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30/04/08

Persécutions religieuses en France, de la Révolution de 1789 à nos jours


Un exécuteur des hautes œuvres, et une tête d'hérétique


Dans le Livre noir de la Révolution française, l'historien Jean de Viguerie rappelle salutairement l’histoire de la persécution religieuse qui eut lieu en France. Cette persécution commença dans les premiers temps de la Révolution, avant la période qu’on a coutume d’appeler pudiquement la "terreur". La terreur commença tout de suite pour l'Eglise! Période sans précédent: c’était la première fois, depuis Dioclétien, que l’on persécutait officiellement les chrétiens. En 1789, on abolissait l’ordre du clergé : les conséquences de cet acte étaient envisageables. N’étant plus propriétaire de quoi que ce soit, l’Eglise ne pouvait plus former un ordre quelconque dans la nation, ni faire l’aumone, ni l’éducation, fonctions jusque là officielles pour elle.

A l’exemple du très grand Henri VIII d’Angleterre, le décret du 13 février 1790 interdit de prononcer des voeux, supprimant tous les ordres monastiques. Beaucoup de religieuses refusent de voir leur ordre dissolu, continuant leur vie de communauté jusque sous l’échafaud, dans la prière et l'abnégation. La Constitution civile du clergé (sanctionnée le 24 août 1790 par le roi) rend rapidement le schisme obligatoire et les prêtres sont, dans cette même logique, forcés de se rendre schismatiques ou de fuir le territoire français. «Jurer ou s’en aller, telle est l’alternative», écrit à juste titre Viguerie. Eglises pillées, fermées, croix renversées, statues décapitées, saints chassés du calendrier, les voeux de Voltaire se réalisent.

On pourrait s’étonner devant tant d'intransigeance, quand la tolérance est un des hymnes de la Révolution. La liberté religieuse fut proclamée dans la Déclaration des droits de l’homme, fut à nouveau proclameée le 18 frimaire an II, et le 3 ventôse an III, etc. Alors, pourquoi cette persécution ? J. de Viguerie note avec perspicacité que la tolérance selon Voltaire consistait à tout tolérer, tout, excepté la religion catholique. Voltaire écrit dans son 'traité de la tolérance': « Il faut donc que les hommes commencent par n’être pas fanatiques pour mériter la tolérance ». Dans le glossaire philosophique de l'époque, qui dit fanatique, dit catholique. Bien entendu, il n’y eut pas que les catholiques à être persécutés pendant la Révolution française: beaucoup de protestants virent leurs temples fermés, perdant cette tolérance dont ils bénéficiaient sous l'ancien régime. La Révolution, tuant 8000 prêtres, religieux et fidèles, ne fit que suivre son propre mouvement antichrétien. Le mot du libre-penseur socialiste Michelet est révélateur : « Je ne vois encore sur la scène que deux grands faits, deux principes, deux acteurs et deux personnes, le Christianisme, la Révolution » (Histoire de la Révolution française) (1) : pouvait-il écrire plus justement que la Révolution était une religion autant sinon plus fanatique que l'ancienne, ne dédaignant pas d'emprunter la méthode de propagande à sa rivale, avec un nouveau Décalogue (les droits de homme et du citoyen), des martyrs adorables (Marat), des saints (Voltaire, dont on exposa le cœur aux 'fidèles' à sa mort, et dont les cendres furent solennellement transposées au Panthéon) un nouveau calendrier, des nouveaux prêtres (prêtres ‘jureurs’, en attendant les journaleux), un pape (Robespierre), etc., etc. Quand on dit que le diable est le singe de Dieu, il y a de quoi frissonner en pensant à cette nouvelle religion, annonciatrice du capitalisme, du communisme, de tous les -ismes pathétiques.


Marat peint comme un martyr par David.



