Le résumé:
« A l'approche des fêtes de fin d'année, en 1990, Jonathan Trager croise dans la foule new-yorkaise Sara, une ravissante jeune femme. C'est le coup de foudre. Bien que tous deux soient engagés dans une autre relation, Jonathan et Sara passent la nuit à errer ensemble dans Manhattan. Mais la nuit touche à sa fin et les voilà contraints de prendre la décision de se revoir au non. Quand Jonathan, sous le charme, propose un échange de numéros de téléphone, Sara se dérobe pour suggérer de laisser le destin décider. S'ils sont faits l'un pour l'autre, dit-elle, ils trouveront bien le moyen de se revoir.
Dix ans plus tard, les deux jeunes gens sont sur le point de se marier avec quelqu'un d'autre. Cette fois, le moment est venu pour eux de pousser la curiosité plus loin. Se rappelant de cette rencontre magique, ils décident de se retrouver avec l'aide de leurs meilleurs amis. »
Un extrait (en anglais) dans lequel, lors de leur première rencontre, les deux tourtereaux prennent deux ascenseurs séparément. Sara lui dit: "si nous choisissons tous les deux le même étage, nous sommes destinés l'un pour l'autre" :
J’ai regardé ce film avec intérêt; les acteurs sont bons et l'histoire est charmante. C’est le principe même qui accroche : Sara et Jonathan, après s’être brièvement rencontrés (coup de foudre) se sont perdus de vue, décidant que le destin déciderait pour eux; et quelques années plus tard, ils sont désormais sur le point de se marier... avec quelqu’un d’autre. C’est là le point crucial de l’histoire. Tous les ingrédients de l'amour-passion sont réunis : au moment même de se marier sagement, ils repensent l’un à l’autre... Eternel thème de l’amour, qui par définition est adultère, interdit : ainsi il faut bien qu'il y ait un obstacle pour avoir envie de le franchir. Jonathan repense à Sara ; Sara repense à Jonhatan. L'Amour semble le maître, et des dizaines de signes du destin émaillés deçi-delà sont les messagers de l'Amour. On compatit à l’état angoissé de nos héros, haletant d’un bout à l’autre des Etats-Unis, dans la quête de leur Graal perdu, aiguillonnés par des dizaines d'indices plus que troublants. Le signe du destin persuade l’un que l’autre pense encore à lui, des années plus tard : tel ce numéro de téléphone inscrit par Jonhatan sur un billet, billet qui se retrouve dans un avion, devant les yeux de Sara, ébahie. Et ainsi de suite. Le petit signe décide de tout.
En version originale, le titre de ce film est « Serendipity », qui signifie en anglais : « heureux hasard », destin. Les deux jeunes gens ne sont en rien responsables de ces signes qu’ils reçoivent : c’est le destin qui les réunit l’un à l’autre, qui les fait se rechercher ardemment.
Tristan et Iseut buvant le philtre du Destin.
Qu’est-ce donc que ce « heureux hasard », ces milliers de petits signes révélateurs ? La magie persuade, elle ne raisonne pas. Le Destin est plus évident que Dieu même : toutes les "coïncidences" témoignent en sa faveur ; le Destin marche seul : on ne doute même plus de son existence. Dans le mythe de Tristan et Iseut, le philtre d’amour (bu par erreur dans certaines versions) est un alibi idéal pour disculper les amants de leur amour adultère. Le philtre donne son absolution aux amants. Ceux-ci ne sont en rien responsables de mentir au Roi Marc, accessoirement époux d'Iseut. Traditionnellement, le philtre (instrument du Destin) est l’élément qui déclenche la passion amoureuse : une passion qui mène invariablement à la mort et à la destruction. Dans notre monde moderne, et a fortiori dans ce film, mieux vaut conserver le bon côté de la médaille, l’aspect heureux de la passion... On garde le destin, on jette loin de nous le malheur ! Le beurre, et l'argent du beurre: la passion, et le bonheur.
On ne dressera pas ici la liste des invraisemblances du film parce que, comme on dit, « c’est un film ». Ce qui nous intéresse en revanche, c’est la question suivante: sans ces signes du destin, Jonathan et Sara seraient-ils partis à la recherche l’un de l’autre ? sans recevoir la caution d’une instance magique supérieure, auraient-ils sacrifié leurs statuts de futurs mariés ? Le Destin intervient pour tout régulariser. Dans tous les petits signes, ne trouvons-nous pas confirmation de ce que nous cherchons ? si nous n’avions pas cherché ces signes, les aurions-nous seulement aperçus ? Car il faut bien le préciser, les deux jeunes gens, lors de leur première rencontre, ne cessent de semer volontairement les signes qui les réuniront, s'ils sont effectivement faits l'un pour l'autre. Ainsi, on veut bien aider le Destin, mais c'est le Destin qui en jugera en dernière instance, car l'Homme est un roseau trop fragile pour décider de sa propre vie, de ses propres choix sentimentaux.
En somme, pour que l’amour soit jugé véritable, il faut une instance supérieure, équivalente à Dieu. Comme l'amour n’est pas ici le fruit de la connaissance de l'autre, ni même d’un engagement, mais plutôt un véritable coup de foudre, il est nécessaire que le Destin donne son "coup de main", cautionnant ce qui serait, en toute autre circonstance, déraisonnable et éphémère. Peu importe si la personne élue est décevante, inadéquate –on ne la connaît pas après une seule soirée !- le Destin a parlé, c’est le signe que Sara pourra rester avec Jonathan toute la vie : rien n’est à remettre en question, exceptés les deux mariages qui étaient prévus, et qui devaient aussi lier deux personnes pour toute la vie. Et puis, avoir le Destin dans sa poche évite d'avoir à se poser la question: est-ce la bonne personne?
Cela dit, "Un amour à New York" est un bon film qui se laisse regarder !























