers une absurdité toujours plus monstrueuse que celle de la masse? ...



Les résolutions éthiques du bobo

Source: Trucs de bobo


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note

* On apprend aussi dans cette fabuleuse Histoire du snobisme, qu'Elisabeth de Gramont était devenue adepte du communisme pour contrer son époux, qu'elle exécrait par dessus tout. Par décence pour les éventuels lecteurs communistes (idéalistes), j'ai préféré réserver cette révélation de choc pour ce bas de page.

18/12/2008

Mourir dans la Dignité: une attitude Respectueuse de l'Humanité


L'avocat Ludwig Minelli, fondateur de DIGNITAS


L’Association de suicide assisté suisse, Dignitas, porte bien son nom. L’Office de la Dignité fait descendre l’Ange de la Mort sur le patient désirer d’en finir avec la souffrance. Il ne suffit pas qu’il soit à l’agonie ; le simple désir et le cash suffisent. Etant donné que Dignitas se procure une dose de pentobarbital pour 5 euros et facture son service à 3000, des mauvaises langues disent que Dignitas est une entreprise élitiste, non soucieuse des pauvres (eh oui ! puisqu’un acte est discuté, la réponse consiste tout simplement dans sa démocratisation).

Mais n’est-ce pas se fourvoyer sur les intentions de DIGNITAS, véritable défenseur(e) de la dignité humaine ? Chassée de tous les locaux où elle accomplit sa digne besogne, chassée par des voisins englués dans leurs préjugés qui se plaignent des "sinistres" conditions des décès, Diginitas n’en continue pas moins de lutter contre toute forme de débat, contre les paroles vaines, par la générosité et la persévérance de son action.

Une solution a été envisagée par son fondateur Ludwig Minelli : installer des distributeurs de poison dans les lieux publics. Non seulement ceci permettrait de rendre DIGNITAS (et le suicide) plus populaire qu'elle ne l'est, proche du peuple, auprès des mœurs des jeunes –on distribue bien des préservatifs dans les lycées-, mais en outre cela dispenserait d’avoir à faire signer une "déclaration de suicide" à un patient indécis. Enfin, cette idée lumineuse de distributeur réduirait sensiblement les charges puisque, pour chaque opération, deux membres de DIGNITAS doivent faire acte de présence, attestant qu’on n’a pas affaire à un meurtre, mais à une mort volontaire. Et pourquoi ne pas placer des huissiers de justice auprès du moribond, tant qu’on y est ? ... C’est oublier qu’en Suisse, DIGNITAS est légale.

Le libéralisme, l’amour de l’humanité et la dignité intrinsèque de l’Homme exigent une législation en faveur du «suicide assisté » dans tous les pays (l’universalisme des Droits de l’Homme a ce mérite d’être mondialiste). L’ADMD (association pour le droit de mourir dans la dignité) œuvrant de tout chœur pour la législation de l’euthanasie en France, établit fort justement un parallèle entre les gens qui courent en Suisse pour mourir, et le combat historique pour l’IVG. Si en effet les Français ne peuvent finir leurs jours dignement qu’en Suisse, ne sont-ils pas comparables en dignité à ces femmes qui se sont faites avorter à l’étranger, à l'époque où la législation de leur pays s’y opposait ? Cette filiation entre humanistes persécutés n’est pas sans fondement.

Mais il ne faut pas se faire de souci pour l’euthanasie. L’avortement étant sur le point d’être défini comme un droit de la femme par la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU, il n’y a pas de raison pour que l’euthanasie ne suive ce même chemin. On peut en déduire que dans un avenir radieux, un homme s'opposant au suicide assisté (l'euthanasie) d’un proche, se verra inculpé pour atteinte aux droits de l’Homme. Et celui qui refusera de se faire euthanasier ne deviendra-t-il pas un criminel contre l’Humanité ?

Petite contradiction, vite résolue: le crime, littéralement, c’est l'acte de tuer, n'est-ce pas? Mais nuancez avec le substantif Humanité et, avec son cortège de la Dignité et du Respect, l'Humanité devient, par enchantement, l'exact synonyme de Suicide, d'Euthanasie, d'IVG. On obtient alors le Crime par Humanité.

Bref, "que du bonheur", comme disent les schtroumphs.