Certains universitaires, réagissant au Livre noir de la Révolution française, osent prétendre que la Révolution française n’eut rien d'anti-catholique et, pour mieux moderniser le débat, ils brandissent l’abbé Grégoire comme l'emblème des (bons) catholiques révolutionnaires. Ils opposent l'abbé Grégoire, catholique selon leur cœur, à une infime tranche de (mauvais) fanatiques refusant le nouvel ordre. Ils feignent d'ignorer que la résistance fanatique et populaire gronda dans toute la France! Ils feignent de penser que l’habit fait le moine, et qu’il suffit d’être abbé pour être catholique! Ils persuadent les benêts que nous sommes, que le catholicisme peut et doit s'accommoder de la révolution, du libéralisme et de ses funestes suites (2); et que ceux qui dénoncent cette incompatibilité originelle, ceux qui rappellent les sinistres faits de la Révolution envers le christianisme sont passibles du nom de fanatisme, d'intégrisme (je n'invente rien; voyez l'article mis en lien) à défaut de les lisser à l'égalisatrice guillotine. Mais rappelons-leur cette phrase de Nicolas Gomez-Davila : "Le chrétien progressiste se trouve si disposé à pactiser avec son adversaire que son adversaire ne trouve plus avec qui pactiser". Si l'abbé Grégoire retient les suffrages des tenants d'un "catholicisme révolutionnaire", c'est tout simplement parce qu'il n'a plus rien d'un catholique, parce qu'il est javellisé au libéralisme, aux idées antichrétiennes de la Révolution. Si l'on fait tant d'éloges des catholiques révolutionnaires d'il y a deux-cent ans, ce n'est pas par hasard. Non. La Révolution est également entrée dans l'Eglise, il y a peu. Le cardinal Suenens s'est délecté du fait que "Vatican II, c'est 1789 dans l'Église", et Yves Congar, théologien, est allé jusqu'à tracer un parallèle entre le concile Vatican II et la révolution bolchévique: "L'Eglise a fait paisiblement sa révolution d'octobre"(Le concile au jour le jour. 2ème Session, 1964, p.215). C'est invariablement le même processus qui meut progressistes et terroristes, pour lesquels rien ne surpasse en beauté ce slogan : la liberté ou la mort. Voyez comment sont traités les nouveaux fanatiques de nos jours : on les baptise du doux nom d'intégristes. Ce mot d'intégriste est pratique: il sert à mettre dans le même sac, catholiques et poseurs de bombes! Un intégriste fait honte à celui qui est ouvert à tout ce que l'on voudra (excepté à la possibilité de n'être pas ouvert à tout).


J.-P. Jazet, Fléaux du XIXe siècle, d'après le tableau d'H. Vernet, Socialisme et Choléra


"La persécution contre le christianisme n'est donc pas seulement violente. Elle est effrayante. Elle est de nature à faire céder les plus résolus", rappelle Viguerie à propos du processus fondamentalement persécuteur de la Révolution française. L'intoxication, qui est aussi intimidation, se présente sous la forme d'une pilule rose qui s'avale d'autant mieux qu'elle se pare des droits de l'homme, et qu'elle promet une conscience divinisée et un droit perpétuel de jouir pour effets secondaires. Allez après cela essayer de prêcher la bonne parole ! Vous ne respectez pas la liberté, vous êtes intégriste... Liberté, Liberté! Comme le dit René Girard, "le refus du réel est le dogme numéro un de notre temps", et les furieux Torquemada de la République nous le rappellent chaque jour: par exemple, nier la persécution dont l'Eglise fut la victime, c'est continuer la persécution. Toutefois, soyons équitables, et jugeons un arbre à ses fruits. La France, autrefois fille aînée de l'Église, désormais maman des Droits de l'homme continue, plus sauvagement et plus insidieusement que jamais, la persécution envers les chrétiens. Pour vous en convaincre définitivement, lisez donc l'Enquête sur la christianophobie de Michel de Jaeghere. Vous pouvez également vous délecter de ces deux vidéos ci-dessous qui, je l'espère, vous feront réfléchir.

