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13/06/08

"Un Amour à New York" : le Destin décide pour vous !




Le résumé:

« A l'approche des fêtes de fin d'année, en 1990, Jonathan Trager croise dans la foule new-yorkaise Sara, une ravissante jeune femme. C'est le coup de foudre. Bien que tous deux soient engagés dans une autre relation, Jonathan et Sara passent la nuit à errer ensemble dans Manhattan. Mais la nuit touche à sa fin et les voilà contraints de prendre la décision de se revoir au non. Quand Jonathan, sous le charme, propose un échange de numéros de téléphone, Sara se dérobe pour suggérer de laisser le destin décider. S'ils sont faits l'un pour l'autre, dit-elle, ils trouveront bien le moyen de se revoir.

Dix ans plus tard, les deux jeunes gens sont sur le point de se marier avec quelqu'un d'autre. Cette fois, le moment est venu pour eux de pousser la curiosité plus loin. Se rappelant de cette rencontre magique, ils décident de se retrouver avec l'aide de leurs meilleurs amis. »


Un extrait (en anglais) dans lequel, lors de leur première rencontre, les deux tourtereaux prennent deux ascenseurs séparément. Sara lui dit: "si nous choisissons tous les deux le même étage, nous sommes destinés l'un pour l'autre" :


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J’ai regardé ce film avec intérêt; les acteurs sont bons et l'histoire est charmante. C’est le principe même qui accroche : Sara et Jonathan, après s’être brièvement rencontrés (coup de foudre) se sont perdus de vue, décidant que le destin déciderait pour eux; et quelques années plus tard, ils sont désormais sur le point de se marier... avec quelqu’un d’autre. C’est là le point crucial de l’histoire. Tous les ingrédients de l'amour-passion sont réunis : au moment même de se marier sagement, ils repensent l’un à l’autre... Eternel thème de l’amour, qui par définition est adultère, interdit : ainsi il faut bien qu'il y ait un obstacle pour avoir envie de le franchir. Jonathan repense à Sara ; Sara repense à Jonhatan. L'Amour semble le maître, et des dizaines de signes du destin émaillés deçi-delà sont les messagers de l'Amour. On compatit à l’état angoissé de nos héros, haletant d’un bout à l’autre des Etats-Unis, dans la quête de leur Graal perdu, aiguillonnés par des dizaines d'indices plus que troublants. Le signe du destin persuade l’un que l’autre pense encore à lui, des années plus tard : tel ce numéro de téléphone inscrit par Jonhatan sur un billet, billet qui se retrouve dans un avion, devant les yeux de Sara, ébahie. Et ainsi de suite. Le petit signe décide de tout.

En version originale, le titre de ce film est « Serendipity », qui signifie en anglais : « heureux hasard », destin. Les deux jeunes gens ne sont en rien responsables de ces signes qu’ils reçoivent : c’est le destin qui les réunit l’un à l’autre, qui les fait se rechercher ardemment.


Tristan et Iseut buvant le philtre du Destin.


Qu’est-ce donc que ce « heureux hasard », ces milliers de petits signes révélateurs ? La magie persuade, elle ne raisonne pas. Le Destin est plus évident que Dieu même : toutes les "coïncidences" témoignent en sa faveur ; le Destin marche seul : on ne doute même plus de son existence. Dans le mythe de Tristan et Iseut, le philtre d’amour (bu par erreur dans certaines versions) est un alibi idéal pour disculper les amants de leur amour adultère. Le philtre donne son absolution aux amants. Ceux-ci ne sont en rien responsables de mentir au Roi Marc, accessoirement époux d'Iseut. Traditionnellement, le philtre (instrument du Destin) est l’élément qui déclenche la passion amoureuse : une passion qui mène invariablement à la mort et à la destruction. Dans notre monde moderne, et a fortiori dans ce film, mieux vaut conserver le bon côté de la médaille, l’aspect heureux de la passion... On garde le destin, on jette loin de nous le malheur ! Le beurre, et l'argent du beurre: la passion, et le bonheur.

On ne dressera pas ici la liste des invraisemblances du film parce que, comme on dit, « c’est un film ». Ce qui nous intéresse en revanche, c’est la question suivante: sans ces signes du destin, Jonathan et Sara seraient-ils partis à la recherche l’un de l’autre ? sans recevoir la caution d’une instance magique supérieure, auraient-ils sacrifié leurs statuts de futurs mariés ? Le Destin intervient pour tout régulariser. Dans tous les petits signes, ne trouvons-nous pas confirmation de ce que nous cherchons ? si nous n’avions pas cherché ces signes, les aurions-nous seulement aperçus ? Car il faut bien le préciser, les deux jeunes gens, lors de leur première rencontre, ne cessent de semer volontairement les signes qui les réuniront, s'ils sont effectivement faits l'un pour l'autre. Ainsi, on veut bien aider le Destin, mais c'est le Destin qui en jugera en dernière instance, car l'Homme est un roseau trop fragile pour décider de sa propre vie, de ses propres choix sentimentaux.

En somme, pour que l’amour soit jugé véritable, il faut une instance supérieure, équivalente à Dieu. Comme l'amour n’est pas ici le fruit de la connaissance de l'autre, ni même d’un engagement, mais plutôt un véritable coup de foudre, il est nécessaire que le Destin donne son "coup de main", cautionnant ce qui serait, en toute autre circonstance, déraisonnable et éphémère. Peu importe si la personne élue est décevante, inadéquate –on ne la connaît pas après une seule soirée !- le Destin a parlé, c’est le signe que Sara pourra rester avec Jonathan toute la vie : rien n’est à remettre en question, exceptés les deux mariages qui étaient prévus, et qui devaient aussi lier deux personnes pour toute la vie. Et puis, avoir le Destin dans sa poche évite d'avoir à se poser la question: est-ce la bonne personne?

Cela dit, "Un amour à New York" est un bon film qui se laisse regarder !

18/03/08

Les Pyramides selon Roland Emmerich (Stargate, 10 000)

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Stargate (1994), la bande-annonce

Roland Emmerich est si étonné devant les merveilles que sont les Pyramides qu’il ne peut attribuer raisonnablement leur invention à des êtres humains : pour lui les dieux égyptiens incarnés par les Pharaons, sont tout simplement des extra-terrestres. On a droit à la même soupe depuis Stargate (1994), et on en soupe encore avec 10000 qui est sorti tout récemment (2008) . 10 000 fait pendant à Stargate : on a parfois la désagréable impression d’assister au même film: mêmes pyramides dans des temps reculés, mêmes faux dieux qui, dit-on, seraient venus des étoiles, même révérence mêlée d’effroi pour ces dieux, même esclavage, même soulèvement révolutionnaire, mêmes héros typiques: le vaillant héros flanqué du naïf et de la belle brunette. Ceci nous invite à explorer la signification profonde de cette ressemblance qui existe entre les deux films, même si, entre-temps, Roland Emmerich a réalisé Le Jour d'Après. Ce film est, par ailleurs, très représentatif de l'œuvre du cinéaste, car il relève simultanément de la "science-fiction"et d'un réalisme faisant écho aux analyses très sérieuses d'Al Gore sur l'environnement. Et c'est exactement cela dans Stargate et 10000: des considérations politiques contemporaines mâtinées à de la fiction "rocambolesque".



