Dans le Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley, on sélectionne les bébés, on les classe en futures professions.Les êtres humains appartiennent aux groupes Alphas ou Epsilons selon le traitement chimique qu’ils ont reçu lorsqu'ils étaient embryons ou nourrissons. On leur donne ces traitements en fonction du groupe dans lequel on les juge les plus aptes à (sur-) vivre. Ici, rien que du cynisme, ne laissant aucune place à la liberté. Certaines âmes s’alarment à l’idée que cette image d’une société future puisse être le produit d’une évolution inéluctable. Et pourtant il semble bien que le traitement des êtres humains en tant qu'"objets" soit une régression, ne différant en rien de la conscience médicale païenne. Selon Hippocrate, il était naturel de savoir « quels enfants il convient d’élever ». Soranos d’Ephèse définissait la puériculture ainsi : c’est l’art de décider « quels sont les nouveaux-nés qui méritent qu’on les élève ». Régine Pernoud (dans La femme au temps des cathédrales) commente :
« Cette impitoyable sélection ne caractérise pas seulement une attitude scientifique, mais également celle d’une société tout entière. En effet, Cicéron, que l’on ne peut accuser d’inhumanité, pensait que la mort d’un enfant se supporte aequo animo (d’une âme égale). Sénèque jugeait raisonnable la noyade des enfants débiles et faibles. Tacite qualifie d’excentrique la coutume des juifs à ne vouloir supprimer aucun nourrisson ; et quand Justin évoque le respect des chrétiens pour la vie de l’enfant il précise : « fût-il nouveau-né».
Voilà le degré d’amour que nos sages Anciens avaient pour les bébés. Quant à l’avortement, il était pratique courante, comme on le sait. Saint Basile s’insurgeait que l’on osât se demander si le fœtus était formé ou non en cas d’avortement: pour lui comme pour les chrétiens, l’enfant à naître, comme l'enfant nouveau-né, était une personne, un être humain.
Le refus chrétien de l’infanticide et de l’avortement s’oppose à la barbarie païenne (1) et s’impose comme une nouveauté inouïe. On respecte désormais femme et enfant, alors que la femme n'était qu’un objet dans le droit romain (elle appartenait au père ou au mari), et que le père, à la naissance de son enfant, décidait, par un geste, de sa vie ou de sa mort (le droitde vie et de mort est retiré au père, par la loi civile, en 390 après J.-C). Le refus de cette barbarie s’inscrit dans le contexte, plus général, de respect de la vie et du Créateur. La femme et l'enfant devenaient des personnes, reconnues à l'égal des hommes, comme des créatures d'un Dieu d'amour; la femme veuve, archétype de l'être abandonné, passait d'un statut de misère totale à celui de première assistée (cf. Actes des apôtres). Une nouvelle ère commençait, véritablement libre. L'esclavage, par opposition, c'est la vie sans Dieu, avec les passions démultipliées, le droit du plus fort:de nos jours, y serait-on revenu? Sans doute, car, comme nous pouvons tous le vérifier , il n'y a plus de respect pour la créature, dès qu'on ne révère plus son Créateur.
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(1) un exemple de pensée « barbare » ou néo-païenne si l'on veut : « La chose la plus clémente qu’une famille puisse faire à l’un de ses enfants, c’est de le tuer » (Margaret Sanger,The Woman Rebel, volume I, n°1). Et, pour bien montrer que cette conception actuelle s'oppose intentionnellement au christianisme, citons une autre phrase de cette même femme, Margaret Sanger, pionnière du planning familial: « Les services de maternité pour les femmes sont des taudis nuisibles à la société et à la race. La charité ne fera que prolonger la misère des inaptes »... Petit "progrès" cependant, de la barbarie contemporaine par rapport à la barbarie d'autrefois : dans le monde antique, on tuait invariablement tous les êtes difformes tout comme aujourd'hui, où l'on peut aussi éliminer l'enfant handicapé. Mais il y a un progrès au niveau technique : l'élimination est rendue possible désormais dans le ventre de la mère. Alors, la régression païenne n'a d'autre définition que d'être " l'éternel retour" de l'homme sans Dieu.
Un exécuteur des hautes œuvres, et une tête d'hérétique
Dans le Livre noir de la Révolution française, l'historien Jean de Viguerie rappelle salutairement l’histoire de la persécution religieuse qui eut lieu en France. Cette persécution commença dans les premiers temps de la Révolution, avant la période qu’on a coutume d’appeler pudiquement la "terreur". La terreur commença tout de suite pour l'Eglise! Période sans précédent: c’était la première fois, depuis Dioclétien, que l’on persécutait officiellement les chrétiens. En 1789, on abolissait l’ordre du clergé : les conséquences de cet acte étaient envisageables. N’étant plus propriétaire de quoi que ce soit, l’Eglise ne pouvait plus former un ordre quelconque dans la nation, ni faire l’aumone, ni l’éducation, fonctions jusque là officielles pour elle.
A l’exemple du très grand Henri VIII d’Angleterre, le décret du 13 février 1790 interdit de prononcer des voeux, supprimant tous les ordres monastiques. Beaucoup de religieuses refusent de voir leur ordre dissolu, continuant leur vie de communauté jusque sous l’échafaud, dans la prière et l'abnégation. La Constitution civile du clergé (sanctionnée le 24 août 1790 par le roi) rend rapidement le schisme obligatoire et les prêtres sont, dans cette même logique, forcés de se rendre schismatiques ou de fuir le territoire français. «Jurer ou s’en aller, telle est l’alternative», écrit à juste titre Viguerie. Eglises pillées, fermées, croix renversées, statues décapitées, saints chassés du calendrier, les voeux de Voltaire se réalisent.