Pour plus d’infos, on consultera cet article paru au sujet de la polémique suscitée par les actions de DIGNITAS.

Enfin on pourra également (re) lire les messages à ce sujet : le premier, et le second.

01/12/2008

Philosophes versus Jésuites : le triomphe du mensonge



Le mensonge n’est un vice que quand il fait du mal ; c’est une très grande vertu quand il fait du bien. Soyez donc plus vertueux que jamais. Il faut mentir comme un diable, non pas timidement, non pas pour un temps, mais hardiment et toujours... Mentez, mes amis, mentez, je vous le rendrai dans l’occasion.

Lettre de Voltaire à M. Thiriot, 21 octobre 1736 .



Chers lecteurs, je m'en vais vous entretenir d’un roman étonnant, La Terre des Guaranis d’Eugénio Corti (tout récemment publié aux éditions l’Age d’Homme). En guise d'introduction, je vous livre ici la quatrième de couverture :

"Ce roman historique évoque l'épopée et la tragédie des Guaranis au XVIIIème siècle, à l'époque des reducciones jésuites en Amérique du Sud. On sait que ces missions jésuites auprès des Indiens guaranis ont duré près de 150 ans, de 1609 à 1768. Les terres des Guaranis s'étendaient sur une surface immense, correspondant, en termes actuels, au nord de l'Uruguay, au sud-est du Paraguay et traversant le Brésil et l'Argentine. Le fonctionnement des "réductions" était tout à fait particulier. Toutes bâties sur le même plan - au centre du village se trouvaient l'église et un collège (l'enseignement pour les garçons et les filles était obligatoire pendant cinq ans), qu'entouraient des écoles d'artisanat et des ateliers - elles étaient gouvernées par un corregidor guarani, l'autorité spirituelle étant exercée par les deux jésuites - au maximum - qui vivaient dans chaque "réduction". L'élevage et la culture du maté étaient les grandes ressources de ces communautés où les Guaranis, qui s'étaient volontairement mis sous la souveraineté du Roi d'Espagne, vivaient libres, dispensés du servage.

La Terre des Guaranis nous fait revivre, à partir de 1740, la vie d'une de ces "réductions", à l'époque de leur apogée puis de leur déclin. Les razzias des bandeirantes, esclavagistes portugais du Brésil, constituent une menace permanente. Les appétits des grandes puissances sont manifestes. Le traité signé en 1750 entre le marquis de Pombal et Ferdinand VI, au terme duquel l'Espagne cède au Portugal une grande partie du territoire des Missions, sonne le glas des "réductions". La suppression de la Compagnie de Jésus aggrave la situation des Guaranis. Ils ne pourront résister longtemps aux armées espagnole et portugaise qui imposent l'application du traité. Mais l'idéal des "réductions" n'est pas pour autant effacé des terres ni des coeurs des Guaranis, qui semblent pourtant condamnés à retourner à l'état nomade.

Eugenio Corti a peint ici une superbe fresque historique sur trois générations, nous faisant suivre les vicissitudes d'une communauté qui ne plie pas devant la violence de l'Histoire, et a créé des personnages inoubliables. La peinture de la vie quotidienne de la "réduction" et des éternelles passions des hommes, alternent avec d'admirables descriptions de scènes de batailles, de la forêt, de voyage vers les grandes villes, où parviennent, tamisés, les échos des évènements qui sont en train de bousculer l'Europe. Dans ce roman, l'auteur du Cheval rouge use d'une technique narrative inédite, d'une grande efficacité, qui situe le lecteur à la fois au coeur des évènements et de la création littéraire, le plongeant dans une atmosphère captivante qui constitue sa signature."

Le romancier Eugenio Corti , auteur de La Terre des Guaranis


Ce roman traite d'un sujet qui m'est cher : la liberté acquise grâce à Dieu, et inversement, l'esclavage qui revient en force en son absence. Cette oeuvre selon moi, vaut avant tout pour la fresque historique qu'elle reconstitue. L'action du roman commence donc en 1750, s’achève en 1788. Elle prend lieu sur trois générations. Elle dit la beauté, la puissance de l’œuvre missionnaire chrétienne. Les Jésuites ont amené les Indiens Guaranis à la civilisation, presque à la hauteur des Européens en à peine 150 ans. Mais en priorité, ils les ont sauvés de l’esclavagisme des Portugais, grâce à l’accord du royaume d’Espagne avec la papauté. Ils ont littéralement sauvé le peuple Guarani. Or suite à l’expulsion des Jésuites de tous les royaumes européens (cette expulsion est quasi-simultanée en Europe: 1759 pour le Portugal, 1762 pour la France, 1767 pour l'Espagne; et suppression de la Compagnie en 1773 ), les Guaranis sont destinés à retomber dans l’état dont on les avait tirés : le nomadisme, état qui les rendait justement vulnérables aux esclavagistes...