Sur une lointaine planète, la pyramide est aussi un vaisseau spatial (Stargate)


Oui, les films Stargate et 10000 partagent une mise en scène d'extra-terrestres terroristes se prenant pour des dieux. Heureusement, des êtres émancipés sont là pour soulever le peuple et leur imposer la véritable liberté, la liberté démocratique. Dès lors qu’il n’y a plus de dieux, les dieux se retrouvent dans le peuple (dans Stargate, les libérateurs sont les américains des temps modernes, dans 10 000 : les libérateurs sont des tribus préhistoriques métissées et nomades: on passe de l’impérialisme américain au communisme altermondialiste comme une lettre à la poste). Bref, au mépris de l’histoire la plus élémentaire -mais cela n'importe pas vraiment, c'est un film-, on impose l’homme préhistorique comme un être affranchi des préjugés et de la religion, rebelle aux superstitions; si cet homme est superstitieux ou religieux, c’est qu’il est esclave et guidé par la crainte stupide ; et s'il a la chance d'être un peu plus éclairé, il sera encore craintif, refusant de voir son village exterminé par un coup de gueule du méchant pharaon-dieu. Tout cela est extrêmement "moderne" et humanitaire, reconnaissons-le.



Dans 10 000, les hommes préhistoriques sont les ancêtres des rastaman affiliés à ATTAC;
dans Stargate , les libérateurs du peuple esclave sont américains et bien modernes:


Dans Stargate, le Pharaon extra-terrestre parasitait le corps d’un jeune homme depuis des milliers d’années. Ayant lamentablement échoué dans sa con-quête terrestre à maintenir le calme parmi son peuple, il prit la poudre d’escampette vers la galaxie d’Orion, amenant avec lui une foule d’esclaves illettrés chargés de travailler à sa plus grande gloire, en lui bâtissant des pyramides... jusqu’à ce que, quelques milliers d'années plus tard, des américains atterrissent pour sauver le monde englué, et re-fassent la Révolution ...


10 000: même révolte démocratique que dans Stargate


Dans 10 000, on retrouve, quoique plus brièvement, cette idée des « dieux qui viendraient des étoiles » (ou d'une Atlantide perdue, d'où ils seraient venus "en volant sur l'eau", c'est-à-dire en bateau) et qui maintiennent également le peuple dans l'ignorance. Les nomades-héros débarquent, fomentant une révolte (thème de la révolution spontanée et généreuse). Qu’est-ce qui définit mieux l’idéal de démocratie qu’un peuple innocent, se révoltant aussi unanimement qu’un troupeau de mammouths libérés? Et l'on peut aussi se demander: où réside-t-elle , cette liberté de sauvages qui n'ont jamais rien construit? Eh bien, ces sauvages sont libres parce qu'ils ne croient en rien, parce qu'ils dé-voilent le visage de leurs Dieux. Certes, ils ont bien raison car les dieux sont des usurpateurs. Mais on le sait pourtant : toutes les grandes civilisations du passé, et même les moins grandes, étaient profondément religieuses (à Rome,par exemple tout père de famille était le prêtre de sa religion domestique; toutes les lois relatives à la propriété étaient issues de la religion).

Plus sérieusement, l’intérêt des films de Roland Emmerich réside dans la croyance dans une origine surhumaine de cette brillante civilisation égyptienne, parce l’origine elle-même reste inexplicable, et inexpliquée.

Voyez l’égyptologie : les spécialistes s’arrachent les cheveux pour tenter de définir quand ont été construites les pyramides et le sphinx. L’histoire officielle nous dit que le Sphinx (et les pyramides) datent de 2520-2494 avant J-C (époque de Kephren). Or de récentes recherches le démentent formellement , au grand dam des égyptologues. Le sismologue Dobecki démontre que le Sphinx a été bâti entre 7000 et 5000 avant Jésus-Christ. Les recherches en géologie du calcaire sur le même site abondent en ce sens. Selon le géologue Robert Schoch, la présence de pyramides aux quatre coins de la terre ne saurait être une coïncidence ; ces pyramides dispersées indiquent au contraire la «marque frappante d’une proto-civilisation, de sa décadence et de sa dispersion » (sa thèse : ancêtres communs pour les peuples –égyptiens, mayas, aztèques, olmèques- ayant bâti des pyramides). Des astronomes tels que Robert Bauval avancent que l’emplacement géographique des Pyramides et du Sphinx coïncident historiquement avec la position des étoiles (ceinture d’Orion), aux environs de 10 000 ans avant Jésus-Christ, à peu près à l’époque de leur construction. On peut aussi se référer à l'astro-égyptologie (ou archéoastronomie), discipline universitaire, qui parvient aux mêmes conclusions. Tous ces scientifiques s’accordent : les Pyramides sont les vestiges d’une civilisation plus grande et plus vieille que ce qui est admis dans l'égyptologie officielle.


Stargate: Râ, le dieu extraterrestre

Stargate et 10000 ont bien subi l’influence de cette "égyptologie" un peu New Age: Roland Emmerich conserve l'idée de la constellation d'Orion originelle (pour lui, c'est même la patrie d'origine du Pharaon extra-terrestre), ainsi que les techniques pharaoniques dépassant de loin la bombe nucléaire : on est même allé jusqu’à réfuter Stargate par des ouvrages "savants", comme si Roland Emmerich avait soutenu ces thèses lui-même (et d'une certaine manière, il les soutient, au vu des réactions à ces thèses "extra-terrestres") !

Mais, au lieu de s’intéresser à ce qui eût pu être une «proto-civilisation» égyptienne issue d’une Atlantide quelconque, R. Emmerich s'est complu dans les thèmes de l’esclavage, de l'usurpation théocratique du pouvoir et de l’égalitarisme avant l’heure: ce qui donne au spectateur un troublant sentiment d'anachronisme, et ruine du même coup, toute "théorie" crédible au sujet des anciennes pyramides pour quiconque s'intéresse à ce sujet. Ruiner ainsi toute théorie qui serait en faveur des très vieilles pyramides, c’est fort dommage, car la période dans laquelle Emmerich situe son film (10 000 avant J.-C) est tout indiquée pour mettre en scène de brillantes civilisations florissantes, ou sur le point de mourir. En effet, sur le plan historique, il n’y a rien d'incohérent à ce que des tribus primitives de chasseurs aient été amenées à rencontrer des civilisations supérieurement développées comme celle des égyptiens. Il aurait été passionnant d'assister à un clash entre hommes "primitifs" de cultures complètement antagonistes, ou même de relater une émigration de cette Atlantide engloutie vers des lieux viables, etc. Mais non... c'est tellement mieux de faire dans les apologies altermondialistes et les "quotas".