On pourrait s’étonner devant tant d'intransigeance, quand la tolérance est un des hymnes de la Révolution. La liberté religieuse fut proclamée dans la Déclaration des droits de l’homme, fut à nouveau proclameée le 18 frimaire an II, et le 3 ventôse an III, etc. Alors, pourquoi cette persécution ? J. de Viguerie note avec perspicacité que la tolérance selon Voltaire consistait à tout tolérer, tout, excepté la religion catholique. Voltaire écrit dans son 'traité de la tolérance': « Il faut donc que les hommes commencent par n’être pas fanatiques pour mériter la tolérance ». Dans le glossaire philosophique de l'époque, qui dit fanatique, dit catholique. Bien entendu, il n’y eut pas que les catholiques à être persécutés pendant la Révolution française: beaucoup de protestants virent leurs temples fermés, perdant cette tolérance dont ils bénéficiaient sous l'ancien régime. La Révolution, tuant 8000 prêtres, religieux et fidèles, ne fit que suivre son propre mouvement antichrétien. Le mot du libre-penseur socialiste Michelet est révélateur : « Je ne vois encore sur la scène que deux grands faits, deux principes, deux acteurs et deux personnes, le Christianisme, la Révolution » (Histoire de la Révolution française) (1) : pouvait-il écrire plus justement que la Révolution était une religion autant sinon plus fanatique que l'ancienne, ne dédaignant pas d'emprunter la méthode de propagande à sa rivale, avec un nouveau Décalogue (les droits de homme et du citoyen), des martyrs adorables (Marat), des saints (Voltaire, dont on exposa le cœur aux 'fidèles' à sa mort, et dont les cendres furent solennellement transposées au Panthéon) un nouveau calendrier, des nouveaux prêtres (prêtres ‘jureurs’, en attendant les journaleux), un pape (Robespierre), etc., etc. Quand on dit que le diable est le singe de Dieu, il y a de quoi frissonner en pensant à cette nouvelle religion, annonciatrice du capitalisme, du communisme, de tous les -ismes pathétiques.
Marat peint comme un martyr par David.
Certains universitaires, réagissant au Livre noir de la Révolution française, osent prétendre que la Révolution française n’eut rien d'anti-catholique et, pour mieux moderniser le débat, ils brandissent l’abbé Grégoire comme l'emblème des (bons) catholiques révolutionnaires. Ils opposent l'abbé Grégoire, catholique selon leur cœur, à une infime tranche de (mauvais) fanatiques refusant le nouvel ordre. Ils feignent d'ignorer que la résistance fanatique et populaire gronda dans toute la France! Ils feignent de penser que l’habit fait le moine, et qu’il suffit d’être abbé pour être catholique! Ils persuadent les benêts que nous sommes, que le catholicisme peut et doit s'accommoder de la révolution, du libéralisme et de ses funestes suites (2);et que ceux qui dénoncent cette incompatibilité originelle, ceux qui rappellent les sinistres faits de la Révolution envers le christianisme sont passibles du nom de fanatisme, d'intégrisme (je n'invente rien; voyez l'article mis en lien) à défaut de les lisser à l'égalisatrice guillotine. Mais rappelons-leur cette phrase de Nicolas Gomez-Davila : "Le chrétien progressiste se trouve si disposé à pactiser avec son adversaire que son adversaire ne trouve plus avec qui pactiser". Si l'abbé Grégoire retient les suffrages des tenants d'un "catholicisme révolutionnaire", c'est tout simplement parce qu'il n'a plus rien d'un catholique, parce qu'il est javellisé au libéralisme, aux idées antichrétiennes de la Révolution. Si l'on fait tant d'éloges des catholiques révolutionnaires d'il y a deux-cent ans, ce n'est pas par hasard. Non. La Révolution est également entrée dans l'Eglise, il y a peu. Le cardinal Suenens s'est délecté du fait que "Vatican II, c'est 1789 dans l'Église", et Yves Congar, théologien, est allé jusqu'à tracer un parallèle entre le concile Vatican II et la révolution bolchévique: "L'Eglise a fait paisiblement sa révolution d'octobre"(Le concile au jour le jour. 2ème Session, 1964, p.215). C'est invariablement le même processus qui meut progressistes et terroristes, pour lesquels rien ne surpasse en beauté ce slogan : la liberté ou la mort. Voyez comment sont traités les nouveaux fanatiques de nos jours : on les baptise du doux nom d'intégristes. Ce mot d'intégriste est pratique: il sert à mettre dans le même sac, catholiques et poseurs de bombes! Un intégriste fait honte à celui qui est ouvert à tout ce que l'on voudra (excepté à la possibilité de n'être pas ouvert à tout).
J.-P. Jazet, Fléaux du XIXe siècle, d'après le tableau d'H. Vernet, Socialisme et Choléra
"La persécution contre le christianisme n'est donc pas seulement violente. Elle est effrayante. Elle est de nature à faire céder les plus résolus", rappelle Viguerie à propos du processus fondamentalement persécuteur de la Révolution française. L'intoxication, qui est aussi intimidation, se présente sous la forme d'une pilule rose qui s'avale d'autant mieux qu'elle se pare des droits de l'homme, et qu'elle promet une conscience divinisée et un droit perpétuel de jouir pour effets secondaires. Allez après cela essayer de prêcher la bonne parole ! Vous ne respectez pas la liberté, vous êtes intégriste... Liberté, Liberté! Comme le dit René Girard, "le refus du réel est le dogme numéro un de notre temps", et les furieux Torquemada de la République nous le rappellent chaque jour: par exemple, nier la persécution dont l'Eglise fut la victime, c'est continuer la persécution. Toutefois, soyons équitables, et jugeons un arbre à ses fruits. La France, autrefois fille aînée de l'Église, désormais maman des Droits de l'homme continue, plus sauvagement et plus insidieusement que jamais, la persécution envers les chrétiens. Pour vous en convaincre définitivement, lisez donc l'Enquête sur la christianophobiede Michel de Jaeghere. Vous pouvez également vous délecter de ces deux vidéos ci-dessous qui, je l'espère, vous feront réfléchir.