Le roman est évidemment d’actualité (comme l’était Caton l’Ancien, du même auteur). L’auteur taille des portraits à nos « philosophes » modernes, appelés aussi «progressistes». Ainsi, dans le roman, lorsqu’un jésuite français, le père Paul Dalmais, arrive dans la Réduction (village) non encore sur le déclin, il évoque avec inquiétude l'influence grandissante de Voltaire en Europe qui, dans Candide, décrit les Jésuites comme des profiteurs, mangeant dans des bols d’or, entourés de colibris superbes, lorsque les guaranis se nourriraient de bolées, assis sur de la paille...

PERE PAUL « Nous pouvons rire. Mesurez-vous toutefois l’hostilité que des pages telles que celles-ci vont susciter petit à petit à notre égard ? Nous sommes aussi présentés comme des gens violents et portés sur les armes (lecture). Vous voyez ? Ces mensonges entretiendront l’aversion qu’ont surtout pour nous les gens qui lisent, les gens cultivés et ouverts au progrès.

PERE NABORRE : en fin de compte, si j’ai bien saisi, alors que nous nous dépensons sans compter pour sauver tous ces peuples de l’extermination, elles ne peuvent que se multiplier, toutes ces personnes cultivées s’évertuant à nous mettre des bâtons dans les roues et même à nous chasser si elles le peuvent, en toute bonne foi ».


Lever de Voltaire, par Huber. A peine debout, il œuvre pour le salut de l'Humanité (en mode rappeur)


Voltaire, qui les fait rire amèrement, déclenchera, par la seule force de « l’opinion », et au mépris de toutes leurs œuvres, la perdition de l'œuvre des Jésuites et du peuple Guarani, qui a lui-même œuvré pour sa plus grande gloire. «Comprenez-vous ce mot «progressistes», demande encore Père Paul. Cela veut dire qu’ils veulent faire progresser le monde. Ces philosophes prennent de plus en plus de place en Europe. Non tant chez les petites gens bien entendu, mais auprès des gens cultivés et principalement dans les cours, chez les souverains».

Effectivement, en 1767, lors de l’expulsion des Jésuites d’Espagne et de toutes les colonies espagnoles, les Jésuites devront quitter les Réductions qu’ils avaient construites... Les colons n'apporteront que la destruction et les viols. Quant aux fonctionnaires censés protéger les Guaranis, leur action se caractérisera par le vol généralisé. Les soldats proposeront de l'alcool à certains Guaranis (l'auteur sait ce qu'il écrit : beaucoup de Guaranis actuellement, souffrent d'alcoolisme), comme au temps des esclavagistes. Quant aux Guaranis qui tenteront de se défendre des agressions, ils seront évidemment arrêtés, et devront fuir pour échapper à la mort. Il n'y a pas de place pour l'amour en ce monde, dit un père. Si cela est vrai, les réductions n'étaient-elles pas vouées à l'échec de toute façon? Ce progrès, les privant de toute protection, n'était-il pas inéluctable?

Ruines de la Reduccion (Réduction) San Miguel en Bolivie

Les fonctionnaires envoyés par le royaume après l'expulsion des Jésuites, tenteront philosophiquement de mettre en place une "société individualiste" remplaçant ainsi une société "organique" et "communautaire": c'est-à-dire une nouvelle société libérale, sans Dieu, prototype terrifiant de notre société moderne. Dans le roman,en 1768, Sanginès , l'administrateur général, fait son pompeux discours d'entrée: "Monsieur le Corrigedor (maire) Nazareno Poti et vous tous du village: écoutez-moi bien. Une ère nouvelle commence aujourd'hui pour le peuple des Guaranis, en effet vous ne serez plus assujettis au pères jésuites, mais pleinement libres, comme tous les autres citoyens espagnols". Pour mâter toute rébellion, on promet alors aux nobles guaranis (les caciques) de pouvoir s'enrôler dans les troupes royales. Deux ans plus tard, après les vols commis par les fonctionnaires, le même idiot récidive :


