17/11/2010

La Princesse de Montpensier



La Princesse de Montpensier est le dernier film de Bertrand Tavernier, qui avait déjà régalé son public du prophétique La Mort en Direct, avec une Romy Schneider dévastée, plus vraie que nature, et un jeune Harvey Keitel , inconnu, qui n’avait pas encore besoin de se saouler pour offrir de bonnes prestations. Ce film livrait un aperçu de la télé-réalité et de ses méfaits, une sorte de Truman Show avant l'heure! Par la réunion de ses acteurs, ce film était une belle éclipse, le rendez-vous du soleil avec la lune.

Mais La Princesse de Montpensier, réalisé trente ans plus tard, c'est une véritable constellation! Librement adapté de la nouvelle éponyme de Mme de La Fayette, ce filme brille d’une pléiade d’acteurs que je ne connaissais pas (Mélanie Thierry), que je goûtais peu (Lambert Wilson), ou que je soupçonnais fort de ne jamais parvenir à jouer correctement (Gaspard Ulliel). Quelle ne fut pas ma surprise en découvrant une réalisation soignée (qui se ressent des expérimentations anglo-saxonnes du réalisateur !), des acteurs dirigés admirablement et une tension progressive qui se résout de manière chaotique. La présence de personnages historiques dramatise cette fiction qui prend place au cœur des guerres de religion. Ceux qui ont lu La Princesse de Clèves, ou qui connaissent la préciosité et le jansénisme de Mme de La Fayette, ne seront pas étonnés de suivre ici une histoire d’amour sans happy-end : car, lorsque les moralistes du Grand Siècle décident de s'attaquer à l'Amour, il n’en reste jamais grand-chose... Porter à l’écran une œuvre dont le premier mérite est l'analyse psychologique: tel est le pari risqué de Bertrand Tavernier. La merveille est d’avoir réussi à étoffer cette petite nouvelle (écrite un siècle après l’époque mise en scène), en offrant au spectateur une fresque violente et romanesque.

Tout commence en 1567, par le portrait d’une très belle jeune fille, Marie de Mézières, que l’on marie contre son gré au prince de Montpensier. Elle aime le jeune duc de Guise et en est passionnément aimée. Ce Guise est le futur héros des catholiques, connu par la postérité (comme son père) sous le surnom du Balafré. La jeune princesse fait fondre les cœurs de tous ceux qui l’approchent : Guise, son époux, son précepteur, et même le frère du roi. L'unique passion de la jeune femme pour le Duc de Guise résiste au temps et aux prétendants. Mais elle veut sincèrement être une épouse modèle et fidèle. Or, ses admirateurs, qui font d’elle la femme la plus désirée et, virtuellement, la plus heureuse, ont surtout le pouvoir de faire d’elle la femme la plus misérable. Tel est le drame de cette femme: son destin est entre les mains de ceux qui prétendent mettre leurs vies à ses pieds ... telle "une biche au milieu du brame".

La force du film ne réside pas tant dans son intrigue que dans la multiplicité (et la qualité!) des thèmes abordés : l’amour , différemment vécu selon la personnalité qui le ressent (passion, amour de rivalité, amour désintéressé), l’orgueil, la bêtise, la jalousie, la rédemption. Les traits d’esprit fusent et enchantent le spectateur, découvrant un XVIe siècle qui sonne l’heure de la Modernité. Cette époque où le raffinement le plus exquis côtoie la pire des barbaries... Le film dévoile en outre, avec une singularité notable, la face obscure de la passion amoureuse, loin des fantasmes et idéalisations modernes, et s'offre le luxe d'aborder l’Histoire de France sans parti-pris affiché (au contraire d'un Patrice Chéreau avec sa Reine Margot). Il faut enfin rendre justice au jeu incroyable de Lambert Wilson dans le rôle du précepteur, comte de Chabannes fort et courageux, crevant l'écran et nous changeant de ses rôles dans Palais Royal!, Jet-Set et autres billevesées.

La Princesse de Montpensier, donc, est un film à voir et à recommander ! Rares sont les films français qui trouvent grâce à mes yeux (rendus impitoyables par la concurrence hollywoodienne), plus rares encore les films qui ne déforment pas l'esprit de l'œuvre qu'ils transposent... Infiniment plus rares les chefs-d'œuvre!