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Notes:
(1) Michelet, dont la partialité n'est pas favorable à la religion chrétienne, a également écrit: "La Révolution continue le christianisme, elle le contredit. Elle en est à la fois l'héritière et l'adversaire."
(2) Rappelons que le libéralisme a de tout temps été condamné par l'Église catholique. Dans le Syllabus, Pie IX condamne cette proposition: "Le Pape peut et doit se réconcilier et se lier d'amitié avec le progrès, le libéralisme et la culture moderne"(1864). Grégoire XVI, Pie IX, Léon XIII, Pie X, Pie XII condamnèrent le libéralisme. Pour une définition du libéralisme telle que l'Église l'entend, citons ce mot de Chesterton que tout le monde connaît: "le libéralisme, c'est la corruption d'idées chrétiennes devenues folles". Aux yeux d'un catholique, partant du principe que l'Église a reçu du Christ la plénitude de la Vérité, la Vérité ne peut donc pas venir de l'extérieur ni être multiple et variée, en conséquence la vérité n'est pas tolérante pour un catholique. Ainsi, tout ce que le libéralisme possède de bon il l'a pris à l'évangile, mais ce qu'il a de caractéristique est opposé à la religion chrétienne (liberté sans frein, rejet de toute autorité quelconque, cf. Mai 68). Aussi le libéralisme, le communisme n'ont-t-il rien à faire dans l'Église catholique.
Voici, chers lecteurs, un fort beau conte du Moyen Age :
" Il était une fois un ermite. Un jour, il était assis dans son ermitage et aperçut un berger endormi au milieu de son troupeau. Tandis que le garçon sommeillait, un voleur s’approcha et lui prit tous ses moutons. Puis arriva le propriétaire du troupeau. Quand il ne le trouva point, il accusa le berger de l’avoir volé et le tua sur-le-champ.
En assistant à cela, l’ermite se dit : « Que vaut donc la parole de Dieu qui affirme qu’Il est un juge équitable, puissant et indulgent ? Il n’est point équitable celui qui permet à l’innocent d’être tué et au coupable d’échapper à sa punition. Cela vaut-il la peine que je demeure dans ma retraite ? » Et il décida aussitôt de se rendre à la ville la plus proche afin d’y séjourner désormais. Il se dit : « Je protégerai aussi bien mon âme en vivant comme n’importe qui ».
Mais Dieu ne l’entendait pas ainsi et lui envoya un ange d’humaine apparence l’assister.
L’ange le salua et dit : « Je suis ton ange gardien, envoyé du ciel pour t’accompagner dans le monde où nous irons ensemble. »
L’ermite répliqua : « Je n’ai rien contre ».
Et ils s’en allèrent. Ils arrivèrent un soir chez un seigneur à qui ils demandèrent l’hospitalité. Le chevalier les accueillit aimablement et les invita à sa table. Ce seigneur avait un fils unique qu’il chérissait par-dessus tout. Son plus grand plaisir était de le voir trottiner.
A la fin du repas, deux couches furent préparées. Une pour l’ange et une pour l’ermite. A minuit, l’ange se leva, se rendit dans la chambre où dormait l’enfant et le tua.
Quand l’ermite s’aperçut de la chose, il se dit : « Il ne s’agit pas d’un ange mais plutôt d’un démon. Son acte immonde le prouve. Notre hôte nous a donné par charité tout ce dont nous avions besoin et mon compagnon, en retour, assassine son fils innocent ». Mais il ne fit pas ces réflexions à haute voix.
Le lendemain, l’ange et l’ermite s’en allèrent et arrivèrent bientôt chez un autre seigneur. Ils lui demandèrent aussi l’hospitalité et il la leur accorda en les recevant somptueusement. Ce chevalier avait une coupe d’or qu’il appréciait beaucoup et dans laquelle il buvait entre chaque mets. Après le repas, les voyageurs gagnèrent la couche déjà prête. Mais à minuit, l’ange se leva de nouveau, vola la coupe et la cacha dans sa besace.
En voyant cela, l’ermite fut stupéfait et songea : « Seigneur ! Quel compagnon ai-je là ? Cet homme noble nous a nourris de son mieux et lui, en retour, lui vole sa coupe ». Mais encore une fois, il ne dit rien.
Au matin, ils se levèrent et poursuivirent leur route. Ils arrivèrent à un pont qui traversait une profonde rivière. Sur ce pont, ils rencontrèrent un pauvre gueux.
L’ange lui dit : « Sois bon et dis-nous comment nous rendre à la ville ».
Le gueux se retourna afin de leur indiquer la direction à prendre. Ce faisant il tourna le dos à l’ange qui le poussa à l’épaule et le précipita à la rivière où le malheureux se noya.
Pietro Cavallini, Le Jugement dernier
En assistant à cela, l’ermite, bouleversé, se signa en songeant : « Il s’agit bien d’un démon. Ce pauvre hère nous indiquait la route et il l’a tué. » Mais cette fois encore, il ne dit rien à haute voix.
Ils traversèrent le pont et arrivèrent le soir chez un homme riche. Ils lui demandèrent l’hospitalité, mais l’homme la leur refusa. Cependant l’ange assista : « Nous ne cherchons qu’un abri contre les bêtes sauvages ».
Le riche répliqua : « Sous cet auvent, il y a la litière des cochons. Vous pourrez vous y reposer. »
Ils se couchèrent dans la porcherie et souffrirent toute la nuit du froid et de l’inconfort.
Quand ils se levèrent au matin, ils cherchèrent leur hôte et l’ange lui dit : « Ami, tu nous a comblés de tes bienfaits. Tu recevras pour cela une riche récompense. » Et il sortit la coupe qu’il avait dérobé au seigneur pour la donner à son hôte.
Lorsque l’ermite vit cela, il songea : « C’est vraiment le diable et je ne veux plus rester avec lui. Le seigneur à qui appartient cette coupe nous a généreusement reçus et lui, en retour, l’a volé. Celui-ci nous a à peine acceptés dans sa porcherie et il lui donne ce précieux calice ».