A voir ces films cependant, on devine bien qu’une telle civilisation, contemporaine des hommes préhistoriques, n'a jamais manqué de fasciner, donnant lieu à toutes sortes de théories tout aussi envisageables les unes que les autres...

19/01/08

Death Sentence: La vengeance est un plat qui se mange très froid [spoilers]

Nick Hume


Nick Hume, riche, heureux avec sa femme et ses deux fils, voit sa vie basculer lorsque son fils aîné est tué dans le braquage d’une station service par un gang. Présent sur les lieux, Nick reconnaît ensuite le tueur. Son avocat lui dit qu’il fera tout son possible pour que cette "bête sauvage" en prenne pour 5 ans. 5 ans ? s’exclame Nick. C’est la prison à vie que je veux ! - Mais, comprenez-vous, lui rétorque l’avocat, le jeune fait partie d’un gang ; il tue pour être intégré au groupe... Et insensiblement l'avocat réduit la durée d'emprisonnement à un ou deux ans. Au jour J., Nick regarde le tueur avec colère, qui lui retourne un regard provocateur. Nick décide de dire au Juge qu’il ne reconnaît pas le meutrier, qu'il s'est trompé d'individu ; il était le seul témoin le soir du meurtre, il faisait nuit, il n’est plus sûr de rien. Non-lieu donc.



Il va le tuer lui-même.

On est ravi, au début, de voir cet homme désespéré décider de se venger. Quelque peu angoissé de commettre son premier meurtre, Nick le tue. Dès qu'il apprend la nouvelle, Billy, le grand frère du tueur et chef du gang, est décidé à faire la peau à ce gars en costard.

Nick manque évidemment se faire tuer dans la rue. Il rétorque, tabasse et se fait poursuivre par la horde dans une scène d’anthologie. On ne respire pas une seconde pendant ce quart d'heure haletant. Pour éviter lui-même la mort, Nick doit bien se défendre... Quel soulagement de voir une voiture enfermant un vil individu plonger depuis le haut d'un parking d'immeuble, pour atterrir, sous les yeux incrédules des racailles, cent mètres plus bas sur le bitume.

Les conséquences ne sont font pas attendre. Coup de fil de Billy à Nick (qui avait fortuitement balancé sa mallette près du parking) : Je vais tuer toute ta famille maintenant. Tu joues sur mon terrain, tu vas payer.


"Houuuuaaaaa! "

Pourquoi est-on heureux que la bataille s'amplifie, et que Nick l'accepte sans faiblir ? Je ne pense pas qu'on aime cette idée de vengeance, la violence n'a rien de rationnel ni d'esthétique. On est entrainé par elle, au même titre que Nick, persuadé de maîtriser ses pulsions alors qu'il est simplement possédé par la froide détermination de la vengeance..., mais il ne fera qu’imiter son adversaire jusqu'à l'extinction de sa famille. L'attrait de la violence n'est pas seulement bestial: les animaux ne se vengent pas et ne se font pas la guerre. Pire encore, l'assassinat de sa femme et de son second fils peut sembler n’être qu’un prétexte pour redoubler de violence. Par exemple: on notera que, dès lors que sa femme est morte et qu'il n'a plus à cacher quoi que ce soit à quiconque, Nick opère sur lui-même une modification impressionnante: oubliés la cravate, l'allure de cadre supérieur. Il revêt le blouson de son fils; il se rase le crâne. Comme s'il se révélait à lui-même. Une fois sa maison détruite par les bazookas, que lui reste-t-il donc à "protéger"? En ayant voulu faire justice lui-même à la mort de son fils, pouvait-il décemment croire qu’il « protègerait » sa famille, en sachant que la réponse à son acte serait immédiate ? Il y a une grande responsabilité dans le choix de déclencher, et pire, de poursuivre la guerre; évidemment Nick n'y pense pas, et nous, spectateurs, n'avons pas envie d'y penser, solidaires vengeurs que nous sommes.


Le gang des frappes

Et pourtant, on désire que Nick soit autonome dans ses décisions, car on désire tout autant cette violence enrobée dans la cause universelle du Justicier solitaire. La sympathie que nous ressentons pour lui vient de son côté "vieux schnock", qui n'a aucune chance face à une horde de hyènes plus puantes encore que Fogiel. Mais quand les meurtres s'échangent au ping-pong, on se dit qu'il est plus que temps d'arrêter. Nick lui-même le voudrait mais il ne le peut plus. C'est là qu'est le génie du réalisateur: il introduit une distance entre Nick et nous. Lorsqu'il prend la décision de liquider tout le gang, Nick accepte qu'il n'y a pas de possibilité de retour en arrière. Le flic l'avait prévenu : il n’y a plus moyen d’arrêter ce que vous avez déclenché. Vous croyez que parce que vous êtes riche, vous avez le droit de tuer ces gens? Encore possède-t-il une certaine aura, lorsque, de son costard vêtu, il se rend dans les bas quartiers avec son couteau pour venger son fils. On espère alors, selon l'illusion romantique, qu'il soit un héros différent des voyous.

Ici Nick s'est échappé de l'hôpital et s'est rasé le crâne pour ressembler à une frappe


L'avant-dernière scène achève de nous convaincre du contraire... âpre vérité! Après que Nick a tué tout le gang avec des armes de gros calibre - du genre de celles qui laissent un trou d'un mètre de diamètre dans le mur-, Nick et Billy se retrouvent gravement blessés, côte-à-côte sur un banc, incapables de faire le moindre geste. Seuls dans une église désaffectée. Un lieu propice au pardon, mais d’où l’Esprit s’est enfui pour les besoins de la cause vengeresse. Billy semble pleurer... A-t-il des regrets? Entre Billy et Nick s’ensuit un échange de regards dont on ne sait s’ils sont de haine ou de mutuelle admiration. Le jeune Billy est un modèle pour Nick, parce qu'il est jeune, qu'il a l'âge de son fils et qu'il tue sans émotion: c'est à ce point de détachement que Nick doit parvenir pour assouvir sa vengeance. Nick est également un modèle pour Billy car, sous ses dehors de vieux "schnock" qui ne connaît rien au milieu, il est invincible et plus déterminé qu'eux tous. Or, et là est l'âpre Vérité, Nick a une faille: après un temps de silence, Billy lui dit : «Non mais regarde ce que j’ai fait de toi. On dirait que t'es un des nôtres maintenant». Nick est devenu un voyou, non pas tant pour protéger sa famille ou pour se prouver qu’il en avait, que pour prouver qu’il en était. Impassible, Nick sort son arme : « T’es prêt? » demande-t-il à Billy. Il est vraiment des leurs, car, sans aucune pitié, il le tue.


"T'as vu ce que j'ai fait de toi?"

Le film aurait pu se terminer ici. Le "héros" condamné car incapable de pardonner. La boucle bouclée.