"Et peut-être, eu égard à ce qui est en train de se produire, vous devez penser que je m'estime aujourd'hui contredit par la réalité... que j'ai perdu mes espoirs à cause de ce véritable désastre que nous sommes en train de constater, après deux ans d'essai. Eh bien non! Si l'éloignement des pères jésuites a -pour le moment et ici comme ailleurs -, conduit à un ... recul généralisé -, je l'admets volontiers, oui je l'admets volontiers -eh bien, tout cela ne suffit pas à désavouer les principes de la grande philosophie nouvelle! ... Tout simplement : nous n'avons pas pris... les bons moyens... et nous n'avons pas agi avec ... assez d'énergie".


Les moyens efficaces de ces progressistes consisteront à brûler les livres écrits en guarani, tous les livres...


Lever de Voltaire (détail).

Le roman s’arrête symboliquement en 1788, veille de la Révolution française, bien après les guerres des colonies contre les royaumes, guerres dans lesquelles les Guaranis furent enrôlés et réduits à se battre les uns contre les autres. Mais, dans le fiasco de l'histoire, il reste de l’espoir, et cet espoir est singulièrement d’actualité: on suit la vie et la famille de Nazareno Poti, artisan guarani, peintre, et corrigedor. Nazareno lutte de toutes ses forces contre la violence. C’est pourquoi il faut lire ce livre, car on ne saurait tout raconter ici: aussi n'ai-je abordé le roman que sous un angle, précisément historique. Cette épopée ne se réduit pas à une charge contre le progressisme, condamné à la stupidité et au déni psychotique du réel: cette épopée est la narration et la description du miracle jésuite.




Pour conclure ce billet sur une note plus actuelle j’évoquerai le fait qu’ Eugenio Corti s’est inspiré du très beau film Mission, tout en allant plus loin, en précisant les enjeux de la mission jésuite: il s’agissait avant tout d’annihiler les œuvres perverses des conquistadores et de lutter contre l’esclavagisme. Surtout, E. Corti expose, d'une façon parfois trop didactique, les causes de la destruction de ces Réductions. Tandis que le film Mission évoque la lâcheté du pape, ratissant quelque peu sur la vogue de l’anticléricalisme voltairien, La Terre des Guaranis insiste sur la lâcheté des royaumes influencés par ces mêmes "voltairiens", qui s'allient aux réactionnaires esclavagistes dans une haine commune des Jésuites ... Corti met en lumière le fait que les seuls révolutionnaires, dans cette histoire, sont bien les chrétiens, Guaranis comme Jésuites. Des révolutionnaires d'une espèce rare, pétris du plus beau paradoxe de l'histoire de l'humanité: des révolutionnaires abolissant l'esclavage mais soumis, par amour du Christ, à leur hiérarchie. Et le film Mission montre aussi cela avec le personnage du père Gabriel. (interprété par J. Irons) J’évoque ici le film, car le romancier Corti fait commencer son roman dans une scène évoquant celle du film de Roland Joffé, lorsque le père Gabriel escalade les rochers jouxtant les chutes d'eau, afin de jouer de la flute au milieu des bois où les Guaranis le dévisagent, intrigués et médusés. Dans le roman d'Eugenio Corti, le prêtre se rend également auprès de nomades Guaranis, mais accompagné d’autres Guaranis (chrétiens), et ce sont eux , non le prêtre, qui jouent de la flûte. Simple clin d'œil aux dons extraordinaires des Guaranis pour la musique ,ou hommage rendu à la forme de propagande catholique ? Ci-dessous, pour vous, voici un clip vidéo à partir du film "Mission", qui a une bien belle musique à son actif :





A l'attention des lecteurs que le sujet intéresserait, je renvoie à ce qu'écrivit le comte de Bonald sur la réputation fort malmenée des Jésuites, réputation créée aux XVIIIe et perdurant au XIXe siècle : ici.

Et
là, pour un aperçu historique de la question des Jésuites au Paraguay.

Bonne lecture !