02/10/2010

L'Histoire de Michael

Mes chers lecteurs, je profite de cette date du 2 octobre, pour vous faire partager cette bien belle histoire.


Léonard de Vinci, La Vierge des Rochers. Visage de l'Ange (détail)

La lettre suivante a été écrite par un jeune Marine à sa mère alors qu'il était hospitalisé après avoir été blessé au combat en Corée, en 1950. Cette lettre est venue entre les mains d'un aumônier de la Marine de guerre qui l'a lue devant 5.000 Marines, à une base navale de San Diego, en 1951.

L'aumônier avait parlé au jeune homme, à sa mère et au sergent qui commandait la patrouille. Cet aumônier, le père Walter Muldy, certifiait à tous ceux qui lui posaient la question que cette histoire est vraie.

Dans les années soixante, on lisait cette lettre une fois par an, à Noël, sur les ondes d'une station de radio du Midwest.


Ma chère Maman,

Je n'oserais jamais écrire cette lettre à quelqu'un d'autre que toi parce que personne ne voudrait me croire. Peut-être même que toi aussi tu trouveras ça difficile à croire, mais il faut que je le dise à quelqu'un.

Pour commencer, je suis à l'hôpital. Mais ne t'inquiète pas, tu m'entends, ne t'inquiète pas. J'ai été blessé mais je vais bien, O.K. Tu comprends, je vais bien. Bon. Le médecin m'a dit que je serai debout dans un mois.

Mais c'est pas ça que je veux te raconter.

Tu te souviens, quand je me suis engagé dans les Marines, l'année dernière ? Tu te souviens quand je suis parti, que tu m'as dit de réciter une prière à St Michel tous les jours ? C'était pas la peine de me le dire parce que, d'aussi loin que je me souvienne, tu m'as toujours dit de prier St Michel Archange. Tu m'as même donné son nom. Eh bien, je l'ai toujours fait.

En arrivant en Corée, j'ai même prié encore plus fort.

Tu te rappelles la prière que tu m'as apprise ?

« Michael, Michael of the morning, fresh corps of Heaven adorning... », tu connais la suite. Eh bien, je l'ai récitée tous les jours. Parfois en marchant et quelquefois pendant les haltes, mais toujours avant de m'endormir. Je l'ai même apprise à des copains.

Bon, eh bien, un jour, je faisais partie d'une patrouille de reconnaissance en territoire ennemi, loin en avant des lignes. On avançait péniblement et il faisait très froid. Mon haleine, on aurait dit de la fumée de cigare.

Je croyais connaître tous les gars de la patrouille, mais un Marine que j'avais jamais vu auparavant est venu marcher à côté de moi. C'était le plus grand Marine que j'avais jamais vu. Il faisait au moins 1 m 90 et il était bâti à l'avenant. Je me sentais rassuré d'avoir un type comme ça à côté de moi.

En tout cas, on continuait à marcher. Le reste de la patrouille s'est déployé. Juste pour amorcer la conversation, j'ai dit, « Fait froid, hein », et puis j'ai ri. J'étais là à risquer de me faire tuer d'une minute à l'autre et je lui parlais du temps qu'il faisait.

Il a semblé comprendre. Je l'ai entendu rire doucement.

Il a dit, « Je me suis engagé à la dernière minute. Je m'appelle Michael. »

Surpris, j'ai répondu, « Ah oui ? moi aussi je m'appelle comme ça. »

Il a dit, « Je sais », et il a ajouté, « Michael, Michael of the morning... »

J'étais si étonné que je suis resté sans rien dire pendant une minute. Comment pouvait-il savoir mon nom et cette prière que tu m'avais apprise ? Après quoi je me suis dit en souriant que tous les gars me connaissaient dans l'unité. J'avais appris cette prière à tous ceux qui voulaient l'entendre. Y en a même qui m'appelaient St Michel !

On est restés sans rien dire un moment, puis il a brisé le silence. « On va bientôt avoir des ennuis. »

Il devait être en excellente forme, ou alors il respirait si doucement que je n'entendais même pas sa respiration. Moi, ça sortait en gros nuages. Il ne souriait plus maintenant.

On va avoir des ennuis... Je me disais, ouais, comme on est entourés par les communistes, c'est pas vraiment une grande nouvelle !

