04/11/2008

Quantum of Solace et la théorie du complot [SPOILERS!]


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Synopsis

Même s'il lutte pour ne pas faire de sa dernière mission une affaire personnelle, James Bond est décidé à traquer ceux qui ont forcé Vesper à le trahir. En interrogeant Mr White, 007 et M apprennent que l'organisation à laquelle il appartient est bien plus complexe et dangereuse que tout ce qu'ils avaient imaginé...

Bond croise alors la route de la belle et pugnace Camille, qui cherche à se venger elle aussi. Elle le conduit sur la piste de Dominic Greene, un homme d'affaires impitoyable et un des piliers de la mystérieuse organisation. Au cours d'une mission qui l'entraîne en Autriche, en Italie et en Amérique du Sud, Bond découvre que Greene manoeuvre pour prendre le contrôle de l'une des ressources naturelles les plus importantes au monde en utilisant la puissance de l'organisation et en manipulant la CIA et le gouvernement britannique...

Pris dans un labyrinthe de traîtrises et de meurtres, alors qu'il s'approche du vrai responsable de la trahison de Vesper, 007 doit absolument garder de l'avance sur la CIA, les terroristes et même sur M, afin de déjouer le sinistre plan de Greene et stopper l'organisation...

James pas content du tout!


Si le dernier James Bond (Quantum of solace) ne s’inscrit pas dans la lignée classique des James Bond, ne présentant plus de secrétaire attardée, ni de scènes de sexe inutiles, on doit reconnaître que c’est un excellent film d’espionnage doublé d’un film à l’intrigue percutante. Après l’introduction tonitruante, l'une des scènes du film se déroule à Sienne, en plein Palio (la fameuse course de chevaux opposant les différents quartiers). On pourrait déplorer le fait que le film ne montre pas davantage les endroits magnifiques d’une des plus belles villes de Toscane... Ce regret s’efface devant l’efficacité de l’espion de Sa Majesté : rien n’est laissé au hasard de la part du Rosbif, tous ses gestes sont calculés, un peu comme dans la Mort dans la peau (avec Matt Damon). Dans la chronologie fictive de la saga, James Bond en est encore à ses débuts (Quantum of Solace est la suite de Casino Royale, qui montrait les tout premiers pas de l’espion) ; il n’a pas appris par cœur les formules « milk-shake à la cuillère », ni « mon nom est Bond , James Bond » ; il ne sait que boire comme un trou quand il a soif. Disons qu’il est trop jeune pour être élégant dans le vice, et qu’il doit apprendre à maîtriser son instinct de tueur. Il a effectivement cette fâcheuse tendance à se servir de sa gâchette. Bref, James n’est encore qu’une frappe mal dégrossie en costard.



James n'a de beau que le bleu de ses yeux


Laissez-moi vous dire deux mots de l’histoire, dénigrée par presque toutes les critiques de presse et que, pour ma part, j’ai jugée très intéressante. Laissons un peu de côté l'intrigue autour de la vengeance, liée à Casino Royale , et attachons-nous à un aspect du film: les méchants. James se trouve confronté à une sombre histoire de multinationale dont l'un des chefs se nomme Dominic Green (lié à M. White, dont James veut se venger de la mort de Vesper), homme d'affaire qui marchande avec les gouvernements et envisage de contrôler le monde. Certes, les sociétés secrètes ne sont pas nouvelles dans la saga James Bond... Dominic Green et associés forment une société dont les membres se recrutent parmi les hauts membres de gouvernement , ceux qui ont le plus de pouvoir et d'influence (conseiller du premier ministre par exemple) ; ils se rengorgent d’«avoir des hommes absolument partout», d’être invisibles et invincibles : un seul mot de leur part dicte n’importe quel ordre à la police. M., la patronne de James, le fait remarquer : ils sont invisibles; donc on n’a pas la moindre preuve légale contre eux. Ce manque de preuve et ces millions d'indices constituent l’éternel problème des théories du complot, mais pour cette fois, c’est James Bond qui endosse le rôle du parano persuadé qu'il y a bel et bien quelque chose, et qui va trouver une solution au problème...

