Dans le Livre noir de la Révolution française, l'historien Jean de Viguerie rappelle salutairement l’histoire de la persécution religieuse qui eut lieu en France. Cette persécution commença dans les premiers temps de la Révolution, avant la période qu’on a coutume d’appeler pudiquement la "terreur ». La terreur commença tout de suite pour l’Eglise. Période dramatique: c’était la première fois, depuis Dioclétien, que l’on persécutait officiellement les chrétiens. En 1789, la Révolution abolissait l’ordre du clergé : les conséquences de cet acte étaient envisageables. N’étant plus propriétaire de quoi que ce soit, l’Eglise ne pouvait plus former un ordre quelconque dans la nation, ni faire l’aumone, ni l’éducation, fonctions jusque là officielles pour elle.
A l’exemple du très grand Henri VIII d’Angleterre, le décret du 13 février 1790 interdit de prononcer des voeux, supprimant tous les ordres monastiques. Beaucoup de religieuses refusent de voir leur ordre dissolu, continuant leur vie de communauté jusque sous l’échafaud, dans la prière et l'abnégation. La Constitution civile du clergé (sanctionnée le 24 août 1790 par le roi) rend rapidement le schisme obligatoire et les prêtres sont, dans cette même logique, forcés de se rendre schismatiques ou de fuir le territoire français. «Jurer ou s’en aller, telle est l’alternative», écrit à juste titre Viguerie. Eglises pillées, fermées, croix renversées, statues décapitées, saints chassés du calendrier, les voeux de Voltaire se réalisent.
On pourrait s’étonner devant tant d'intransigeance, quand la tolérance est un des hymnes de la Révolution. La liberté religieuse fut proclamée dans la Déclaration des droits de l’homme, fut à nouveau proclameée le 18 frimaire an II, et le 3 ventôse an III, etc. Alors, pourquoi cette persécution ? J. de Viguerie note avec perspicacité que la tolérance selon Voltaire consistait à tout tolérer, tout, excepté la religion catholique. Voltaire écrit dans son 'traité de la tolérance': « Il faut donc que les hommes commencent par n’être pas fanatiques pour mériter la tolérance ». Dans le glossaire philosophique de l'époque, qui dit fanatique, dit catholique. Bien entendu, il n’y eut pas que les catholiques à être persécutés pendant la Révolution française: beaucoup de protestants virent leurs temples fermés! La Révolution, tuant 8000 prêtres, religieux et fidèles, ne fit que suivre son propre mouvement antichrétien. Le mot du libre-penseur socialiste Michelet est révélateur : « Je ne vois encore sur la scène que deux grands faits, deux principes, deux acteurs et deux personnes, le Christianisme, la Révolution » (Histoire de la Révolution française) (1) : pouvait-il écrire plus justement que la Révolution était une religion autant sinon plus fanatique que l'ancienne, ne dédaignant pas d'emprunter la méthode de propagande à sa rivale, avec un nouveau Décalogue (les droits de homme et du citoyen), des martyrs adorables (Marat), des saints (Voltaire, dont on exposa le cœur aux 'fidèles' à sa mort, et dont les cendres furent solennellement transposées au Panthéon) un nouveau calendrier, des nouveaux prêtres (prêtres ‘jureurs’, en attendant les journaleux), un pape (Robespierre), etc., etc. Quand on dit que le diable est le singe de Dieu, il y a de quoi frissonner en pensant à cette drôle de religion.
Marat peint comme un martyr par David.