Mais une espèce d'happy-end vient gâter ce qu'il y avait d'appréciable dans le héros illustrant de façon sanguinolente la stérilité de la vengeance. Non! Il faut un message du type: vous avez bien eu affaire à un héros. Nick retourne donc chez lui, couvert de sang, mourant. Il allume la télé, passe un film où toute sa famille est réunie pour un anniversaire... Le flic arrive, impressionné de trouver Nick en vie, et lui annonce que son deuxième fils, grièvement blessé, a commencé à se remettre de ses blessures. Alors Nick émerge de sa torpeur, revenu à la vie comme par miracle; ses yeux brillent de joie. Par cet éclat dans ses yeux on nous dit que Nick a finalement obéi à sa volonté de sauver sa famille, qu'il a maîtrisé cette surenchère de violence, et que jamais il n'a cédé à l'imitation des petites frappes. En réalité, Nick s’est abaissé involontairement jusqu'à oublier sa famille... Son deuxième fils n'a plus de raison de vivre: il ne lui restera ni mère, ni frère et son père sera sans doute incarcéré (comble de l'ironie: on escomptait "un a deux ans" pour la frappe).


Néanmoins, ce film est très bien fait, il souligne notre penchant trop humain à appliquer le principe d'"oeil pour oeil, dent pour dent". Je me souviens que mon professeur d’anglais, au collège, nous disait, presque en se vantant : Si l’on tue mon enfant, je n’attends pas, je prends mon pistolet et je me charge du meurtrier"... Il y a un romantisme égoïste à faire justice soi-même. Une idée confuse mais présente en nous tous, que la Justice ne fait pas son travail. Dans le film, cinq ans pour un meurtre de ce genre est inadmissible. Le film s'appelle "Death sentence", ce qui signifie: Peine de mort. Justice tribale. Guerre des gangs : on pourrait être tenté d'interpréter "Death sentence" comme un plaidoyer contre la peine de mort puisque celle-ci s'apparente à la vengeance sordide. En outre, la déchéance finale du héros est éloquente. Drames familiaux: n'est-ce pas le cœur du problème? Tout le monde se bat pour son clan, pour sa famille, pour sa cause. Et puis, Nick est un gang à lui tout seul puisqu’il est venu à bout du gang. Et ce n'est pas flatteur pour lu.

Il ne faut pas désespérer des fins des films américains. Le dernier film de Sean Penn, Into the Wild, s’il ne se place pas dans la catégorie des films d’action, n’en est pas moins lumineux : en tous points, il s'oppose à Death Sentence. Il part de la même croyance que l'on ne peut compter que sur soi, mais parvient à une conclusion radicalement différente. Into the Wild: sans doute est-ce le meilleur film que j’aie vu depuis longtemps. Il est des films que l'on commente, il en est d’autres qu’on admire, sans voix!



> BONUS < :



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12/07/07

Hellboy ou le navet diabolique !


Hellboy, diablotin portant un chapelet à la main gauche


Hellboy, ou comment un film gentil se révèle être porteur d'une idéologie subversive.


A priori, tout va bien.


Hellboy est né en enfer, il est donc fils du Diable et partant, antichrist, mais ce n'est pas cela qui fait de lui un méchant. En naissant, il avait certes le faciès d'une gargouille, des cornes et une queue, je vous le concède, mais il a été adopté par un humain. N'est-il pas la preuve vivante que l'on n'est pas déterminé par son biotope? Ce sont ses « bons » choix, ses actes humanistes et ses « coucou tendresse » à sa fiancée, ses petites réparties qui témoignent de son humanité -humanité d'autant plus touchante qu'elle n'est pas innée, mais bel et bien acquise. Oui. Envers et contre le destin, envers et contre le papa diabolique.

Tout va bien madame la marquise, c'est un démon qui n'oublie pas qui il est, car il porte dévotement le chapelet que son père lui a légué.

Hellboy, le garçon de l'enfer, abat les méchants à coups de balles made in Vatican...

"Oh ! Que de spiritualité, quelle absence de préjugés contre la Religion catholique ! Les héros ne sont pas anticléricaux ! C'est merveilleux", se diront les coeurs purs.

Là où tout se corse, c'est lorsque l'on sombre dans le fantastique.... Les tueurs sadomasochistes, immortels (réincarnés) et diaboliques d'Hitler sont légion; le père adoptif d'Hellboy, spécialiste en occultisme les a confrontés lors de la guerre, et peut témoigner de leur authenticité. C'est le père adoptif d'Hellboy qui a prié le chapelet et qui l'a donné à Hellboy; la vue de ce chapelet aidera d'ailleurs Hellboy, lorsque viendra l'Apocalypse et qu'il devra faire le choix décisif... Et alors, il résistera au diable... il dira non au Destin, m*** au Diable et tout ira très bien.

Mais de qui se moque-t-on?

Dans cette histoire pathétique lue et approuvée par Le Monde, Libération et autres sommités journalistiques, on feint de donner à la religion une importance pour mieux la rabaisser au rang de niaiserie. Comment cela est-il orchestré ? Eh bien, de la manière la plus simple du monde: en mettant sur le même plan la religion et le fantastique. Ainsi, dans le monde propre de la fiction, pendant le temps que dure le film, nous pouvons tout aussi bien croire aux effets bénéfiques du chapelet qu'au monstre joliment nommé « Cerbère de la résurrection »... Ne nous inquiétons pas ! Le fait de croire à des fadaises, cela ne remet pas en cause notre intelligence ! Non, il ne s'agit que d'un film. Le visionnement terminé, nous mettons joyeusement dans le même sac toutes ces superstitions, d'autant plus pitoyables qu'elles ne sont pas ouvertement critiquées. Après tout, ne sont-elles pas présentées sous un jour favorable, puisque, pour une fois, on ne nous montre pas de sombres chevaliers de l'Opus Dei roulant pour l'Eglise? Ici les méchants sont vraiment diaboliques et les gentils vraiment chrétiens... Et le héros est un personnage de BD avec des cornes limées et le diable se réincarne en Raspoutine jusqu'à la fin des temps !


Un des amis, très réaliste, d'Hellboy


Hélas, ce film n'est pas unique en son genre. Il s'inscrit dans une tendance récente de navets hollywoodiens. Car ce qui s'applique à Hellboy vaut pour les délirants Constantine (Keanu Reeves et Rachel Weisz), la fin des temps (Schwarzie), Van Helsing, et L'Associé du Diable (Al Pacino, et Keanu Reeves), etc. Il s'agit d'oeuvres dont le message est bien plus pernicieux que les films ouvertement libre-penseurs, car on ne voit pas le Mal venir. Enfin, comme le rappellent un personnage de la Fin des Temps, le soit-disant infirme dans Usual Suspects, et le poète Baudelaire:

« La plus belle ruse du diable, c'est de faire croire qu'il n'existe pas ».

Et je vous le demande, qui irait croire à l'existence de l'Antichrist incarné par un si fantastique Hellboy?