Voilà comment les méchants opèrent : dans un premier temps, ces messieurs de la «mystérieuse organisation » achètent des terres à des pays (comme la Bolivie) pour mieux les assécher et les priver de leurs ressources naturelles. Leur action consiste ensuite à «aider» des pays, c’est-à-dire à renverser le gouvernement, et, en échange, à obtenir un terrain qui ne présente aucun intérêt aux yeux du nouveau dictateur. Ce dernier terrain dévie les cours d'eaux pour les stocker dans des barrages (eux aussi souterrains). Une fois le gouvernement renversé et l'eau disparue, D. Green oblige le nouveau gouvernement à payer deux fois plus cher le prix de l'eau. Et entre-temps, les gens ont crevé comme des chiens. Mais pour que cette réussite financière soit complète, Dominic Green et Cie ont au préalable défriché les forêts des premiers terrains achetés, et en ont surexploité les ressources naturelles. Il ne reste plus rien à prendre. Dominic Green s'intéresse ensuite à tout pays présentant un potentiel: des pays avec les mêmes révolutions, engendrées par les mêmes causes. Succès garantis!


Dominic Green, nazi-communiste-capitaliste et écologiste: adorable Vert de terres.

Le plus tordant dans l’histoire, c’est lorsque, dans ses basses œuvres, ce même Dominic Green prononce officiellement un discours à l’on ne sait quel gala de charité, dénonçant la terre en danger et le réchauffement climatique, pleurant les forêts dévastées, prêchant l’instauration immédiate de mesures contre le désastre. Il propose la solution au désastre écologique qu’il a lui-même opérée, le comble. Son entreprise va sauver le pays. Mais n'est-ce pas là la devise ordo ab chao (l'ordre naît du désordre) ? N'est-ce pas la tactique si chère à certaine stratégie américaine qui consiste à inventer des problèmes pour mieux mettre en place leurs (coûteuses) solutions?... Dominic Green se drape du manteau vert-ueux de l’écologie dont il porte le nom symbolique.

Le film d'Al Gore, a été acclamé par l'ONU...Dans la réalité aussi, les puissants n’ont pas peur de prendre les gens pour des c***

L’obsession de D. Green à ne pas se faire repérer, pousse le vice jusqu’à faire assassiner un des gardes du corps d’un politicien véreux : Green ne veut pas être reconnu : « Est-il à nous, celui-là? demande-t-il à ses "gorilles". Non? alors tuez le. Je ne veux pas qu'il voie mon visage»... Portrait d’une organisation aux membres disséminés dans un spectacle public, à l’entrée duquel on distribue des oreillettes et des pin’s « Q » (Quantum, projet de D. Green) aux privilégiés qui figurent sur une mystérieuse liste... Lors de cette séquence, on admire la manière dont James débusque les "hommes de l'ombre". On admire également le genre de spectacle auxquels viennent assister les comploteurs, indifférents: la scène montre un duo de chanteurs larmoyants avec, en arrière-plan, des rangées d'évêques et de jésuites aux allures de psychopathes ... Pris dans le piège du secret, ces membres qui se terrent pour œuvrer, n’ont d’autre choix que de paniquer une fois découverts. Mais ils bénéficient de la protection de la C.I.A. et de la bénédiction de la plupart des services de renseignements du globe. Grâce à cela, ils vous flinguent dès que vous les identifiez. D'où les ennuis de Bond après la séquence à l'opéra. Bref, on ne peut pas s’empêcher de rire, c’est bien vu...


James et sa belle amie marchent dans le désert de Green après avoir essuyé une attaque aérienne de haute volée