La neige a commencé à tomber à gros flocons. Bien vite, on ne pouvait plus rien voir devant soi et j'avançais dans un brouillard blanc de particules mouillées et collantes. Mon compagnon a disparu de ma vue.

Soudain inquiet, j'ai crié, « Michael ! »

J'ai senti sa main sur mon bras. Sa voix était riche et forte, « Ça va bientôt s'arrêter ».

Il avait raison. Après quelques minutes, la neige a cessé aussi rapidement qu'elle avait commencé. Le soleil étincelait.

Je me suis retourné pour voir où était le reste de la patrouille. Il n'y avait plus personne en vue. On les avait perdus dans la bourrasque. On arrivait sur une petite montée et j'ai regardé devant moi.

Maman, mon cœur s'est arrêté net.

Ils étaient sept. Sept soldats communistes avec leurs vestes et leurs pantalons matelassés et leurs drôles de petits chapeaux. Mais il n'y avait rien de drôle à ce moment-là. Les sept fusils étaient braqués sur nous.

J'ai crié « Couche-toi, Michael ! » et je me suis jeté à terre.

J'ai entendu les coups de feu tirés presque en même temps. Les balles sifflaient. Michael était toujours debout.

Maman, ces types ne pouvaient pas le manquer, pas à cette distance. Je m'attendais à le voir se faire déchiqueter en morceaux.

Mais il était là, sans même essayer de tirer. Il était paralysé par la peur. Ça arrive parfois, maman, même aux plus braves. Il était comme un oiseau fasciné par un serpent.

En tout cas, c'est ce que je pensais. Alors je me suis levé pour le tirer par terre, et c'est là que j'ai été touché. J'ai senti comme une brûlure dans ma poitrine. Je m'étais souvent demandé ce qu'on ressentait quand on est touché. Maintenant, je sais.

Je me souviens d'avoir été porté par des bras solides, des bras qui m'ont déposé très doucement sur un tapis de neige. J'ai ouvert les yeux, pour un dernier regard. J'étais en train de mourir. J'étais même peut-être déjà mort et je me souviens d'avoir pensé, eh bien, c'est pas si terrible.

Peut-être que je fixais le soleil. Ou alors c'était le choc, mais il m'a semblé voir Michael de nouveau debout. Mais cette fois, il avait le visage illuminé d'une splendeur terrible.

Comme je t'ai dis, peut-être que j'avais le soleil dans les yeux, mais Michael avait l'air de changer pendant que je le regardais. Il devenait plus grand, ses bras s'étiraient. C'est peut-être parce que la neige recommençait à tomber, mais il était entouré de lumière, comme les ailes d'un ange. Et il avait une épée à la main, une épée qui resplendissait de millions d'éclats.

Luca GIORDANO,

Saint Michel Archange, Prince des milices célestes refoulant en enfer les anges rebelles (1663)

Eh bien, c'est la dernière chose dont je me souviens avant que les copains me retrouvent. Je ne savais pas combien de temps avait passé. De temps en temps la douleur et la fièvre me laissaient un moment de répit. Je me souviens de leur avoir dit que l'ennemi était juste devant nous.

J'ai demandé, « Où est Michael ? »

Je les ai vus qui se regardaient. « Où est qui ? » a demandé quelqu'un.

« Michael, Michael, le grand Marine qui marchait à côté de moi juste avant qu'on entre dans la rafale de neige. »

« Mon gars, a dit le sergent, y a personne qui marchait à côté de toi. Je ne t'ai jamais perdu de vue. Tu t'en allais trop loin. J'allais t'appeler au moment où t'as disparu dans la bourrasque. »

Il m'a regardé d'un air curieux. « Mais comment t'as fait ça, mon gars ? »

« Comment j'ai fait quoi ? » J’étais presque en colère malgré ma blessure. « Michael, ce Marine, et moi on allait juste... »

« Mon gars, dit doucement le sergent, c'est moi qui ai choisi les hommes de cette unité, et y a pas d'autre Michael que toi. T'es le seul Michael ici. »

Et après avoir attendu une minute, « Mais comment t'as réussi à faire ça, mon gars ? On a entendu des coups de feu. Y a pas un seul coup qui a été tiré avec ton fusil et y a pas un gramme de plomb dans les sept corps qui sont couchés là, derrière la colline. »

J'ai rien répondu. Qu'est-ce que j'aurais pu dire ? Je restais là, bouche bée et stupéfait.