11/01/07

Le film Shooting Dogs


« J’ai cru remarquer que ceux qui jusqu’à présent ont mis le prêtre en action, en ont fait un scélérat fanatique, ou une espèce de philosophe. Le père Aubry n’est rien de tout cela. C’est un simple chrétien qui parle sans rougir de la croix, du sang de son divin maître, de la chair corrompue, etc. En un mot, c’est le prêtre tel qu’il est. Je sais qu’il est difficile de peindre un pareil caractère aux yeux de certaines gens, sans toucher au ridicule. Si je n’attendris pas, je ferai rire : on en jugera. »

Chateaubriand, Préface de la première édition d’Atala, 1801.


Vu Shooting Dogs récemment.

Shooting Dogs est un film sur le génocide rwandais inspiré de faits et de « personnages » réels. Ce film a pu être réalisé grâce aux survivants du massacre de l'école dans laquelle s’étaient réfugiés plus de deux mille rwandais tutsi (avant d'être massacrés). On mesure, dès le début du film, son contenu politique... Parmi les européens présents: un professeur idéaliste, un prêtre à qui il ne reste plus que l'espérance, et des membres de l'ONU chargés de « surveiller la paix entre les hutti et les tutsi ».

Je le reconnais, il est remarquable que le personnage du prêtre, pour une fois, ne soit pas nanti d'un vice caché, d'une conduite inexcusable. Il n’est pas non plus présenté comme un héros (du moins pas tout de suite), et le film s’attache surtout à montrer, tout au long de l’intrigue, les dilemmes moraux des deux personnages principaux. Rien à voir ici avec ce que l’on a l’habitude de voir, que ce soit dans les films ou dans la littérature, concernant les gens d’Eglise. Et pourquoi ce prêtre n'est-il pas présenté comme une canaille, me suis-je demandé? Mais en grande partie parce que ce film n'est pas une fiction ! La fiction moralisatrice (héritée d’une tradition déplorée par Chateaubriand en exergue) ne pourrait, de son immanquable fatuité, corriger cette vérité-ci. Nulle fiction correctement engagée ne pourrait « restaurer » la valeur d'une conduite exemplaire et encore moins la cruauté infligée à tout un peuple, laquelle cruauté est une vérité que la fiction médiatique, par exemple, nous a cachée. Les médias ont tant de pouvoir, un pouvoir si nocif, que les appels au meurtre se faisaient par radio avant et pendant les massacres au Rwanda. Ceci nous est rappelé (devrais-je dire « appris » ?). 800 000 « tutsi » furent massacrés : ils n'étaient même pas, aux yeux d'une partie de leurs compatriotes, des rwandais. Cela suffisait à les assassiner à coups de machettes. Là où est la foule il n'y a plus d'homme sans doute. Mais le prêtre a raison de nous rappeler que Dieu aime jusqu’à l'homme au coin de la rue avec sa machette. D’où ceci : ce n’est pas un film qui laisse la « haine » au fond de soi, il n’appelle pas à la vengeance, il montre le vide de l’homme sans Dieu, sans foi, et les conséquences de ce vide-là. Mais après tout , même sans Dieu, on sait bien que personne ne risque rien puisque chacun est retenu par son intérêt et que pour beaucoup d'entre nous, l'intérêt est le ciment de la société...On ne risque donc rien.

18/11/06

Le diable Prada


Voici mes impressions sur un film grandiose sur la mode. N’ayant pas lu le livre, je ne risquais pas d’être déçue.

L’héroïne est une jeune fille gentille, intelligente (vilaine, brune, pas blonde), seulement elle préfère le monde réel, le journalisme, à son intelligence. Au début, on ne comprend pas pourquoi elle est recrutée par le service des ressources humaines du prestigieux magasine Runway… ni pourquoi elle accepte de rester au milieu de toutes ces filles bien habillées, ces filles superficielles, elle qui a été admise à Stanford et qui porte un horrible pull synthétique. Et l'on se demande aussi pourquoi elle accepte sans broncher les sacs et les manteaux de fourrure que sa patronne lui jette au visage chaque matin... Mais pourquoi diable ne claque-t-elle pas la porte? Quelle idiote, me direz-vous! ...

Malgré tout cela, on a envie que la petite héroïne s'en sorte et montre de quoi elle est capable! ... Alors voilà! Lisez le portrait qui suit, vous allez comprendre à quoi servent tant de mortifications. La directrice de rédaction du prestigieux, sublime journal de mode Runway (il s'agit en fait d'une institution qui déciderait, semble-t-il, du cours du monde entier) Meryl Streep, alias Miranda, est dépeinte comme une déesse (toute puissante ! déesse, païenne, évidemment; avatar du diable, naturellement). Comme une tigresse (méchante ! ses assistantes qui franchissent le seuil du «un an » sans se faire licencier sont munies du viatique leur permettant d’accéder à toutes les super carrières). Comme une fashion-bourreau (oh! c’est Miranda qui forge la mode, c'est elle qui le dit, les yeux injectés d’Innoxa toisant la pauvre héroïne qui se repentira d’avoir été insolente et qui deviendra victime, fashion-victime). Miranda est un défi ; Miranda-dragon révèlera notre héroïne à elle-même après l’épreuve.

Du mal sort toujours un bien. Sacrifiée sur l’autel « de la mode et de la superficialité », du culte des apparences, l'héroïne! Pour la bonne cause! Elle est consciencieuse, aime travailler ergo elle aime son boulot. "Nature", pas superficielle pour un sou, elle suit l'ordre des choses en devenant addict à la mode, à sa patronne diabolique, accro à devenir infecte au point de délaisser ses petits choux d’amis, abjecte au point d’oublier l’anniversaire de son copain (quelle honte!), infâme au point de s’habiller en Prada, innommable jusqu'à piquer la place de sa collègue parce que sa patronne l'exige. Mais, Dieu merci!, c’est un film bien et non pas une bleuette superficielle. L’héroïne ne pouvait continuer de vivre parmi ces insectes grouillants sans se transformer elle-même en bousier luisant... Tant d'horreurs capitalistes! Pure, elle restera. Elle a peut-être profité du fric qu’on lui a donné, du voyage à Paris où elle a pu se libérer romantiquement, porté les vêtements et les sous-tifs les plus chers du monde, des cadeaux à 5000 dollars pièce. Elle reste pure, il lui suffit de jeter son portable dans une fontaine de Paris (very romantic place), de faire la nique à sa patronne laquelle, devenant victime à son tour du charme de l’héroïne, ne peut s’empêcher de sourire en pensant à cette petite dévergondée subversive qui a osé dire NON, après avoir dit OUI. Il faut bien goûter aux joies du monde pour cracher dessus. C'est un ascétisme distingué. Ainsi il est écrit dans Marx qu'il n'est nul besoin d'attaquer le capitalisme puisqu'il court tout seul à sa perte et qu'il se détruit de lui-même. Profitons mes amis, profitons. Le capitalisme c'est écrit doit servir à quelque chose pour le grand millénarisme (millésime, ha, ha, ha) qui vous attend! Vive le fric!