Certains universitaires, réagissant au Livre noir de la Révolution française, osent prétendre que la Révolution française n’eut rien d'anticatholique et, pour mieux moderniser le débat, ils brandissent l’abbé Grégoire comme l'emblème des catholiques révolutionnaires. Ils opposent l'abbé Grégoire, catholique selon leur cœur, à une infime tranche de fanatiques refusant le nouvel ordre. Ils feignent d'ignorer que la résistance fanatique et populaire gronda dans toute la France! Ils feignent de penser que l’habit fait le moine, et qu’il suffit d’être abbé pour être catholique! Ils persuadent les benêts que nous sommes, que le catholicisme peut et doit s'accommoder de la révolution, du libéralisme (2); et que ceux qui dénoncent cette incompatibilité originelle, ceux qui rappellent les sinistres faits de la Révolution envers le christianisme sont passibles du nom de fanatisme, d'intégrisme (je n'invente rien; voyez l'article mis en lien) à défaut de les lisser à l'égalisatrice guillotine. Mais rappelons-leur cette phrase de Nicolas Gomez-Davila : "Le chrétien progressiste se trouve si disposé à pactiser avec son adversaire que son adversaire ne trouve plus avec qui pactiser". Si l'abbé Grégoire retient les suffrages des tenants d'un "catholicisme révolutionnaire", c'est tout simplement parce qu'il n'a plus rien d'un catholique, parce qu'il est javellisé au libéralisme, aux idées antichrétiennes de la Révolution. De nos jours, lorsqu'un cardinal Suenens se délecte du fait que "Vatican II, c'est 1789 dans l'Église", doit-on considérer, avec lui, que l'Église se veut et se doit d'être révolutionnaire? Eh bien, c'est toujours le même processus qui meut progressistes et terroristes, pour lesquels rien ne surpasse en beauté ce slogan : la liberté ou la mort. Voyez comment sont traités les nouveaux fanatiques de nos jours : on les baptise du doux nom d'intégristes. Car les mots sont le poison le plus efficace pour diffamer, ridiculiser, tuer symboliquement: mais tuer le plus simplement, le plus lâchement, le plus innocemment possible. Dire de quelqu'un qu'il est catholique intégriste, ça n'est rien; ça ne coûte rien de le dire, car tout le monde le dit; on n'a même pas besoin de réfléchir à ce qu'on dit. Appauvrissement du langage, appauvrissement de la pensée. Ce mot d'intégriste est pratique: il sert à mettre dans le même sac catholiques, musulmans et poseurs de bombes. C'est l'équivalent religieux du mot "fasciste" qui a fait son temps. Un intégriste fait honte à celui qui est ouvert à tout ce que l'on voudra, excepté à la possibilité de n'être pas ouvert à tout. L'intégriste, c'est la mauvaise conscience des tièdes; il est à lui seul une injure car il rappelle à tous la mission universelle de l'Eglise.
J.-P. Jazet, Fléaux du XIXe siècle, d'après le tableau d'H. Vernet, Socialisme et Choléra
"La persécution contre le christianisme n'est donc pas seulement violente. Elle est effrayante. Elle est de nature à faire céder les plus résolus", rappelle Viguerie à propos du processus persécuteur antichrétien de la Révolution française. L'intoxication, qui est aussi intimidation, se présente sous la forme d'une pilule rose qui s'avale d'autant mieux qu'elle se pare des droits de l'homme, avec une conscience divinisée et un droit perpétuel de jouir pour effets secondaires. Allez après cela essayer de prêcher la bonne parole ! Vous ne respectez pas la liberté, vous êtes intégriste.
Naturellement, un enfant mal élevé désire être libéré de toute tutelle (non seulement de celle de ses parents, mais aussi de celle de la société) et faire tout comme bon lui semble: cela ne fait pas de lui un être raisonnable et libre pour autant. Sous prétexte que nos penchants, souvent mauvais, sont naturels, doit-on les flatter et, pire, les institutionnaliser? Refuse-t-on d'en voir les effets? Liberté, répond-on, Liberté! Comme le dit René Girard, "le refus du réel est le dogme numéro un de notre temps", et les furieux torquemada nous le rappellent chaque jour: par exemple, nier la persécution dont l'Eglise fut la victime, c'est continuer la persécution. Mais soyons équitables, et jugeons un arbre à ses fruits. La France, autrefois fille aînée de l'Église, désormais maman des Droits de l'homme continue donc, plus sauvagement et plus insidueusement que jamais, la persécution envers les chrétiens. Pour vous en convaincre définitivement, lisez absolument l'Enquête sur la christianophobie de Michel de Jaeghere. Frissons garantis.
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Notes:
(1) Michelet, dont la partialité n'est pas favorable à la religion chrétienne, a également écrit: "La Révolution continue le christianisme, elle le contredit. Elle en est à la fois l'héritière et l'adversaire."
(2) Rappelons que le libéralisme a de tout temps été condamné par l'Église catholique. Dans le Syllabus, Pie IX condamne cette proposition: "Le Pape peut et doit se réconcilier et se lier d'amitié avec le progrès, le libéralisme et la culture moderne"(1864). Rappelons que Grégoire XVI, Pie IX, Léon XIII, Pie X, Pie XII condamnèrent le libéralisme. Pour une définition du libéralisme telle que l'Église l'entend, citons ce mot de Chesterton que tout le monde connaît: "le libéralisme, c'est la corruption d'idées chrétiennes devenues folles". Aux yeux d'un catholique, partant du principe que l'Église a reçu du Christ la plénitude de la Vérité, la Vérité ne peut donc pas venir de l'extérieur! Ainsi, tout ce que le libéralisme possède de bon il l'a pris à l'évangile, mais ce qu'il a de caractéristique est opposé à la religion chrétienne (liberté sans frein, rejet de toute autorité quelconque, cf. Mai 68). Aussi, logiquement, le libéralisme n'a-t-il rien à faire dans l'Église catholique.
. : : BONUS - Le manuel du petit humaniste 2008: : .


