C'est le sergent qui a repris calmement en disant, « Mon gars, les sept soldats qui sont là ont tous été tués d'un coup d'épée ».

C'est tout ce que je peux te dire, maman. Encore une fois, c'était peut-être le soleil dans mes yeux ; c'était peut-être le froid, ou la douleur, je sais pas, mais c'est ce qui est arrivé.

Gros baisers, Michael.


D'après R.P. Paul O' Sullivan O.P, Ce qu'il faut savoir sur les Anges, Editions LEPAREX Outremont Quebec CANADA.

Maître inconnu, Marie Reine des Anges(1395)

Cette histoire est tirée du blog "les bons anges" (cliquez ici) que je vous recommande vivement si la question angélique (dans la religion chrétienne) vous intéresse.

Nous fêtons aujourd'hui, 2 octobre, la fête des saints Anges gardiens, fête qui se confondait autrefois avec celle de saint Michel...

24/05/2010

Vive le roy

Mes chers lecteurs. Pour une fois, pas de texte interminable, pas de longues tirades...

Juste une vieille chanson que j'aime, en images! ... :)




Et pour rire un peu, l' excellent sketch sur la Révolution française par les Inconnus, caricaturant bien l'histoire telle qu'elle est enseignée par l'"Education nationale" :


29/04/2010

Le journalisme pourrait bien mourir des scandales de sa connerie



Christophe Barbier, la tête de l'emploi

Le titre de ce billet reprend la structure d'une phrase de Christophe Barbier qui, dans son édito de L'Express du 22 avril 2010, écrit: "Le christianisme pourrait bien mourir des scandales de pédophilie".

Se rêvant en pères conciliaires tout de pourpre vêtus, distribuant ça et là le Bien et le Mal dont ils seraient les dépositaires, les journalistes caressent l'idée d'être les leaders charismatiques d'un nouveau Vatican II, et d'adapter la religion aux "impératifs" modernes, aux dernières tendances de notre époque. Ils s'acquittent de leur tâche avec brio, en toute honnêteté. Nous tâcherons de faire preuve nous aussi, d'"honnêteté" à leur égard ...Pourquoi? Parce que, par le poids des mots, les journalistes assument une grande responsabilité en insinuant dans l'esprit de leurs lecteurs que tout prêtre serait, par définition, pédophile. Il ne s'agira donc pas, ici, de prendre la défense du célibat sacerdotal, cela a déjà été brillamment fait ailleurs, mais de questionner les motifs qui poussent Messieurs les rebelles subventionnés, à vitupérer contre une institution multiséculaire comme l'Eglise.

Dans son éditorial donc, le petit saint Christophe (Barbier) présente, en bon élève, son cahier de doléances :

L'Église doit, pour renaître, changer toute l’organisation de son clergé. Elle doit d’abord en finir avec le célibat des prêtres. Tout ordre fondé sur l’interdit sexuel et sur la torture d’abstinence forcée mène aux déviances ou à la révolte : en prônant la sainteté d’existence le catholicisme n’a provoqué qu’un enfer mental dont on mesure aujourd’hui le coût. Qu’une religion fondée sur l’amour puisse en interdire à ses ministres la forme la plus élémentaire est intenable.

Des hommes comme Padre Pio, François de Sales, Vincent Ferrier, le curé d'Ars, Louis-Marie Grignion de Montfort, le père Lamy étaient des prêtres parmi des centaines de milliers d'autres saints prêtres, et jamais leur célibat ne les mena à la déviance, ni à la torture mentale, ni à la pédophilie, et encore moins à la remise en cause du fonctionnement interne de l'Église... Seuls les hommes d'Église ayant accédé à la papauté peuvent prétendre ériger des dogmes et réclamer des changements pour l'Église. En plus de se prendre pour le pape, Christophe Barbier se révèle un comique hors-pair; la dernière phrase de l'extrait est d'un kitsch suprême: le fait de penser que la sexualité procède de l’amour et inversement, est un rêve de midinette et, je l’espère pour Barbier, une blague de journaliste... Toutefois laissons à Monsieur Barbier le bénéfice du doute ; il parle certainement avec le feu de la sincérité, l’amour de la vérité. Se montrant attaché à prendre la défense des enfants, victimes de pédophiles, au point de vouloir en combattre les causes (ici, le célibat des prêtres), demandons-nous s’il a également défendu les victimes des sinistres pédomanes Polanski et Cohn-Bendit ? A-t-il interdit à Monsieur Polanski de rester marié? A-t-il ordonné à Monsieur Daniel Cohn-Bendit de démissionner de son statut d’homme politique? N’est-il pas honteux en effet qu'un homme politique jouisse en toute impunité de son pouvoir et son charisme, susceptibles d'attirer à lui les enfants? Alors, M. Christophe Barbier a-t-il défendu les victimes de ces pédomanes ?