25/08/06

Usure de la critique journalistique [Spoilers]

Affiche du film: Lady in the Water

Consternée par la bêtise répétitive de critiques soi-disant professionnels semblant n'être payés que pour regarder une bande-annonce, il m'a semblé être de mon devoir de commenter cet article découpé dans un torchon fameux, et dont le lien est ici. En outre, suite à la descente médiatique planifiée de ce film et à ma propre admiration des œuvres de Shyamalan, je sens de mon devoir de piquer un fard.

Le papier en question est de la plume de Philippe Azoury, une critique du dernier film de Shyamalan Lady in the Water, critique dégouttante de mauvaise foi et représentative, j'espère bien le montrer, de la médiocrité d'une intelligentsia qui ne vit que de se regarder dans le miroir.

Le visionnement du film permet de comprendre, voire de compatir à ces aberrations journalistiques. Le journaliste Philippe Azoury tient le rôle qu’on lui assigne et tombe dans le piège que Shyamalan lui tend, à lui et ses congénères (car, s'étant tous ligués contre le film à cause du portrait d'un critique de cinéma, ils rejouent le rôle d'une caste une fois honnie mais plus noble qu'eux). Résumons les causes du conflit: critiquant un critique cinématographique, le réalisateur ne pouvait s'attirer que... la critique. N'est-ce pas voulu de la part de Shyamalan (pervers!) ?

P. Azoury, persuadé, à l’image du critique du film, que tout ce qu’il sait et croit savoir sur le monde du cinéma sera tel qu’il le dira, que peut-il faire d’autre que retomber sur ses pattes et déplorer, à l’instar de ses congénères, le manque d’originalité des œuvres contemporaines ?... Cette critique est, comme tant d’autres, attendue... comme si elle était programmée, par deux évènements interplanétaires: Shyamalan sort un nouveau film et Shymalan critique les journalistes de cinéma.

Il ressort de toute cette réflexion une grande tristesse du critique. Il n'est pas de plus grande méchanceté que dire à quelqu'un qu'il est triste, n'est-ce pas?

Shyamalan et l'acteur P. Giamatti

Pour nous parler du film, P. Azoury commence, avec une fausse bienveillance, à nous parler de "l'année difficile" de Shyamalan. Le journaliste aime jouer des doubles allusions. Shyamalan est qualifié, pour ouvrir l'article, d’ « Ex-petit Jésus d'Hollywood » et, plus loin, de « cinéaste messianique ». Favorisé, il aurait donc été chéri des dieux tout puissants incarnés par Disney, généreux mécène indifférent à la nullité de son artiste. Mais le revers de cet attribut "Petit Jésus" fait bénéficier Shyamalan d’une aura douteuse, puisqu'il est en opposition idéologique avec le journal duquel le journaliste est à la solde (LIBé!). Ce côté messianique, quant à lui, ne saurait s’appliquer intégralement à Shyamalan, car ce dernier a le toupet de dénoncer le journaliste et les siens, eux, dont la mission est d’être les messies de l’information.

Le journaliste accuse ensuite Shyamalan d’un tort plus grave : « Ne décolérant plus [il] a dénoncé dans un livre ses différents [sic] avec la compagnie aux oreilles décollées ». On est censé comprendre qu’il s’agit de Disney, et l’esprit du lecteur doit constater la perfide allusion de cet esprit retors. Or, si cette attaque reste implicite, c’est que Shyamalan n’a jamais émis de critiques de ce genre, et que c’est bien l’amalgame (chrétien donc antisémite) qui fait dire à ce garçon de telles inepties.

Après ce portrait caricatural, il passe à la critique (supposée) construite du film, peu élaborée, peu justifiée, on va le voir. Des considérations sur la campagne promotionnelle et les succès de Shyamalan du film sont les critères retenus par le cinéphile pour inciter ses lecteurs à bouder les séances. «On peut s’amuser de l’embarras visible d’une campagne promo essayant de tirer l’affaire vers la dérision ». Comment peut-il feindre avec mauvaise foi être un spectateur naïf, exempt de toute considération à ce sujet ? C’est une erreur déontologique de la part du critique cinématographique qui, de prétendu neuneu, se mue soudainement en parangon du connaisseur littéraire quelques lignes plus bas: il reproche à ce film des « signes évidents d’usure narrative». De culture, il ne manque certes pas :

« [Ceux qui n’aiment pas Shyamalan] qui, depuis Incassable ou le Village, soupçonnaient quoi qu'il en soit Shyamalan d'être juste capable de filmer des blagues Carambar avec le sérieux existentiel du Bergman du Septième Sceau n'auront plus aucun doute ».


Le critique englobe toute sa caste agonisant sous le fléau de la pénurie intellectuelle avec le « Ceux » : ceux, eux, les élus, l’élite qui a Vu, de ses yeux Vu, de quel sinistre personnage il s’agissait, de quelle honteuse idéologie Shyamalan était porteur. La culture devient accessoire au profit de la Dénonciation du Comité de salut public & de la propagande idéologique. Bien malgré elle, cette insulte reconnaît une cohérence à l’œuvre de M. Knight. La culture de P. Azory ne s’arrête pas là. Peut-être en a-t-il trop, peut-être en a-t-il tant qu'il perd le fil du réel? A l'aide de sa référence philosophique, il érige celle-ci en condition sine qua non de tout chef-d’œuvre, accusant à plusieurs reprises Shyamalan de procéder par « rétrécissement ». Il serait naturel, suivant sa logique, que l’on exige du cinéma de comporter les dialogues de Rohmer et le suspens d’Hitchcock... Il est certain que l'on va au cinéma parce qu'on a égaré nos livres de philosophie et que l'on veut les retrouver à l'écran.

Shyamalan

Pour mieux ridiculiser Shyamalan, Azoury décide ensuite de déconsidérer les « fan » classiques de ses films (car il y en a, en nombre égal sinon supérieur aux gens qui les « haïssent »). Il décide de les peindre, galamment, en attardés profonds. Tout comme le critique fictif du film qui meurt pour avoir préjugé des intentions d’autrui, Azoury arrive, avec une prescience divinatoire, à prévoir que les fans de Shyamalan vont s’ennuyer face à la toile et que, dans leur bêtise naturelle, ils appliqueront au symbolisme du film l'interprétation que la classe médiatique a elle-même appliqué au « Village ». Je cite : "Par fidélité, [les fans] verront dans ce dégorgement de symbolisme le premier film sur les inondations en Louisiane". Cette fureur vient sans doute de ce que la scène où le critique prévoit la façon "cinématographique" dont il va mourir est une des scènes les plus drôles du film. Un critique tellement engoncé dans ses références qu'il ne voit plus le réel, qu'il en meurt.

Mais ce qui est à retenir, à travers l’attaque des spectateurs, ce n’est pas tant le manque supposé de capacités intellectuelles de ces derniers, qu’un indice des facultés imaginatives déficientes du critique.