Le plus étonnant, c’est la manière dont la presse française confirme cette lecture du film. Certes, quelques critiques sont élogieuses, comme celles de Première, du Parisien, ou encore des Inrockuptibles. On ne s’étonnera pas qu’Humanité ait bien noté le film: mais, demanderez-vous, ce torchon n'est-il pas lu par des obsédés de la théorie du complot?... Ce film peut effectivement être interprété comme une dénonciation des élites véreuses tirant les ficelles de la finance mondiale, en alliance avec les gouvernements : car ce qui s’applique à l’eau s’applique également au pétrole. De la même façon, on ne s'étonnera pas que Charlie Hebdo lui ait mis un zéro pointé, ni que Libération, le journal des gens libres, ait écrit ceci : « Le script, il est vrai , ne sert pas plus les rôles que le dialogue, galimatias géopolitique à couleur altermondialiste ». Effectivement, les altermondialistes sont connus pour dénoncer, à juste titre, les grandes multinationales (cf. Shell ou les multinationales des médicaments...). Evoquer l'altermondialisme, c'est évoquer dans l'imaginaire standardisé la fumeuse "théorie du complot" et les "malades mentaux" qui y croient... Or beaucoup de critiques du film sont infondées. Pourquoi, par exemple, tant de critiques sur la «légèreté » du scénario? Personnellement, je le trouve tout, sauf léger. Et depuis quand les scénarios de James Bond doivent-ils être soignés? Dans la saga, on est plutôt habitué au méchant mégalomane qui veut tout faire sauter. Ici, c'est tout de même plus subtil. Certains journalistes se concentrent sur l’accessoire pour éviter l'essentiel, et parlent de l'absence de gadgets comme d'un tort impardonnable. Mais on y était habitué depuis Casino Royale... Et puis on invente des idées de scénario, comme le fait cette critique du «Journal du dimanche » : « Un scénario un peu court. Certes, on en prend plein les yeux, mais on attendait du réalisateur nommé plusieurs fois aux oscars qu'il lui laisse son charme, son piquant». Ainsi le scénario devait être charmant et piquant. Ah! cela manque de femmes et d’humour. Oui, certes, on n'est plus dans le rêve, mais en plein cauchemar. Aucun James Bond n'avait jusqu'ici évoqué l'actualité de cette façon. L’aspect fictif du film ressurgit pourtant lorsque Bond conclut, heureux, après avoir nettoyé le linge sale : les « gentils de la CIA reprennent leur place » et les méchants sont évincés. Tout est bien qui finit bien... car c’est un film. De quoi se plaint-on? Pourquoi, aussi, des reproches soudainement concentrés sur la publicité omniprésente ? Tous les films font cela. La publicité est même tellement courante dans les films américains que s'en offusquer équivaut exactement à se choquer de la promotion des films dans les émissions télé... Il vaudrait mieux être choqué par cette truffe de Luc Besson qui recherche activement un expert en placement de publicité pour ses nouvelles productions.


L’Aston Martin DBS de James, voiture de rêve : les deux autres lui servent de repoussoirs

Or les mêmes reproches eussent pu être faits au dernier James Bond, Casino Royale, qui lui aussi sortait des sentiers battus, avec un James Bond "racaille" et le même acteur (Daniel Craig): lorsqu’ils étaient en mesure de dénoncer la « déviation » bondienne vers le film d’action pur, les journalistes ne l’ont pas fait ! ils n’en ont pas été offusqués le moins du monde. Le Journal du Dimanche l'approuvait, même, dans Casino Royale: « le spectateur entre tout de suite dans le vif du sujet : c'est du brutal qui l'attend tout au long du film ». La critique de Libération pronostoquait: « Ce qui revit avec Daniel Craig, c'est le "007". Craig ou la réinvention du code tueur ». Alors, pourquoi s’offusquer de sa suite logique ? C’est insensé, d’autant plus que le film Quantum of Solace en apprend davantage sur le fait que Bond va cesser de tuer, voire refuser d’ euthanazier, à un moment donné. Le film est donc moins violent qu'il ne paraît. Ces derniers temps, les films sont des machines de guerre idéologiques, que la presse apprécie à leur degré de conformisme au nouvel ordre moral (mondial?). Remarquez notamment que la qualité n'est pas souvent au rendez-vous de ces films dont la presse fait unanimement l'éloge (historiquement c'est toujours le cas lorsqu'un régime totalitaire commandite des "œuvres d'art": elles sont médiocres). Or il n’est pas logique que, de ce point de vue, on reproche à un film comme James Bond de manquer de scénario solide! Plus extraordinaire que le dernier opus de James Bond, c'est cette reconnaissance implicite de la distribution des bons et mauvais points par la presse, et son silence éloquent sur ses dégoûts. Elle ne peut que bouder, museler, et donner dans des critiques à côté de la plaque.

Mais elle ne peut pas encore réguler les entrées au cinéma: car vous le savez déjà: en France James Bond est en train de battre tous les records d’entrée en salle : « Malgré des critiques parfois acides, le 22eme opus de la saga baptisé Quantum of Solace se porte à merveille, n'en déplaisent à ses détracteurs » (buzz-actu).