Il n’y tint plus et déclara : « Par Dieu, je ne supporte plus de voir tes méfaits ! »
Bernardino Luini, Anges
L’ange répondit : « Ecoute tout d’abord, tu comprendras ensuite. Quand tu as vu de ton ermitage qu’on tuait le berger, scandalisé, tu es parti. Ce berger avait commis un péché sans mauvaise intention et s’était repenti. C’est pourquoi Dieu, en pénitence, lui a envoyé la mort. A présent, son âme bienheureuse est au ciel. Ensuite, nous sommes allés chez le premier seigneur. Il nous a généreusement reçus et moi, à minuit, j’ai tué son fils. Sache, mon cher, que ce seigneur était jadis bon et que chaque fois qu’il gagnait quelque argent, il le partageait toujours avec d’autres charitablement. Mais quand son fils est né, il l’aimait tellement qu’il en oublia de faire l’aumône et de continuer à remplir de bonnes actions. Il ne songeait plus qu’à économiser afin, qu’après sa mort, son fils soit le plus riche. J’ai donc jugé bon de tuer cet enfant et d’envoyer son âme à Dieu. A présent, son père est redevenu bon comme auparavant. Puis j’ai croisé ce gueux sur le pont et je l’ai jeté à l’eau. Sache que son âme était vraiment sans tache. Mais si je l’avais laissé poursuivre son chemin, il aurait tué un homme et commis un péché mortel. En cela il aurait causé sa propre perte et aurait été contraint de mener une vie hasardeuse. Je préfère l’avoir tué. Dieu a pris son âme. Ensemble, nous l’avons préservé du péché. J’ai volé la coupe du second seigneur. Sache, qu’il aurait vécu sobre et bon s’il ne l’avait pas possédée. A cause d’elle, il s’enivrait chaque jour. Lorsque je m’en suis aperçu, je lui ai pris cette coupe et à présent, il est de nouveau plein de tempérance. Ensuite, j’ai offert cette coupe à celui qui nous a hébergé parmi ses porcs. Cela a vraiment un sens. Dieu est si équitable qu’il ne laisse jamais un bienfait sans récompense ni un péché sans punition. Il possède cette coupe d’or, mais son âme ira en Enfer après sa mort.
En entendant cela, l’ermite tomba aux pieds de l’ange et lui demanda son pardon. L’envoyé de Dieu répondit : « Je te l’accorde, mais retourne dans ta retraite et, la prochaine fois, ne te mêle pas des desseins de Dieu ».
Là-dessus, l’ermite rendit grâce à Dieu et retourna dans son ermitage où il vécut saintement le reste de sa vie. A la fin de celle-ci, équitablement, il rendit son âme au Créateur."
Extrait de Contes du Moyen Âge, Gründ,1982. Raconté par Karel Dvorak, p.86-90.
J'ai une prédilection pour les avis impartiaux, notamment en ce qui concerne la religion.
J’ai sous la main deux extraits, dont les auteurs ont en commun d’être hostiles au culte catholique et, paradoxalement, d’avoir écrit, avant Chateaubriand, quelques lignes méritant d’être portées à l’attention de tous, croyants ou non. C'est, à mon avis, «l'objectivité» même de ces avis non-catholiques qui rend d’autant plus intéressante leur admiration de la Messe : ils sont anticléricaux (Staël est protestante, Mercier est "déiste" et «voltairien»).
Souvent, il n’est guère besoin d’être théologien ni versé en une langue ancienne pour voir. Il suffit d'ouvrir les yeux.
Le premier extrait est tiré de l'édition du livre le Nouveau Paris de L.-S. Mercier (Mercure de France, 1994) ; ce texte fut écrit en 1794, la religion catholique est persécutée dans toute la France et l’auteur, après avoir raillé la bigote typique, écrit :
"Il faut convenir néanmoins que les cérémonies de la religion catholique ont un attrait si puissant que les esprits-forts n’y résistent pas eux-mêmes. La pompe du spectacle, la richesse des ornements, la majestueuse lenteur des processions, le jet des encensoirs devant un soleil étincelant de pierreries, l’éclat des lumières qui se réfléchissent en gerbe dans le cristal des lustres, les voix de mille femmes plus belles les unes que les autres chantant en choeur des hymnes que le choeur accompagne, tout cela est bien capable d’émouvoir, de séduire, d’attendrir les coeurs les plus insensibles."
Tous les sens sont requis ici, et particulièrement la vue (les lustres, le cristal, la lumière), l’ouïe (les chants) et l’odorat (l’encens). Mais Germaine de Staël a plus longuement développé cette force «artistique» du rite catholique dans son roman Corinne. On est invité à suivre les pensées d'une personne "étrangère": Oswald (Lord Nelvil) est un lord anglais, rationnel, protestant, qui se rend à la Messe du Vendredi Saint, à Rome, autant par curiosité que par intérêt pour sa bien-aimée Corinne, qui elle, est catholique et poète: âme martyre par excellence (j'ai le regret de vous dire qu'elle mourra, en "martyr de l'amour", à la fin du roman). L’action se situe aux alentours de 1800. Lisez tout, cela en vaut la peine:
Musique: Miserere
« Mais le vendredi saint rendit bientôt à lord Nelvil toutes les émotions religieuses qu’il regrettait de n’avoir pas éprouvées les jours précédents. La retraite de Corinne allait finir ; il attendait le bonheur de la revoir ; les douces espérances du sentiment s’accordent avec la piété; il n’y a que la vie factice du monde qui puisse en détourner tout à fait. Oswald se rendit à la chapelle Sixtine pour entendre le fameux Miserere vanté dans toute l’Europe. Il arriva de jour encore et vit ces peintures célèbres de Michel-Ange, qui représentent le jugement dernier, avec toute la force effrayante de ce sujet et du talent qui l’a traité. Michel-Ange s’était pénétré de la lecture du Dante ; et le peintre, comme le poète, représente des êtres mythologiques en présence de Jésus Christ ; mais il fait presque toujours du paganisme le mauvais principe et c’est sous la forme des démons qu’il caractérise les fables païennes. On aperçoit sur la voûte de la chapelle les Prophètes et les Sibylles appelés en témoignage par les chrétiens ; une foule d’anges les entourent, et toute cette voûte ainsi peinte semble rapprocher le ciel de nous : mais ce ciel est sombre et redoutable...