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Notes:

(1) Michelet, dont la partialité n'est pas favorable à la religion chrétienne, a également écrit: "La Révolution continue le christianisme, elle le contredit. Elle en est à la fois l'héritière et l'adversaire."

(2) Rappelons que le libéralisme a de tout temps été condamné par l'Église catholique. Dans le Syllabus, Pie IX condamne cette proposition: "Le Pape peut et doit se réconcilier et se lier d'amitié avec le progrès, le libéralisme et la culture moderne"(1864). Grégoire XVI, Pie IX, Léon XIII, Pie X, Pie XII condamnèrent le libéralisme. Pour une définition du libéralisme telle que l'Église l'entend, citons ce mot de Chesterton que tout le monde connaît: "le libéralisme, c'est la corruption d'idées chrétiennes devenues folles". Aux yeux d'un catholique, partant du principe que l'Église a reçu du Christ la plénitude de la Vérité, la Vérité ne peut donc pas venir de l'extérieur ni être multiple et variée, en conséquence la vérité n'est pas tolérante pour un catholique. Ainsi, tout ce que le libéralisme possède de bon il l'a pris à l'évangile, mais ce qu'il a de caractéristique est opposé à la religion chrétienne (liberté sans frein, rejet de toute autorité quelconque, cf. Mai 68). Aussi le libéralisme, le communisme n'ont-t-il rien à faire dans l'Église catholique.


. : : Le manuel du petit humaniste 2008: : .

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. : : BONUS (merci Chris) : : .


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18/10/07

Attention chien méchant

"Je ne suis qu'un chien de Français"!

On compte ses ancêtres dès lors qu'on ne compte plus, disait le Cardinal de Retz. En effet, les gens passant leur vie à parler de leurs ancêtres montrent leur “néant” actuel : mais les nostalgiques d'un joli titre ne sont pas les seuls dans leur genre. Hegel et Marx, grandes figures hélas roturières, se sont cherché de dignes précurseurs dans les anabaptistes de Munster (à juste titre)... Il n'est pas jusqu'aux bobos ou ceux désirant “en être” qui ne se réclament d'ancêtres aux consonnances éclairées, afin de redorer un blason égratigné. Ainsi Laurent Joffrin, dans un ouvrage d'une lucidité inconsciente, Histoire de la gauche caviar, entend réhabiliter cette gauche éternelle, dont il fait remonter la lignée à Voltaire et ses petits Necker, Hélvétius, d'Holbach, Condorcet, etc.

Laurent Joffrin suit une logique admirable dans son apologie de la gauche caviar. Prendre la défense de cette "classe" en appuyant la thèse que ses représentants ont eu le mérite de faire avancer la cause des progressistes, malgré un apparent écart à leurs origines, voilà qui est révélateur. Ainsi Voltaire était bien à gauche. Là où Joffrin feind de rien connaître de l'histoire, c'est lorsqu'il parle de la traîtrise à la gauche dont sont injustement suspectés les "bobos", descendants des "Voltaire et Cie". Mais une question très importante doit se poser : à partir de quand, vivant dans le luxe avec les moeurs les plus dépravées, la bave de la tolérance à la bouche, à partir de quand finit-on par trahir sa cause originelle qui serait la pauvreté, attribut christique de la gauche éternelle? A partir de quand trahit-on la gôche, quand c'est de ce luxe oisif que naît la tôllé-rance?

Nous allons donc suivre l'exemple donné par Joffrin: établir les liens qui existent entre les bobos et Voltaire, à l'aide de ce précieux manuel qu'est, non pas l'Histoire de la gauche caviar de Joffrin visant à excuser Lang de ne pas organiser les Restos du coeur chez lui, mais le Voltaire méconnu, de Xavier Martin (Ed. Dominique Martin Morin, 2006). C'est dans son livre, monument d'érudition, que j'ai pris les citations qui suivent. Mais, tout d'abord, un petit portrait du grand homme Arouet, alias de Voltaire, s'il ne vous déplaît pas de le lire.



