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19/01/08

Death Sentence: La vengeance est un plat qui se mange très froid [spoilers]

Nick Hume


Nick Hume, riche, heureux avec sa femme et ses deux fils, voit sa vie basculer lorsque son fils aîné est tué dans le braquage d’une station service par un gang. Présent sur les lieux, Nick reconnaît ensuite le tueur. Son avocat lui dit qu’il fera tout son possible pour que cette "bête sauvage" en prenne pour 5 ans. 5 ans ? s’exclame Nick. C’est la prison à vie que je veux ! - Mais, comprenez-vous, lui rétorque l’avocat, le jeune fait partie d’un gang ; il tue pour être intégré au groupe... Et insensiblement l'avocat réduit la durée d'emprisonnement à un ou deux ans. Au jour J., Nick regarde le tueur avec colère, qui lui retourne un regard provocateur. Nick décide de dire au Juge qu’il ne reconnaît pas le meutrier, qu'il s'est trompé d'individu ; il était le seul témoin le soir du meurtre, il faisait nuit, il n’est plus sûr de rien. Non-lieu donc.



Il va le tuer lui-même.

On est ravi, au début, de voir cet homme désespéré décider de se venger. Quelque peu angoissé de commettre son premier meurtre, Nick le tue. Dès qu'il apprend la nouvelle, Billy, le grand frère du tueur et chef du gang, est décidé à faire la peau à ce gars en costard.

Nick manque évidemment se faire tuer dans la rue. Il rétorque, tabasse et se fait poursuivre par la horde dans une scène d’anthologie. On ne respire pas une seconde pendant ce quart d'heure haletant. Pour éviter lui-même la mort, Nick doit bien se défendre... Quel soulagement de voir une voiture enfermant un vil individu plonger depuis le haut d'un parking d'immeuble, pour atterrir, sous les yeux incrédules des racailles, cent mètres plus bas sur le bitume.

Les conséquences ne sont font pas attendre. Coup de fil de Billy à Nick (qui avait fortuitement balancé sa mallette près du parking) : Je vais tuer toute ta famille maintenant. Tu joues sur mon terrain, tu vas payer.


"Houuuuaaaaa! "

Pourquoi est-on heureux que la bataille s'amplifie, et que Nick l'accepte sans faiblir ? Je ne pense pas qu'on aime cette idée de vengeance, la violence n'a rien de rationnel ni d'esthétique. On est entrainé par elle, au même titre que Nick, persuadé de maîtriser ses pulsions alors qu'il est simplement possédé par la froide détermination de la vengeance..., mais il ne fera qu’imiter son adversaire jusqu'à l'extinction de sa famille. L'attrait de la violence n'est pas seulement bestial: les animaux ne se vengent pas et ne se font pas la guerre. Pire encore, l'assassinat de sa femme et de son second fils peut sembler n’être qu’un prétexte pour redoubler de violence. Par exemple: on notera que, dès lors que sa femme est morte et qu'il n'a plus à cacher quoi que ce soit à quiconque, Nick opère sur lui-même une modification impressionnante: oubliés la cravate, l'allure de cadre supérieur. Il revêt le blouson de son fils; il se rase le crâne. Comme s'il se révélait à lui-même. Une fois sa maison détruite par les bazookas, que lui reste-t-il donc à "protéger"? En ayant voulu faire justice lui-même à la mort de son fils, pouvait-il décemment croire qu’il « protègerait » sa famille, en sachant que la réponse à son acte serait immédiate ? Il y a une grande responsabilité dans le choix de déclencher, et pire, de poursuivre la guerre; évidemment Nick n'y pense pas, et nous, spectateurs, n'avons pas envie d'y penser, solidaires vengeurs que nous sommes.


Le gang des frappes

Et pourtant, on désire que Nick soit autonome dans ses décisions, car on désire tout autant cette violence enrobée dans la cause universelle du Justicier solitaire. La sympathie que nous ressentons pour lui vient de son côté "vieux schnock", qui n'a aucune chance face à une horde de hyènes plus puantes encore que Fogiel. Mais quand les meurtres s'échangent au ping-pong, on se dit qu'il est plus que temps d'arrêter. Nick lui-même le voudrait mais il ne le peut plus. C'est là qu'est le génie du réalisateur: il introduit une distance entre Nick et nous. Lorsqu'il prend la décision de liquider tout le gang, Nick accepte qu'il n'y a pas de possibilité de retour en arrière. Le flic l'avait prévenu : il n’y a plus moyen d’arrêter ce que vous avez déclenché. Vous croyez que parce que vous êtes riche, vous avez le droit de tuer ces gens? Encore possède-t-il une certaine aura, lorsque, de son costard vêtu, il se rend dans les bas quartiers avec son couteau pour venger son fils. On espère alors, selon l'illusion romantique, qu'il soit un héros différent des voyous.