Le Jugement dernier de Michel-Ange
« ... Le jour perce à peine à travers les vitraux, qui jettent sur les tableaux plutôt des ombres que des lumières ; l’obscurité agrandit encore les figures déjà si imposantes que Michel-Ange a tracées ; l’encens, dont le parfum a quelque chose de funéraire, remplit l’air dans cette enceinte ; et toutes les sensations préparent à la plus profonde de toutes, celle que la musique doit produire. Pendant qu’Oswald était absorbé par les réflexions que faisaient naître tous les objets qui l’environnaient, il vit entrer dans la tribune des femmes, derrière la grille qui les sépare des hommes, Corinne qu’il n'espérait pas encore, Corinne vêtue de noir, toute pâle de l’absence et si tremblante, dès qu’elle aperçut Oswald, qu’elle fut obligée de s’appuyer sur la balustrade pour avancer ; en ce moment le Miserere commença. Les voix parfaitement exercées à ce chant antique et pur partent d’une tribune à l’origine de la voûte ; on ne voit point ceux qui chantent ; la musique semble planer dans les airs à chaque instant, la chute du jour rend la chapelle plus sombre : ce n’était plus cette musique voluptueuse et passionnée qu’Oswald et Corinne avaient entendue huit jours auparavant, c’était une musique toute religieuse qui conseillait le renoncement à la terre. Corinne se jeta à genoux devant la grille et resta plongée dans la plus profonde méditation. Oswald lui même disparut à ses yeux. Il lui semblait que c'était dans un tel moment d’exaltation qu’on aimerait à mourir... Le Miserere, c’est-à-dire, ayez pitié de nous, est un psaume composé de versets qui se chantent alternativement d’une manière très différente. Tour à tour une musique céleste se fait entendre, et le verset suivant, dit en récitatif, est murmuré d’un ton sourd et presque rauque ; on dirait que c’est la réponse des caractères durs aux cœurs sensibles, que c’est le réel de la vie qui vient flétrir et repousser les vœux des âmes généreuses et quand ce chœur si doux reprend ; on renaît à l’espérance : mais lorsque le verset récité recommence, une sensation de froid saisit de nouveau ; ce n’est pas la terreur qui la cause, mais le découragement de l’enthousiasme. Enfin le dernier morceau, plus noble et plus touchant encore que tous les autres, laisse au fond de l’âme une impression douce et pure : Dieu nous accorde cette même impression avant de mourir. On éteint les flambeaux ; la nuit s’avance... Le silence est profond, la parole ferait un mal insupportable dans cet état de l’âme, où tout est intime et intérieur ; et quand le dernier son s’éteint, chacun s’en va lentement et sans bruit ; chacun semble craindre de rentrer dans les intérêts vulgaires de ce monde.
Une procession, par Horace Le Blanc (1580-1637)
"Corinne suivit la procession qui se rendait dans le temple de Saint Pierre, qui n’est alors éclairé que par une croix illuminée : ce signe de douleur seul resplendissant dans l’auguste obscurité de cet immense édifice est la plus belle image du christianisme au milieu des ténèbres de la vie. Une lumière pâle et lointaine se projette sur les statues qui décorent les tombeaux. Les vivants qu’on aperçoit en foule sous ces voûtes semblent des pygmées en comparaison des images des morts. Il y a autour de la croix un espace éclairé par elle où se prosternent le pape vêtu de blanc et tous les cardinaux rangés derrière lui. Ils restent là près d’une demi-heure dans le plus profond silence, et il est impossible de n’être pas ému par ce spectacle. On ne sait pas ce qu’ils demandent, on n’entend pas leurs secrets gémissements ; mais ils sont vieux, ils nous devancent dans la route de la tombe : quand nous passerons à notre tour dans cette terrible avant-garde, Dieu nous fera-t-il la grâce d’ennoblir assez la vieillesse pour que le déclin de la vie soit les premiers jours de l’immortalité?»
Voûtes de la basilique Saint Pierre, à Rome
Dans l'esprit de ces écrivains, toute éventuelle conversion passe par la liturgie: n'y a-t-il pas une "séduction" éprouvée, à lire les réflexions des personnages? Un catholique intransigeant pourra déplorer une telle présence du sensible confinant au règne de "l'émotion"... mais n’est-ce pas le sensible qui introduit le Beau et Dieu à notre âme ? les catholiques ne prient-ils pas Dieu par l’intermédiaire d’images qui Le représentent ? Eh! quoi de plus beau qu’une Messe décrite par Staël et Mercier, au temps où la Messe catholique est appelée Saint Sacrifice de la Messe? Bossuet dit: « Il n’y a rien de plus grand dans l’univers que Jésus-Christ et il n’y a rien de plus grand en Jésus-Christ que son sacrifice. » La seule chose à laquelle rendent justice ces «esprits-forts», c'est précisément la liturgie de la Messe, qui prépare le croyant à recevoir le Sacrifice de Dieu: en effet , comment renouveler le sacrifice du Calvaire de façon non sanglante sur l'autel, sinon par cette liturgie?