04/11/2008

Quantum of Solace et la théorie du complot [SPOILERS!]




Synopsis

Même s'il lutte pour ne pas faire de sa dernière mission une affaire personnelle, James Bond est décidé à traquer ceux qui ont forcé Vesper à le trahir. En interrogeant Mr White, 007 et M apprennent que l'organisation à laquelle il appartient est bien plus complexe et dangereuse que tout ce qu'ils avaient imaginé...

Bond croise alors la route de la belle et pugnace Camille, qui cherche à se venger elle aussi. Elle le conduit sur la piste de Dominic Greene, un homme d'affaires impitoyable et un des piliers de la mystérieuse organisation. Au cours d'une mission qui l'entraîne en Autriche, en Italie et en Amérique du Sud, Bond découvre que Greene manoeuvre pour prendre le contrôle de l'une des ressources naturelles les plus importantes au monde en utilisant la puissance de l'organisation et en manipulant la CIA et le gouvernement britannique...

Pris dans un labyrinthe de traîtrises et de meurtres, alors qu'il s'approche du vrai responsable de la trahison de Vesper, 007 doit absolument garder de l'avance sur la CIA, les terroristes et même sur M, afin de déjouer le sinistre plan de Greene et stopper l'organisation...

James pas content du tout!


Si le dernier James Bond (Quantum of solace) ne s’inscrit pas dans la lignée classique des James Bond, ne présentant plus de secrétaire attardée, ni de scènes de sexe inutiles, on doit reconnaître que c’est un excellent film d’espionnage doublé d’un film à l’intrigue percutante. Après l’introduction tonitruante, l'une des scènes du film se déroule à Sienne, en plein Palio (la fameuse course de chevaux opposant les différents quartiers). On pourrait déplorer le fait que le film ne montre pas davantage les endroits magnifiques d’une des plus belles villes de Toscane... Ce regret s’efface devant l’efficacité de l’espion de Sa Majesté : rien n’est laissé au hasard de la part du Rosbif, tous ses gestes sont calculés, un peu comme dans la Mort dans la peau (avec Matt Damon). Dans la chronologie fictive de la saga, James Bond en est encore à ses débuts (Quantum of Solace est la suite de Casino Royale, qui montrait les tout premiers pas de l’espion) ; il n’a pas appris par cœur les formules « milk-shake à la cuillère », ni « mon nom est Bond , James Bond » ; il ne sait que boire comme un trou quand il a soif. Disons qu’il est trop jeune pour être élégant dans le vice, et qu’il doit apprendre à maîtriser son instinct de tueur. Il a effectivement cette fâcheuse tendance à se servir de sa gâchette. Bref, James n’est encore qu’une frappe mal dégrossie en costard.



James n'a de beau que le bleu de ses yeux


Laissez-moi vous dire deux mots de l’histoire, dénigrée par presque toutes les critiques de presse et que, pour ma part, j’ai jugée très intéressante. Laissons un peu de côté l'intrigue autour de la vengeance, liée à Casino Royale , et attachons-nous à un aspect du film: les méchants. James se trouve confronté à une sombre histoire de multinationale dont l'un des chefs se nomme Dominic Green (lié à M. White, dont James veut se venger de la mort de Vesper), homme d'affaire qui marchande avec les gouvernements et envisage de contrôler le monde. Certes, les sociétés secrètes ne sont pas nouvelles dans la saga James Bond... Dominic Green et associés forment une société dont les membres se recrutent parmi les hauts membres de gouvernement , ceux qui ont le plus de pouvoir et d'influence (conseiller du premier ministre par exemple) ; ils se rengorgent d’«avoir des hommes absolument partout», d’être invisibles et invincibles : un seul mot de leur part dicte n’importe quel ordre à la police. M., la patronne de James, le fait remarquer : ils sont invisibles; donc on n’a pas la moindre preuve légale contre eux. Ce manque de preuve et ces millions d'indices constituent l’éternel problème des théories du complot, mais pour cette fois, c’est James Bond qui endosse le rôle du parano persuadé qu'il y a bel et bien quelque chose, et qui va trouver une solution au problème...