Ici Nick s'est échappé de l'hôpital et s'est rasé le crâne pour ressembler à une frappe


L'avant-dernière scène achève de nous convaincre du contraire... âpre vérité! Après que Nick a tué tout le gang avec des armes de gros calibre - du genre de celles qui laissent un trou d'un mètre de diamètre dans le mur-, Nick et Billy se retrouvent gravement blessés, côte-à-côte sur un banc, incapables de faire le moindre geste. Seuls dans une église désaffectée. Un lieu propice au pardon, mais d’où l’Esprit s’est enfui pour les besoins de la cause vengeresse. Billy semble pleurer... A-t-il des regrets? Entre Billy et Nick s’ensuit un échange de regards dont on ne sait s’ils sont de haine ou de mutuelle admiration. Le jeune Billy est un modèle pour Nick, parce qu'il est jeune, qu'il a l'âge de son fils et qu'il tue sans émotion: c'est à ce point de détachement que Nick doit parvenir pour assouvir sa vengeance. Nick est également un modèle pour Billy car, sous ses dehors de vieux "schnock" qui ne connaît rien au milieu, il est invincible et plus déterminé qu'eux tous. Or, et là est l'âpre Vérité, Nick a une faille: après un temps de silence, Billy lui dit : «Non mais regarde ce que j’ai fait de toi. On dirait que t'es un des nôtres maintenant». Nick est devenu un voyou, non pas tant pour protéger sa famille ou pour se prouver qu’il en avait, que pour prouver qu’il en était. Impassible, Nick sort son arme : « T’es prêt? » demande-t-il à Billy. Il est vraiment des leurs, car, sans aucune pitié, il le tue.


"T'as vu ce que j'ai fait de toi?"

Le film aurait pu se terminer ici. Le "héros" condamné car incapable de pardonner. La boucle bouclée.

Mais une espèce d'happy-end vient gâter ce qu'il y avait d'appréciable dans le héros illustrant de façon sanguinolente la stérilité de la vengeance. Non! Il faut un message du type: vous avez bien eu affaire à un héros. Nick retourne donc chez lui, couvert de sang, mourant. Il allume la télé, passe un film où toute sa famille est réunie pour un anniversaire... Le flic arrive, impressionné de trouver Nick en vie, et lui annonce que son deuxième fils, grièvement blessé, a commencé à se remettre de ses blessures. Alors Nick émerge de sa torpeur, revenu à la vie comme par miracle; ses yeux brillent de joie. Par cet éclat dans ses yeux on nous dit que Nick a finalement obéi à sa volonté de sauver sa famille, qu'il a maîtrisé cette surenchère de violence, et que jamais il n'a cédé à l'imitation des petites frappes. En réalité, Nick s’est abaissé involontairement jusqu'à oublier sa famille... Son deuxième fils n'a plus de raison de vivre: il ne lui restera ni mère, ni frère et son père sera sans doute incarcéré (comble de l'ironie: on escomptait "un a deux ans" pour la frappe).


Néanmoins, ce film est très bien fait, il souligne notre penchant trop humain à appliquer le principe d'"oeil pour oeil, dent pour dent". Je me souviens que mon professeur d’anglais, au collège, nous disait, presque en se vantant : Si l’on tue mon enfant, je n’attends pas, je prends mon pistolet et je me charge du meurtrier"... Il y a un romantisme égoïste à faire justice soi-même. Une idée confuse mais présente en nous tous, que la Justice ne fait pas son travail. Dans le film, cinq ans pour un meurtre de ce genre est inadmissible. Le film s'appelle "Death sentence", ce qui signifie: Peine de mort. Justice tribale. Guerre des gangs : on pourrait être tenté d'interpréter "Death sentence" comme un plaidoyer contre la peine de mort puisque celle-ci s'apparente à la vengeance sordide. En outre, la déchéance finale du héros est éloquente. Drames familiaux: n'est-ce pas le cœur du problème? Tout le monde se bat pour son clan, pour sa famille, pour sa cause. Et puis, Nick est un gang à lui tout seul puisqu’il est venu à bout du gang. Et ce n'est pas flatteur pour lu.