Ces auteurs reconnaissent enfin que la force de propagande du catholicisme réside tout entière dans sa liturgie "extraordinaire": mais est-ce si extraordinaire de comprendre cela ? Quelqu'un désirant détruire la foi catholique ne devrait-il pas, en premier lieu, s'attaquer à sa Messe?Luther, chef du protestantisme allemand, a tellement bien compris cela, qu'il écrivit, il y a cinq siècles déjà :
« Quand la messe sera renversée, je pense que nous aurons renversé la papauté car c’est sur la messe comme sur un rocher que s’appuie la papauté toute entière, avec ses monastères, ses évêchés, ses collèges, ses autels, ses ministres et sa doctrine (...) tout cela s’écroulera quand s’écroulera leur messe sacrilège et abominable (Luther, in Contra Henricum regem Angliae, 1522, t.X, p.22O)
Ce qu'il veut dire, ce fripon hérétique de Luther, c'est qu'on n'attrapera plus de mouches, une fois qu'on proposera du vinaigre. Qu'est-ce qui définit le papisme à détruire selon Luther? -Sa Messe. Qu'est-ce qui fait tout le miel du culte catholique pour les Philosophes du XVIIIe? -Sa Messe. La Messe est au cœur de la foi. "La Messe, écrit saint François de Sales, est l'âme de la piété et le centre de la religion chrétienne" (Introduction à la vie dévote). Les catholiques ne voient pas les sacrements comme un symbole ou un signe extérieur de la foi: seul le protestantisme enseigne cela comme un dogme. Et si les auteurs cités reconnaissent en cette forme ‘extraordinaire’ un pouvoir d’attraction irrésistible, c'est parce que la Présence de Dieu y est palpable. En réalité, tout chef-d’œuvre n'est qu'un hommage rendu à Dieu, à Dieu que n’importe quel catholique doit pouvoir adorer comme Notre-Seigneur Jésus-Christ Le mérite.
Saint Isaac le Syrien a vécu au VIIe siècle. Il fut moine, évêque et ermite, un grand saint. Comme son nom l’indique, il vécut en Syrie. Il a laissé des pensées à la postérité, plus connues sous le nom actuel de « Sentences ».
Il est dommage que les pasteurs n’emploient plus ce langage si simple et pourtant si beau pour édifier leurs ouailles, avec autant de rigueur et d’amour. Et pourtant, lorsque l’on considère que saint Isaac est un saint à la fois catholique et orthodoxe, un saint qui a inspiré la piété musulmane, unsaint qui se vit même pris en exemple par des protestants, n’y a-t-il pas de quoi s’émerveiller devant l’universalité (katholikós= universel) de la sainteté, dont la voix se moque éperdument des siècles qui passent, et traverse, tel un éclair, l’éternelle corruption des temps ? Les paroles du Christ, nous est-il dit, ne passeront point.
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Quand tu as rempli ton ventre, évite, si tu ne veux point t'en repentir, d'explorer le divin. Comprends bien ce que je te dis : le ventre rassasié exclut la connaissance des mystères de Dieu.
Si un cavalier en selle te tend la main pour recevoir l'aumône, ne la lui refuse pas, car en cet instant, indubitablement, sa pauvreté égale celle d'un mendiant.
De même que l'eau représentée par un paysagiste sur une muraille est incapable d'étancher la soif - de même en est-il de la parole que l'action ne vient pas justifier.
Celui qui s'est empli du sentiment de ses péchés est supérieur à celui dont la prière ressuscite les morts. Mieux vaut passer une heure à soupirer sur l'état de son âme que d'apporter au monde entier l'aide de son regard. Parvenir à se voir soi-même, voilà qui est plus désirable que de voir les anges.
La première des passions est l'amour-propre ; la première des vertus - le dédain de la quiétude.
La mère qui apprend à marcher à son fils s'éloigne de lui, l'invite à venir vers elle ; mais lorsque, dans cette tentative, il chancelle et tombe, vu la faiblesse de son jeune âge, alors elle accourt et le prend dans ses bras. Ainsi la grâce divine porte et instruit les hommes dont le coeur simple et pur s'est livré aux mains de leur Créateur.
L'humilité est la parure de la Divinité. D'elle s'est revêtu le Verbe fait chair, à travers le corps duquel elle est devenue nôtre. Quiconque s'en revêt réellement s'assimile à Celui qui est descendu de sa splendeur, en recouvrant sa gloire d'humilité, afin que la création ne fut point consumée par sa vue trop manifeste.
Quand l'homme d'humilité s'approche des bêtes sauvages, à peine l'ont-elles considéré que leur nature féroce se dompte : elles s'avancent vers lui comme vers leur maître, baissent la tête, lèchent ses mains et ses pieds, car elles sentent, émanant de lui, le même parfum que celui d'Adam avant la chute.
Nulle des voies du monde ne procure la paix aux hommes, tant qu'ils ne viennent point à l'espoir en Dieu.
La miséricorde est contraire à la justice. Celle-ci égalise selon une mesure commune ; elle donne à chacun ce dont il est digne, sans admettre de faveur ni de partialité. Mais la miséricorde due à la peine ressentie, se penche sur chacun avec compassion ; elle ne rend point le mal à celui qui le mérite, et restitue le bien avec une grande surabondance.
Souviens-toi que le Christ est mort pour les pécheurs et non pour les justes. C'est une grande chose que de s'affliger pour les méchants et de faire plus de bien aux pécheurs qu'aux justes mêmes.
Ne sépare point le riche du pauvre et n'essaie pas de distinguer celui qui est digne de celui qui ne l'est point ; que tous les hommes soient égaux à tes yeux, en vue de bonnes oeuvres. De cette manière tu pourras amener au bien les indignes eux-mêmes, car l'âme, par l'intermédiaire du corps, est attirée vers la crainte de Dieu. Le Seigneur n'a-t-il point partagé la table des publicains et des femmes de mauvaise vie, sans éloigner de lui les indignes, cherchant ainsi à inspirer à chacun la dite crainte pour conduire les hommes par le corporel vers le spirituel ? Ainsi donc, tu accorderas les mêmes bienfaits, les mêmes honneurs, au juif, à l'infidèle, à l'assassin, d'autant plus que lui aussi est un frère pour toi, puisqu'il participe à la même nature humaine.