Vive la Révolution sexuelle avec Dany !

Que nenni ! Notre pourfendeur de soutanes, le sieur Barbier, s'est même signalé par la virulence dont il fit preuve en s'improvisant l'avocat de Roman Polanski. C’est bien évidemment son droit. Mais il a péché du haut de son sacerdoce virtuel : auréolé de sa moralité séraphique, il s'est cru autorisé à remettre en cause la Justice suisse : « Est-ce que la Suisse s’adresse au reste de l’Europe, à la France, en prenant une sorte d’otage nommé Roman Polanski ? » et encore : « La Suisse a eu un comportement inacceptable ». Étrange contradiction de la part d’un intellectuel, qui déconsidère le jugement d’un pédophile avéré, et ose attribuer au célibat des prêtres les actes de monstres tels que celui qu’il défend!

Christophe Barbier

Tout le monde devine (les adversaires de l’Église en premier lieu) que cette histoire de prêtres criminels, supposés incarner tous les prêtres, n’est qu’un prétexte de plus à la destruction de l'Église catholique, qui n'a pas encore accepté de s'écrouler pour leur plaire. Le mécanisme est toujours le même : on attribue à ces sombres histoires la responsabilité de l’Église dans ses fondements, depuis ses origines apostoliques. L'histoire de prêtres pédophiles est bien évidemment un prétexte , car Barbier saute du coq à l'âne en avançant une autre proposition : « Rome doit autoriser l’ordination des femmes ». Quel est le rapport, demanderez-vous? Mais, ce rapport, il saute aux yeux! Cette proposition est soudée à la première par le nécessaire dogme du "progrès". Il faut évoluer, il faut bouger. Sinon, gare!...

Un dernier exemple de beauté journalistique nous est donné par Caroline Fourest, intégriste laïque médiatisée, dont j'ai déjà parlé sur ce blog. Dans Le Monde du 9 avril 2010, elle attaque, entre autres, les prêtres avec la même rhétorique que j’ai parodiée en italique pour Cohn-Bendit, allant jusqu'à expliquer l'existence de criminels dégénérés, par l'existence de l'Église :

Le fait qu’ils [les prêtres] aient un statut à la fois asexué et sacralisé favorise l’abus de pouvoir [...] Il faudra bien que l’Église regarde en face ce cercle infernal. Qu’elle accepte d’en tirer d’autres leçons que l’auto flagellation... Si elle veut sincèrement cesser d’être la seconde institution -après la famille - à produire des agresseurs d’enfants.

Oui, vous avez bien lu, l'Eglise et la Famille sont des machines à produire des pédophiles... Tout comme son confrère, Caroline Fourest réclame également un statut « sexué » et « désacralisé » pour les prêtres: elle réclame aussi la prêtrise pour les femmes. Mais comment s'en étonner? L'idée moderniste du sacerdoce qui prédomine actuellement, le permettrait sans problème... Car, si l'on a coutume de ne plus voir dans le prêtre qu'un "animateur social", tout juste bon à présider les «assemblées locales du peuple de Dieu », il n’existe absolument aucune raison valable susceptible d'empêcher une femme de remplir cette fonction. Cette fonction étant déjà "désacralisée", comment, en effet, empêcher de la "sexualiser"? Or ce qui empêche la femme, depuis les origines apostoliques, de devenir prêtre, consiste (entre autres) en ce que ce dernier doit devenir un alter Christus (un autre Christ). (1) Comprenne qui pourra. Les journalistes, c’est trop leur demander que de lire du latin.