Il ne faut pas désespérer des fins des films américains. Le dernier film de Sean Penn, Into the Wild, s’il ne se place pas dans la catégorie des films d’action, n’en est pas moins lumineux : en tous points, il s'oppose à Death Sentence. Il part de la même croyance que l'on ne peut compter que sur soi, mais parvient à une conclusion radicalement différente. Into the Wild: sans doute est-ce le meilleur film que j’aie vu depuis longtemps. Il est des films que l'on commente, il en est d’autres qu’on admire, sans voix!



> BONUS < :



video

09/01/07

Saturnin nettoie la vermine



Qui ne connaît pas Saturnin?

Je m'adresse à ceux qui veulent le connaître.

Le Saturnin a de beaux jours derrière lui. Les gens portant leur cœur en écharpe sont infailliblement ébaubis devant ce canard nanti d’une voix originale : bègue, pour couvrir les apories visuelles de la cancanerie; adulte, pour achever de rendre le contraste saisissant. Cette voix adulte est la preuve illustrée qu’un caneton est digne de raisonner et que l'enfant de l'autre côté de l'écran n’est pas un niais, du moins plus pour longtemps avec un modèle pareil en face de lui. Un canard sauveteur, malin, vaniteux aimant son prochain autant qu’il exècre l’immonde Belette -dont on ne sait pas d’ailleurs s’il s’agit d’un homme ou d’une femme. Chez La Fontaine, la belette est une femme mais Saturnin s’adresse à elle en ces termes : « descends si tu es un homme ».

Le Chant du Départ (générique) prend le spectateur adulte néophyte au piège, lui disant : plus vous le connaîtrez, plus vous l’aimerez. Ce qui signifie qu’il était prévu que ça l'énerverait: en effet, le spectateur peut s’estimer lésé au premier visionnage ; mais après tout, n’est-ce pas un vieil épisode ? Le spectateur ne doit-il pas aux monuments culturels du passé un minimum d'adoration attestant de sa bonne volonté ? Si ce n’est cela qui motive l’attachement, ce sera sans nul doute la complaisance universelle ressentie par l’homme envers sa propre colère : plus il voit le canard et plus celui-ci l’énerve, et plus celui-ci lui plaît ; car Saturnin est à la fois si bon et si narcissique et si rempli de dévotion et si vindicatif envers Belette (mérite-t-elle la majuscule, cette monstresse?), et si plein de bon sens que ce mélange explosif rend ses victimes aphones. N'est plus niais qui paraît. Devenu enfant, l'homme laisse enfin la parole au canard.

Saturnin au tribunal de la pensée

Si saturnin n’a plus tant de succès auprès de nos jeunes qui lui préfèrent des horreurs, ce n’est pas parce qu’il est désuet. C’est pour une raison plus simple. Voici un exemple. Dans l’épisode Saturnin et le Général Hiver, Belette envahit le fortin dominant le village de Saturnin, fait un pacte avec l’Hiver, retarde le printemps au point de rendre un petit Hamster malade, laissé aux portes de la mort. « Fasse le ciel que Saturnin sauve mon enfant », prie la maman Hamster. Saturnin, sollicité par les braves gens, ne perd pas un instant : il s’agit de combattre le Mal et de sauver un enfant. Marchant d’un pas dynamique au milieu d'une tempête de neige impure qui abreuve le sillon, et traînant derrière lui un bloc, Saturnin, palpitant et goguenard, entonne:


A nous deux Belette, ça va être ta fête,

si ton allié c’est l’hiver, le mien c’est comme le tonnerre

j’ai de la dynamite, ça va être pour souhaiter ta fête (fite?)

c’est un très joli gâteau, je t’en donnerai un gros morceau... ah ça oui!


Saturnin a pris la décision salutaire : faire exploser Belette. « Adieu, Belette, dit-il, de son regard pervers. Adieu ». Les américains, ayant racheté les droits des aventures du canard, les ont à juste titre renommées : Dynamo Duck. Vous ne pouvez pas le faire regarder à vos enfants. CQFD. Si l’on continuait de nos jours à produire de pareilles choses, la SPA ou l’Association des Belettes Libérées, que sais-je encore, ne boycotteraient-ils pas le palmipède?

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Une petite parodie ici