Quand tu vois ton frère en train de pécher , couvre le du manteau de ton amour.
Si tu n'obtiens point la solitude dans ta pensée, isole-toi dans ton corps. Si tu ne peux soutenir l'effort corporel, que ce soit dans ton esprit qu'il prenne quelque peine. S'il ne t'est point donné de veiller debout, veille assis ou couché. Si tu es incapable de jeûner pendant deux jours, fais-le jusqu'au soir ; si cela même t'est trop dur, garde-toi pour le moins de la satiété excessive. Si ton coeur n'atteint point la sainteté, que ton corps demeure pur. Si tu ne pleures pas dans ton coeur, couvre de larmes ton visage. Si tu ne sais pratiquer la miséricorde, confesse que tu es un pécheur. Si tu ignores l'art de pacifier, abstiens-toi d'attiser les discordes. Si le zèle te fait défaut, évite, ne fût-ce que dans tes pensées, de te représenter comme un oisif.
Hellboy, diablotin portant un chapelet à la main gauche
Hellboy, ou comment un film gentil se révèle être porteur d'une idéologie subversive.
A priori, tout va bien.
Hellboy est né en enfer, il est donc fils du Diable et partant, antichrist, mais ce n'est pas cela qui fait de lui un méchant. En naissant, il avait certes le faciès d'une gargouille, des cornes et une queue, je vous le concède, mais il a été adopté par un humain. N'est-il pas la preuve vivante que l'on n'est pas déterminé par son biotope? Ce sont ses « bons » choix, ses actes humanistes et ses « coucou tendresse » à sa fiancée, ses petites réparties qui témoignent de son humanité -humanité d'autant plus touchante qu'elle n'est pas innée, mais bel et bien acquise. Oui. Envers et contre le destin, envers et contre le papa diabolique.
Tout va bien madame la marquise, c'est un démon qui n'oublie pas qui il est, car il porte dévotement le chapelet que son père lui a légué.
Hellboy, le garçon de l'enfer, abat les méchants à coups de balles made in Vatican...
"Oh ! Que de spiritualité, quelle absence de préjugés contre la Religion catholique ! Les héros ne sont pas anticléricaux ! C'est merveilleux", se diront les coeurs purs.
Là où tout se corse, c'est lorsque l'on sombre dans le fantastique.... Les tueurs sadomasochistes, immortels (réincarnés) et diaboliques d'Hitler sont légion; le père adoptif d'Hellboy, spécialiste en occultisme les a confrontés lors de la guerre, et peut témoigner de leur authenticité. C'est le père adoptif d'Hellboy qui a prié le chapelet et qui l'a donné à Hellboy; la vue de ce chapelet aidera d'ailleurs Hellboy, lorsque viendra l'Apocalypse et qu'il devra faire le choix décisif... Et alors, il résistera au diable... il dira non au Destin, m*** au Diable et tout ira très bien.
Mais de qui se moque-t-on?
Dans cette histoire pathétique lue et approuvée par LeMonde, Libération et autres sommités journalistiques, on feint de donner à la religion une importance pour mieux la rabaisser au rang de niaiserie. Comment cela est-il orchestré ? Eh bien, de la manière la plus simple du monde: en mettant sur le même plan la religion et le fantastique. Ainsi, dans le monde propre de la fiction, pendant le temps que dure le film, nous pouvons tout aussi bien croire aux effets bénéfiques du chapelet qu'au monstre joliment nommé « Cerbère de la résurrection »... Ne nous inquiétons pas ! Le fait de croire à des fadaises, cela ne remet pas en cause notre intelligence ! Non, il ne s'agit que d'un film. Le visionnement terminé, nous mettons joyeusement dans le même sac toutes ces superstitions, d'autant plus pitoyables qu'elles ne sont pas ouvertement critiquées. Après tout, ne sont-elles pas présentées sous un jour favorable, puisque, pour une fois, on ne nous montre pas de sombres chevaliers de l'Opus Dei roulant pour l'Eglise? Ici les méchants sont vraiment diaboliques et les gentils vraiment chrétiens... Et le héros est un personnage de BD avec des cornes limées et le diable se réincarne en Raspoutine jusqu'à la fin des temps !
Un des amis, très réaliste, d'Hellboy
Hélas, ce film n'est pas unique en son genre. Il s'inscrit dans une tendance récente de navets hollywoodiens. Car ce qui s'applique à Hellboy vaut pour les délirants Constantine (Keanu Reeves et Rachel Weisz), la fin des temps (Schwarzie), Van Helsing, et L'Associé du Diable(Al Pacino, et Keanu Reeves), etc. Il s'agit d'oeuvres dont le message est bien plus pernicieux que les films ouvertement libre-penseurs, car on ne voit pas le Mal venir. Enfin, comme le rappellent un personnage de laFin des Temps, le soit-disant infirme dans Usual Suspects, et le poète Baudelaire:
« La plus belle ruse du diable, c'est de faire croire qu'il n'existe pas ».
Et je vous le demande, qui irait croire à l'existence de l'Antichrist incarné par un si fantastique Hellboy?
La vidéo dont je vais vous entretenir circulait sur Dailymotion, elle en a été retirée. Sans mettre le lien, je vais donc parler de ce qui m'a interpellée dans cette vidéo.
Invitée à une émission traitant de l'intégrisme musulman, Caroline Fourest était sensée nous en parler. D'habitude ses arguments se tiennent, même lorsqu'elle attaque à tout va. Mais la voilà en train d' illustrer les dangers de l'intégrisme musulman par une autre forme d'intégrisme: l'intégrisme chrétien: « Elle fait bien marrer, dit-elle, la figure du bon Jésus qui empêcherait les bombes d'exploser »... Ensuite, elle donne sa définition de l'intégrisme chrétien (catholique); la voici, tel le quelle: l'Inquisition... Les milliers de morts qu'elle a faits. Institution de sinistre mémoire dont on regrette qu'elle ait disparu. C'est la faute à Voltaire sans doute? Evidemment. Si on n'a plus de Voltaire, c'est aussi parce qu'il n'y a plus d'inquisition. Seulement Caroline Fourest confond l'histoire de la chrétienté avec l'intégrisme. Les chrétiens peuvent donc se rassurer : il y a pire qu'eux: leurs ancêtres. S'ils sont bêtes et méchants , c'est la faute de l'inquisition, de leur religion elle-même. Ils peuvent être rassurés pensez-vous?