Pour conclure sur ce brillant tissu de prose (on doit reconnaître ce talent à l'auteur), je dirais que ses mérites consistent principalement à : savoir jouer avec l’allusion ambiguë, la calomnie, au nom, non d'un idéal commun, mais d'un tort implicite, caché, honteux. Donnez-moi quelqu'un à haïr, je vous aimerai. Shyamalan croit en Dieu. Certes, on a bien le droit de trouver les films de Shyamalan puants, nuls, lents, la liste est longue... Mais filmer avec talent et émotion les valeurs de l'entraide et de la foi, c'est être passible du boycott journalistique. A défaut d'être efficace et fondée, ce genre d'attaques finit par tourner à l'attaque personnelle. La croyance personnelle du cinéaste tourne ainsi à la psychose: "plus parano que jamais".

Voilà ce que le film et ce critique montrent bien: sans imagination, pas de création et pas d’espoir! penser que tous les hommes se valent, que tous les films se valent ou doivent se valoir, n’est-ce pas se dénoncer soi-même comme ignare ? Philippe Azoury en est un, et un grand dans sa catégorie.



30/06/06

Les vicelards de l'été



Pour le film "Le Passager de l'Eté", La salle est remplie de vieillards, parce que c’est « la fille à Gabin» qui a réalisé le film. Heureusement qu’ils sont là, ces humbles vieillards, égayant la séance à laquelle je suis (presque) forcée d’assister: c’est la « fête du cinéma ». Ils ponctuent le film de réflexions amusantes, donnant au film une saveur qu’il n’a pas. « Ah », « eh bah dites donc », exprimant, de fait, tout ce que le film a de vulgaire (au lieu de l'intention première :« subversif »).

Le film se veut un long poème (quasiment pas de dialogue) dédié à l’érotisme paillard et franchouillard, valorisant la figure nationale et mythique du jeune homme faisant son éducation chez les femmes (qui elles, ne tireront aucune leçon de son passage chez elles), et mieux encore, chez la mère et la fille à la fois (d'une pierre deux coups). Réunissant en lui les stéréotypes de l’Age d’or à la française : la campagne sans tracteur, les paysans travailleurs, les femmes belles et fortes à la fois, les parties de jambes dans l’herbe..., ce film a pour atout le paysage idyllique, et pour défaut majeur l’intrigue vraiment merdique. La substantifique moelle de ce film, est une ode à l'amour de la nature, à l'amour nature(l), avec, pour la touche pathétique, l'ultime diatribe de la femme âgée pérorant que son ex-amant n'est qu'un cul-terreux, etc., ... ce qui a pour effet, tout de même , de rendre l'amour que celui-ci éprouve pour la fille, pur et sublime... et de rendre l'amour de la vieille un peu pathétique, quand même. La morale, quant à elle, revient aux péquenots qui disparaissent avec l'arrivée du tracteur, elle est ridiculisée dans la diatribe de Catherine Frot qui confond celle-ci avec la jalousie. J'allais oublier de préciser qu'il n'y a pas une once de psychologie des personnages dans ce film : peut-être, dans un exercice poétique, a t-on voulu suggérer, et non pas imposer. En somme, c’est toujours le même plat qu’on nous sert. Est-ce là le renouveau du cinéma français? ...

Vive les éditions en DVD des films des années 50 et 60.

27/05/06

Closer to Girard

Closer, entre adultes consentants sans être un film extraordinaire, me semble illustrer à la perfection la théorie girardienne de la triangulation du désir selon laquelle on ne désire un objet qu'en fonction du fait que celui-ci soit déjà désiré par une tierce personne, laquelle est nommée "médiateur interne". Il est également préférable que cet objet du désir vous résiste : semble au-dessus de vous, digne d'être aimé, enfin vous méprise.

Mais le véritable conflit se situe le plus souvent entre le sujet qui désire et le « modèle » même qui lui a indiqué le désir. L'ambivalence du modèle tient à sa double nature: divine, dans possession de qualités enviables, et humaine: puisqu'il n'est pas Dieu, ce modèle devient un rival. Je rappelle aussi que selon l'anthropologue René Girard, la violence entrainée par ce désir mimétique (on désire ce que désire l'autre, mais la confrontation du désir se solde par la haine du modèle ou médiateur interne*) ne peut se résoudre que par l'extermination d'une victime arbitraire. Et c'est ce bouc émissaire qui permet, temporairement, à la communauté, de se "calmer". Ce même bouc devient sacré après sa « mort » : c'est le principe des religions primitives qui naissent d'un meurtre d'une personne coupable, et qu'après sa mort, elles déifient. Ainsi, venons-en maintenant à nos agneaux du film Closer.


Dan, l'écrivain manipulateur campé par Jude Law, est amoureux d'Anna (Julia Roberts), qui lui résiste. Par contre, il ne parvient jamais à aimer la belle Alice, strip-teaseuse (Nathalie Portman), même si leur rencontre ouvre le film sur une musique triomphante. Et pourquoi ne l'aime t-il pas? Il l'avoue lui-même... C'est parce que celle-ci l'aime et qu'elle ne correspond plus à cette première image qu'il a eu d'elle, et que nous avons, spectateurs, eu d'elle au premier plan: une femme superbe, désirable, bref, inaccessible. Dans leur relation de couple, elle l'aime et le montre. Elle ne se suffit plus à elle-même, elle contraste trop avec ce qui a fait naître l'amour chez Dan : elle n'est plus l'idole à admirer, et elle a choisi Dan comme idole. Ceci ne plaît pas à Dan, car il sait lui-même être tout sauf un Dieu.

Quand Alice demande à Dan pourquoi il aime Anna, et non pas elle-même, Dan lui répond: "Parce qu'elle n'a pas besoin de moi". Le baiser du début entre Dan et Anna s'envole, pour mieux retomber dans le système de Girard avec une grande ironie... La manipulation que certains personnages rêvent d'exercer (Dan chattant pour se venger d'Anna qui ne veut pas de lui) se retourne contre eux, car la véritable manipulation c'est la ficelle qui tire les marionnettes au nom du désir mimétique.

Larry et Dan, les deux rivaux qui s'admirent l'un l'autre, à renfort de "bastard", de colères réitérées, et de violence sur femmes interposées, finissent par se rencontrer dans une scène du film. Larry a bien réussi sa vie, il est médecin, cynique, c'est, en outre un obsédé. Mais il a "réussi": il est le modèle de Dan. Tous deux sont rivaux, et illustrent cette violence du désir mimétique, restée irrésolue par l'impossibilité avouée, de pardonner (Larry) à son rival (Dan), et par le triomphe du rival le plus rusé (Larry). Il faut donc que quelqu'un meure, puisqu'ils ne se tueront pas l'un l'autre.