Caroline Fourest, pourfendeuse officielle d'intégristes

Tout le monde sait très bien que cette histoire de prêtres pédophiles, je le répète, n’est qu’un prétexte. L'exigence de ces mêmes têtes à réclamer l'ordination des femmes le prouve! Et puis, qu’est-ce qu’ils en ont à faire, réellement, ces journalistes défendeurs de la tante et de l’orphelin, à l'idée que des femmes deviennent prêtres et que des prêtres aient des femmes? Veulent-ils tant de bien à l'Église au point de se faire les troubadours officiels de Sa vertu ? Non. Ils montent en épingle ces histoires-là, dans cette institution-là, alors qu'ils auraient pu le faire pour d'autres religions non moins concernées par ces problèmes... Pourquoi l'Église est-elle donc leur cible privilégiée? C'est simple. On va donner l'exemple de Caroline Fourest. Celle-ci condamne la déviance sexuelle de quelques prêtres et se déclare fervente militante en faveur de l’avortement et du féminisme. Évidemment dans ce cas, la «famille», qui est selon elle, je cite, une institution « productrice d’agresseurs d’enfants » (i.e.: de pédophiles) ne peut pas trouver une place dans son cœur humaniste. Mais il faut voir surtout quelles sont les raisons de sa condamnation de l'Église en son entier, quelles sont ses raisons de généraliser sur les prêtres en tant qu'"espèce" dangereuse. La notion de « famille » que Caroline Fourest incrimine, c’est le schéma suivant : un homme + une femme + un (des) enfant(s), notion qui a toujours été soutenue par l'Église. Quelle horreur ! Homosexuelle et féministe, Fourest ne peut tolérer cela. Ce n'est pas sa conception de la Famille. Dans la même logique, Fourest ne peut pas tolérer l'Église non plus, puisque cette dernière rejette en principe son idéologie du Gender et son homosexualité, sans compter sa lutte pour l'avortement (ProChoix). Ces raisons personnelles sont-elles des raisons suffisantes, pour Caroline Fourest, d'attaquer l’Église ? Bien sûr que oui! Une raison fondée sur des convictions personnelles n’en reste pas moins une raison, même si celle-ci perd beaucoup de son impartialité et partant, de son efficacité... Seulement, là où Caroline Fourest est plus fine que son confrère et maîtrise mieux son sujet, c'est lorsqu'elle s'attaque à une Église qui s'est elle-même piégée, qui a consenti, avec Vatican II, à jouer le jeu de la modernité, du laxisme, de "l'auto flagellation", comme elle l'écrit. On sait, qu'au niveau historique, c'est Vatican II qui a contribué à impulser l'esprit de mai 68, et que c'est depuis Vatican II que le laxisme a régné sur ces cas... L'église a ouvert des vannes qu'elle a désormais le plus grand mal à refermer. Et les journalistes ne comprennent pas pourquoi Elle s'est arrêtée en si bon chemin... Ou plutôt, ils feignent de ne pas comprendre, s'impatientant à l'idée de voir l'Église s'écrouler entièrement.

Bref, tant que l’Église ne sera pas dissoute dans cette modernité, tant que l’ Église continuera de faire "barrage" aux idéologies (libéralisme, communisme, nazisme, féminisme, fils de la veuve, homos, eugénisme, avortement, etc.), et tant qu'il y aura des gens pour croire à ce que l'Église leur dit, eh bien, Elle le paiera (c'est logique). Mais si l'Église consent à plaire au monde, à continuer son dévissage d’ampoules, alors peut-être qu’on La laissera de côté momentanément, parce qu’Elle ne sera plus qu’une des roues du char festif de la connerie. En gros, pour ces journalistes et les lecteurs qui les suivent, l'Église sera certifiée branchée lorsque des prêtresses lesbiennes célèbreront l' I.V.G. de leurs ouailles sur l'autel de la Tolérance universelle (jusqu'à nouvel ordre). E. Naulleau, chez Ruquier (24 avril 2010), demanda à Fourest : "Pour qui vous prenez-vous, à vouloir reconvertir les églises en Musées? Êtes-vous dans la tête des chrétiens?". Bonne question, qui souligne que Fourest, comme Barbier, se prend pour une ecclésiastique qu'elle n'est pas... Fourest, qui veut convertir de force la religion aux lubies dont elle est l'incarnation officielle... Fourest, la stalinienne de la religion... Christophe Barbier, étrangement lucide, reconnaît que l'Église le démange parce qu'elle a toujours refusé de se plier aux dogmes contemporains:

Dans le Moyen-âge en mutation, l’Eglise se trouva en décalage avec les sociétés. Les nations s’affirmaient, la bourgeoisie marchande prospérait, les techniques progressaient, mais Rome ne comprit pas que l’on changeait d’époque... En la mutation d’aujourd’hui, c’est au nom des mœurs que la modernité veut évincer cette puissance spirituelle... Si Rome ne réagit pas, sur quelle peau de chagrin Benoît XVI achèvera-t-il son pontificat ?

Oui, l’Eglise pose problème depuis très, très longtemps ("Si le monde vous hait, sachez qu'il m'a haï avant vous", Jean XV, 18)... A ces attaques et ces ordres d'obéir à leurs "divinités", du progrès, les catholiques doivent répondre et avoir le courage d'agir selon l'esprit de cette belle image, formulée par G.K. Chesterton dans L'Homme éternel: "Ce qui est mort peut suivre le courant, mais seul ce qui vit peut le remonter".

En outre, si vous ne voulez pas en rester à la "surface" du constat de l'agressivité des rebelles subventionnés, il faut savoir que, le nœud du problème, pour ces journalistes, c’est l’Église d’avant Vatican II. Celle que le pape est suspect de regretter. C'est l'Église immonde qu’on vous montre dans un reportage comme Les Infiltrés (Pujadas) intitulé "A l'extrême droite du père", avec la voix off qui fait comprendre que des cathos/nazis veulent revenir à «avant Vatican II», c’est-à-dire (je cite) : aux «Heures les plus sombres de notre Histoire». Oui... Comment avons-nous pu l’oublier une seule seconde? Pie XII était un naziii! Et avant lui, toutes les têtes mitrées à prénoms chiffrés l’étaient aussi, et tous les cathos d'avant Vatican II étaient des nazis! J'en veux pour preuve, cette carte des votes nazis en Allemagne en 1932-34, comparant les votes protestants avec les votes catholiques (cliquez pour agrandir l'image!)...


Carte issue de l'ouvrage de Koenheldt-Leddihn, Liberty & Equality, London, 1952.


Notes

(1) Les origines du célibat remontent bien avant ce qu'on a coutume de dire dans l'intention de "relativiser" l'aspect "sacré" de ce célibat. Si les premières lois sur le célibat datent du 4ème siècle après Jésus-Christ, elles ne furent pas présentées comme une nouveauté, mais comme un rappel. Le fait que des papes aient dû le rappeler par la suite n'indique en aucune façon qu'on ait inventé le célibat sacerdotal au concile de Latran, voire encore à la Contre-réforme, comme l'affirment les relativistes humanistes! Les cas de prêtres mariés, dans l'Eglise catholique, ont toujours été considérés, à partir du 4ème siècle, comme des cas de déviances à la loi.

Un Père de l'Église, saint Épiphane de Salamine (315-403), écrit : « Les prêtres sont choisis tout d'abord parmi les hommes vierges, ou sinon parmi les moines; mais si parmi les moines on ne trouve pas de personnes aptes à remplir ce service, on a coutume de choisir les prêtres parmi ceux qui vivent dans la continence avec leur épouse ou qui, après un seul mariage, sont devenus veufs ». Lorsqu’il se plaint que cette loi ne soit pas observée partout, il fait bien état d’une loi et partant, d’une violation de cette loi : « En plusieurs lieux, les prêtres, diacres et sous-diacres engendrent encore des enfants. Je réponds que ce n'est pas conforme à la règle, mais que cela arrive à cause de la nonchalance des hommes ». Saint Epiphane de Salamine est cité par l'abbé Mathias Gaudron dans le très bon Catéchisme catholique de la Crise dans l'Eglise (Ed. du Sel).

Je n'ai pas parlé des fondements ni des raisons du célibat catholique, car ce n'était pas le sujet. Mais pour ceux que cela intéresse il faut lire le livre du père Christian COCHINI S.J., Origines apostoliques du célibat sacerdotal, Paris-Namur, Lethielleux, 1981.