Et bien non !
Si Voltaire est mort, comme Dieu, Dieu merci, l'intégrisme est vivant... C. Fourest le traque. La preuve ultime qui couronne le tout de l'intégrisme vivant: la bombe dans la salle de cinéma lors de la projection du film de Scorcese! Il n'y a qu'une preuve: cette preuve, mais quelle preuve! C'est une preuve si véridique et grandiose, preuve si immense et écrasante, qu'elle est toujours donnée pour preuve d'intégrisme (on se demande pourquoi toujours elle, pas une autre), aucune ne peut la dépasser en beauté: c'est la plus belle preuve qui soit et qui prouve que l'Eglise est intégriste.
Pour quelqu'un qui se refuse à faire des "amalgames", Caroline Fourest est contradictoire. Mais la liberté d'expression n'autorise-t-elle pas à tout dire et tout penser ?
« J’ai cru remarquer que ceux qui jusqu’à présent ont mis le prêtre en action, en ont fait un scélérat fanatique, ou une espèce de philosophe. Le père Aubry n’est rien de tout cela. C’est un simple chrétien qui parle sans rougir de la croix, du sang de son divin maître, de la chair corrompue, etc. En un mot, c’est le prêtre tel qu’il est. Je sais qu’il est difficile de peindre un pareil caractère aux yeux de certaines gens, sans toucher au ridicule. Si je n’attendris pas, je ferai rire : on en jugera. »
Chateaubriand, Préface de la première édition d’Atala, 1801.
Vu Shooting Dogsrécemment.
Shooting Dogs est un film sur le génocide rwandais inspiré de faits et de « personnages » réels. Ce film a pu être réalisé grâce aux survivants du massacre de l'école dans laquelle s’étaient réfugiés plus de deux mille rwandais tutsi (avant d'être massacrés). On mesure, dès le début du film, son contenu politique... Parmi les européens présents: un professeur idéaliste, un prêtre à qui il ne reste plus que l'espérance, et des membres de l'ONU chargés de « surveiller la paix entre les hutti et les tutsi ».
Je le reconnais, il est remarquable que le personnage du prêtre, pour une fois, ne soit pas nanti d'un vice caché, d'une conduite inexcusable. Il n’est pas non plus présenté comme un héros (du moins pas tout de suite), et le film s’attache surtout à montrer, tout au long de l’intrigue, les dilemmes moraux des deux personnages principaux. Rien à voir ici avec ce que l’on a l’habitude de voir, que ce soit dans les films ou dans la littérature, concernant les gens d’Eglise. Et pourquoi ce prêtre n'est-il pas présenté comme une canaille, me suis-je demandé? Mais en grande partie parce que ce film n'est pas une fiction ! La fiction moralisatrice (héritée d’une tradition déplorée par Chateaubriand en exergue) ne pourrait, de son immanquable fatuité, corriger cette vérité-ci. Nulle fiction correctement engagée ne pourrait« restaurer » la valeur d'uneconduite exemplaire et encore moins la cruautéinfligée à tout un peuple, laquelle cruauté est une vérité que la fiction médiatique, par exemple, nous acachée. Les médias ont tant de pouvoir, un pouvoir si nocif, que les appels au meurtre se faisaient par radio avant et pendant les massacres au Rwanda. Ceci nous est rappelé (devrais-je dire « appris » ?). 800 000 « tutsi » furent massacrés : ils n'étaient même pas, aux yeux d'une partie de leurs compatriotes, des rwandais. Cela suffisait à les assassiner à coups de machettes. Là où est la foule il n'y a plus d'homme sans doute. Mais le prêtre a raison de nous rappeler que Dieu aime jusqu’à l'homme au coin de la rue avec sa machette. D’où ceci : ce n’est pas un film qui laisse la « haine » au fond de soi, il n’appelle pas à la vengeance, il montre le vide de l’homme sans Dieu, sans foi, et les conséquences de ce vide-là. Mais après tout , même sans Dieu, on sait bien que personne ne risque rien puisque chacun est retenu par son intérêt et que pour beaucoup d'entre nous, l'intérêt est le ciment de la société...On ne risque donc rien.
A tous les férus de musique spirituelle vernie d’une couche de pop (David Bowie, Phil Collins), je me sens sommée intérieurement de recommander l’album « Heart and Soul » de l’artiste Sal Solo à vous tous, lectrices et lecteurs, Sal Solo donc, pauvre fou sur le retour qui, sous le coup de la divine Grâce, fut converti à la Religion lors d’un pèlerinage à San Damiano. Après sa conversion, il fut absous de sa folie, ne fut plus fou, en conséquence je ne pense que du bien de ce demi-fou (pour être artiste, inspiré et enthousiaste, il ne faut pas prétendre avoir toute sa tête à soi, ce serait téméraire). Son oeuvre donc s’écoute sans hurler et le titre San Damiano est loin, très loin d’être désagréable. La "reprise" d’Adoramus te, avec batteries bien appuyées et sonorités proches de la B.O. du Roi Lion, enchantera ceux qui n’ont jamais mis les pieds à l’église et permettra aux producteurs de musiques religieuses de se remplir les poches pendant l’œcuménique période de Noël, à défaut de ramener les ouailles dans le droit chemin (si, comme je l’espère, c’est le but de l’artiste). Je me permettrai de dire toutefois que le titre Drift Away est objectivement et somptueusement hideux. Le reste de l’album est charmant. Enfin si vous voulez écouter de la véritable musique religieuse, vous savez où aller.