Dans une des dernières scènes, nous revoyons cette même strip-teaseuse Alice, américaine, débarquant parmi les anglo-saxons, et choisissant ses prénom et nom sur les plaques commémoratives en honneur des gens morts pour sauver la vie des gens. Et ce que l'on comprend alors, c'est qu'Alice a été nécessaire à la survie de la communauté formée par Larry, Dan, Anna, qu'elle a été, en somme, leur agneau: bouc émissaire. L'ange (citée plusieurs fois comme telle par Dan, Larry), la martyre (tout le monde l'"utilise": par Dan, par Larry pour se venger d'Anna)... Mais la plus forte, n'est-ce pas elle? Elle pressent la vérité, dès le début, puisqu'elle se choisit ce nom. Or, si elle a choisi ce nom c'est, qu'à l'instar d'un lecteur de Girard, elle connaissait ce mécanisme du désir et de la violence mimétiques. Elle est sacrifiée pour les autres. Elle a assumé cette part de l'humain cruelle (tant sadique que masoschiste). Mais la connaissance de ce mécanisme la rend-elle meilleure? Ne risque-t-elle pas de retomber dans le travers de la vengeance sur les hommes (comme le laisse à penser la toute dernière scène où, rayonnante, elle subjugue tous les hommes, or c'est la même scène que celle qui ouvre le film...)? Comme nous le rappelle Girard en effet, la connaissance du mal ne suffit pas pour y échapper.

La raison première de ma modeste recommandation de René Girard, c'est que trop peu de monde en parle, aux yeux des critiques français, c'est un méchant vieillard qui a dénaturé sa vocation d'intellectuel en s'exilant et en faisant carrière aux Etats-Unis, c'est un faux scientique qui s'avoue chrétien, et pis même, catholique. Bref, il n'a pas bonne presse et ce, malgré sa nomination récente à l'Académie Française, son statut de professeur émérite à Stanford, et ses ouvrages géniaux.


Enfin, si je parle de Closer ce n'est pas parce qu'il est "génial", mais parce qu'il illustre en tous points, à mes yeux, le système dont je vous ai entretenu brièvement. C'est à croire que le scénariste du film l'a lu (mais je pense que s'il l'avait lu ou s'en était inspiré, il eût pu faire quelque chose de mieux -ou moins bien). A propos d'influence de René Girard, citons Milan Kundera qui, dans son essai brillant de l'année dernière (mai 2005), le Rideau, utilise la théorie girardienne (je pense à son concept de l'âge lyrique, de la "conversion" propre au roman, etc.) avec le toupet monstrueux de ne pas citer son "devancier" une seule fois! Mais ne nous y trompons pas. La preuve que Kundera a lu Girard et l'admire (participe t-il de ce triangle mimétique qui consiste à refuser d'avouer son admiration secrète pour son modèle?) est donnée par le romancier lui-même, dans Testaments trahis, où il le mentionne en note de bas de page:

"Mensonge Romantique et Vérité Romanesque de René Girard est le meilleur livre que j'ai jamais lu sur l'art du roman"...

Je pense, qu'à l'instar de Girard, Closer dérange parce qu'il éclaire d'un jour clair et cru, le bien-fondé de nos amours, de nos modèles et de nos haines.

Voici des liens pour découvrir la pensée de ce grand homme qu'est René Girard.



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* on peut résumer grossièrement en disant que: ce n'est pas l'avoir qui est le désir, mais l'être (d'où la lutte avec modèle/médiateur interne).


13/05/06

La ville du péché


Sin City est violent, c’est un fait. Mais il est idéaliste. La femme idéalisée en tant que p*** est montrée comme victime de la violence et de la bêtise masculine mais elle est bien capable d’être méchante et bête, elle aussi, comme par exemple cette gourde qui vend toutes ses amies pour se retrouver elle-même à la merci d’un psychopathe. La scène qui clôt la fin du film est drôle parce qu’elle empêche de tomber dans le schéma femme victime/gentille et homme bourreau/méchant; la scène de clôture donc évite d’irriter les hommes se sentant obligés de penser du « bien » de la pauvre Femme.

Il n’y a rien à redire sur l’esthétique du film qui fait très bien passer la pilule de la violence au point que les censeurs éberlués sans doute, par la beauté visuelle, se sont dit, comme il y a deux cent ans (je renvoie pour les amateurs d’histoire, à Victor Cousin) : « ah! laissons la morale de côté ça n’a rien à voir avec l’art ». Donc pas de censure. Ceci dit, je ne pense pas que la morale du film soit inexistante. Elle vous prévient de la brutalité de l’Homme de façon générale, surtout lorsque l’homme est un psychopathe et qu’il obéit aveuglement à la Religion (on n’a pas encore écrasé l’infâme!). Le mal n’est pas inhérent à l’homme, il vient de l’institution (les flics sont pourris, sauf Hartagan), de l’Eglise (le psychopathe campé par Elijah Wood a été recueilli et engagé charitablement par le cardinal). Marv qui aime bien torturer les gens est philosophe et capable d’aimer une femme (Goldie). Comme s'il y avait du mérite à aimer les gens, sexuellement parlant. Bien sûr, without sin, there’s no justice, mais qu’est ce que la justice ? Il reste à la définir.

En résumé, à mon avis c’est un très beau film: visuellement révolutionnaire mais, en ce qu'il participe de l'idéologie anti-chrétienne à fond les ballons (parce que c'est toujours plus facile de taper sur le crâne des vieilles institutions qui ne veulent pas mourir), il ne brasse que du vent, même si le vent souffle très fort. En fait dans le fond, c'est exactement le même genre de film que Seven! or, sans inversion des valeurs pas de provoc', et sans provoc' pas de succès gigantesque. Ce que ce film fait de mieux c'est qu'il lie le fond à la forme!

07/05/06

Scarface : l'art de jeter ses fautes à la face des autres lascars


Un dérivé de films de gangster des années 50, version toxico en 83. De la même façon que Tony Montana a pris fictivement exemple sur Boggart, Tony Montana servira de modèle réel, et sert toujours de modèle, à une cetaine catégorie de jeunes. L'irrésistible ascension du caïd, bien que se terminant de façon tragique (pour lui) se calque sur l'idéologie selon laquelle ce n'est pas la faute des meurtriers s'ils tuent. D'une certaine manière, il est vrai que ce n'est de la faute de personne puisque Tony invite ses disciples à l'imiter, en avouant lui même qu'il doit son attitude et sa façon de parler, insolentes, à un autre que lui, à Humphrey Boggart, aux films hollywoodiens: il ne pouvait pas résister au "rêve américain," en tant que portoricain vivant sous le régime castriste.
Une fois que Tony parvient selon ses propres termes, à enlever ses mains de la m**** parce qu'elles "sont faites pour l'or", c.à.d. à se défaire de son job de cuistot pour celui de dealer, après moultes altercations et réglements de comptes avec un boss gênant (ah ! la scène où il trucide Frank sur fond de musique de film d'horreur...et où il a ce mot, terrible "je suis parano"!!), après tout cela, il parvient au sommet, au "power", lui qui ne veut rien moins que le monde. Le sommet pour lui c'est l'argent. Une fois qu'il a le pouvoir il dégote la femme de ses rêves (la belle Pfeiffer), qui est accessoirement la f