Voilà comment les méchants opèrent : dans un premier temps, ces messieurs de la «mystérieuse organisation » achètent des terres à des pays (comme la Bolivie) pour mieux les assécher et les priver de leurs ressources naturelles. Leur action consiste ensuite à «aider» des pays, c’est-à-dire à renverser le gouvernement, et, en échange, à obtenir un terrain qui ne présente aucun intérêt aux yeux du nouveau dictateur. Ce dernier terrain dévie les cours d'eaux pour les stocker dans des barrages (eux aussi souterrains). Une fois le gouvernement renversé et l'eau disparue, D. Green oblige le nouveau gouvernement à payer deux fois plus cher le prix de l'eau. Et entre-temps, les gens ont crevé comme des chiens. Mais pour que cette réussite financière soit complète, Dominic Green et Cie ont au préalable défriché les forêts des premiers terrains achetés, et en ont surexploité les ressources naturelles. Il ne reste plus rien à prendre. Dominic Green s'intéresse ensuite à tout pays présentant un potentiel: des pays avec les mêmes révolutions, engendrées par les mêmes causes. Succès garantis!


Dominic Green, nazi-communiste-capitaliste et écologiste: adorable Vert de terres.

Le plus tordant dans l’histoire, c’est lorsque, dans ses basses œuvres, ce même Dominic Green prononce officiellement un discours à l’on ne sait quel gala de charité, dénonçant la terre en danger et le réchauffement climatique, pleurant les forêts dévastées, prêchant l’instauration immédiate de mesures contre le désastre. Il propose la solution au désastre écologique qu’il a lui-même opérée, le comble. Son entreprise va sauver le pays. Mais n'est-ce pas là la devise ordo ab chao (l'ordre naît du désordre) ? N'est-ce pas la tactique si chère à certaine stratégie américaine qui consiste à inventer des problèmes pour mieux mettre en place leurs (coûteuses) solutions?... Dominic Green se drape du manteau vert-ueux de l’écologie dont il porte le nom symbolique.

Le film d'Al Gore, a été acclamé par l'ONU...Dans la réalité aussi, les puissants n’ont pas peur de prendre les gens pour des c***

L’obsession de D. Green à ne pas se faire repérer, pousse le vice jusqu’à faire assassiner un des gardes du corps d’un politicien véreux : Green ne veut pas être reconnu : « Est-il à nous, celui-là? demande-t-il à ses "gorilles". Non? alors tuez le. Je ne veux pas qu'il voie mon visage»... Portrait d’une organisation aux membres disséminés dans un spectacle public, à l’entrée duquel on distribue des oreillettes et des pin’s « Q » (Quantum, projet de D. Green) aux privilégiés qui figurent sur une mystérieuse liste... Lors de cette séquence, on admire la manière dont James débusque les "hommes de l'ombre". On admire également le genre de spectacle auxquels viennent assister les comploteurs, indifférents: la scène montre un duo de chanteurs larmoyants avec, en arrière-plan, des rangées d'évêques et de jésuites aux allures de psychopathes ... Pris dans le piège du secret, ces membres qui se terrent pour œuvrer, n’ont d’autre choix que de paniquer une fois découverts. Mais ils bénéficient de la protection de la C.I.A. et de la bénédiction de la plupart des services de renseignements du globe. Grâce à cela, ils vous flinguent dès que vous les identifiez. D'où les ennuis de Bond après la séquence à l'opéra. Bref, on ne peut pas s’empêcher de rire, c’est bien vu...


James et sa belle amie marchent dans le désert de Green après avoir essuyé une attaque aérienne de haute volée


Le plus étonnant, c’est la manière dont la presse française confirme cette lecture du film. Certes, quelques critiques sont élogieuses, comme celles de Première, du Parisien, ou encore des Inrockuptibles. On ne s’étonnera pas qu’Humanité ait bien noté le film: mais, demanderez-vous, ce torchon n'est-il pas lu par des obsédés de la théorie du complot?... Ce film peut effectivement être interprété comme une dénonciation des élites véreuses tirant les ficelles de la finance mondiale, en alliance avec les gouvernements : car ce qui s’applique à l’eau s’applique également au pétrole. De la même façon, on ne s'étonnera pas que Charlie Hebdo lui ait mis un zéro pointé, ni que Libération, le journal des gens libres, ait écrit ceci : « Le script, il est vrai , ne sert pas plus les rôles que le dialogue, galimatias géopolitique à couleur altermondialiste ». Effectivement, les altermondialistes sont connus pour dénoncer, à juste titre, les grandes multinationales (cf. Shell ou les multinationales des médicaments...). Evoquer l'altermondialisme, c'est évoquer dans l'imaginaire standardisé la fumeuse "théorie du complot" et les "malades mentaux" qui y croient... Or beaucoup de critiques du film sont infondées. Pourquoi, par exemple, tant de critiques sur la «légèreté » du scénario? Personnellement, je le trouve tout, sauf léger. Et depuis quand les scénarios de James Bond doivent-ils être soignés? Dans la saga, on est plutôt habitué au méchant mégalomane qui veut tout faire sauter. Ici, c'est tout de même plus subtil. Certains journalistes se concentrent sur l’accessoire pour éviter l'essentiel, et parlent de l'absence de gadgets comme d'un tort impardonnable. Mais on y était habitué depuis Casino Royale... Et puis on invente des idées de scénario, comme le fait cette critique du «Journal du dimanche » : « Un scénario un peu court. Certes, on en prend plein les yeux, mais on attendait du réalisateur nommé plusieurs fois aux oscars qu'il lui laisse son charme, son piquant». Ainsi le scénario devait être charmant et piquant. Ah! cela manque de femmes et d’humour. Oui, certes, on n'est plus dans le rêve, mais en plein cauchemar. Aucun James Bond n'avait jusqu'ici évoqué l'actualité de cette façon. L’aspect fictif du film ressurgit pourtant lorsque Bond conclut, heureux, après avoir nettoyé le linge sale : les « gentils de la CIA reprennent leur place » et les méchants sont évincés. Tout est bien qui finit bien... car c’est un film. De quoi se plaint-on? Pourquoi, aussi, des reproches soudainement concentrés sur la publicité omniprésente ? Tous les films font cela. La publicité est même tellement courante dans les films américains que s'en offusquer équivaut exactement à se choquer de la promotion des films dans les émissions télé... Il vaudrait mieux être choqué par cette truffe de Luc Besson qui recherche activement un expert en placement de publicité pour ses nouvelles productions.


L’Aston Martin DBS de James, voiture de rêve : les deux autres lui servent de repoussoirs

Or les mêmes reproches eussent pu être faits au dernier James Bond, Casino Royale, qui lui aussi sortait des sentiers battus, avec un James Bond "racaille" et le même acteur (Daniel Craig): lorsqu’ils étaient en mesure de dénoncer la « déviation » bondienne vers le film d’action pur, les journalistes ne l’ont pas fait ! ils n’en ont pas été offusqués le moins du monde. Le Journal du Dimanche l'approuvait, même, dans Casino Royale: « le spectateur entre tout de suite dans le vif du sujet : c'est du brutal qui l'attend tout au long du film ». La critique de Libération pronostoquait: « Ce qui revit avec Daniel Craig, c'est le "007". Craig ou la réinvention du code tueur ». Alors, pourquoi s’offusquer de sa suite logique ? C’est insensé, d’autant plus que le film Quantum of Solace en apprend davantage sur le fait que Bond va cesser de tuer, voire refuser d’ euthanazier, à un moment donné. Le film est donc moins violent qu'il ne paraît. Ces derniers temps, les films sont des machines de guerre idéologiques, que la presse apprécie à leur degré de conformisme au nouvel ordre moral (mondial?). Remarquez notamment que la qualité n'est pas souvent au rendez-vous de ces films dont la presse fait unanimement l'éloge (historiquement c'est toujours le cas lorsqu'un régime totalitaire commandite des "œuvres d'art": elles sont médiocres). Or il n’est pas logique que, de ce point de vue, on reproche à un film comme James Bond de manquer de scénario solide! Plus extraordinaire que le dernier opus de James Bond, c'est cette reconnaissance implicite de la distribution des bons et mauvais points par la presse, et son silence éloquent sur ses dégoûts. Elle ne peut que bouder, museler, et donner dans des critiques à côté de la plaque.

Mais elle ne peut pas encore réguler les entrées au cinéma: car vous le savez déjà: en France James Bond est en train de battre tous les records d’entrée en salle : « Malgré des critiques parfois acides, le 22eme opus de la saga baptisé Quantum of Solace se porte à merveille, n'en déplaisent à ses détracteurs » (buzz-actu).