Billets de 10 Francs (1971) à l'effigie de Voltaire


Car Voltaire se veut avant tout un homme de l'élite. Multimillionnaire, haïssant la canaille, c'est-à-dire les indigents (pour lesquels il concède que l'Infâme serve de frein social), ayant toute sa vie eu honte d'être auteur, rêvant de la mort du seigneur Frédéric II dont il eût aimé prendre la place, il était aristocrate en ce qu'il pensait que la majeure partie de l'humanité ne pensait pas... Voltaire, comme ses apologistes le disent si bien, se voulait de l'internationale du gentilhomme", sans patrie, vendant ses éloges au plus offrant (Catherine, Frédéric II), crachant sur ses domestiques, insultant et calomniant les gens de lettres qu'il jalousait quand il ne pouvait les faire enfermer, faisant importer chez lui des reliques de Saint François pour parer à toute critique ecclésiastique... Et l'on colle Voltaire au collège, au lycée, dans les rues, comme l'emblème de tout-ce-qu'il-faudra-tolérer. Or, un Voltaire fondamentalement intolérant jaillit du livre de X. Martin. Il regrettait lui-même de manquer de dents pour dévorer ses adversaires. Il ne pouvait entendre parler de religion ou d'ennemis (Juifs, musulmans, moines, libellistes, Rousseau) sans pousser des hauts cris et piquer des crises de nerfs. Il fit enfermer presque tous ses adversaires (dont des écrivains protestants), à force de lettres de cachet et de pressions par relations interposées. Il fut jugé cliniquement comme un “enfant” par son docteur Tronchin et nombre de ses amis philosophiques. Bref, pour résumer, c'était un violent enfant né avec le talent d'écrire.

Xavier Martin, en dressant ce portrait de Voltaire, s'est livré à un exercice dangereux. Voltaire: c'est le prétexte de la Révolution française, la légitimité stylistique de la tolérance. Mais il n'y a là rien de bien grave, objecterons-nous: car nous avons appris à dissocier l'auteur de l'oeuvre, et comme l'a si bien dit Proust, le moi littéraire n'est pas le moi social. Une œuvre peut fort bien être distinguée de son infâme auteur, voyez le cas de Céline. On parle de beauté esthétique (lire Bossuet pour son style, c'est smart). En revanche, en France, on ne peut pas se permettre de dire que la tolérance a été prêchée par un être intolérant. Cela consiste à éliminer les fondements de toute morale laïque. Bien sûr, il n'y a officiellement aucun rapport entre la haine instinctive de Voltaire pour la catégorie des “gueux” et des “valets”, et son refus que le peuple apprenne à lire. Bien sûr, il n'y a aucun rapport entre son profond sentiment de haine envers lui-même, et la haine qu'il voue à la religion catholique. Alors, concédons à la mode et refusons-nous à porter un jugement sur l'homme. Mais ne nous refusons pas le plaisir revendiqué par Laurent Joffrin lui-même à reconnaître en l'apôtre de la tolérance un digne ancêtre des bobos, tellement doué que ses dons restent, de génération en génération, le modèle du futur. Et ce pour le plus grand malheur des demeurés bien pensants que nous sommes et qui refusent de payer le “tribut” au fanatisme voltairien.


Voltaire nu, par Pigalle


“Le goût des plaisirs, le mépris des hommes, et l'amour de l'humanité”, voilà ce qui rassemblait les philosophes, écrira Sénac de Meilhan, ex-voltairien (car la Révolution est passée par là entre-temps).

Intéressons-nous d'abord à l'ancêtre de l'amour inconditionnel de l'Europe. Pourquoi, avant de le haïr, Voltaire aima-il tant Frédéric II, pourquoi aima-t-il passionnément l'Angleterre? N'était-ce pas simplement parce qu'il détestait la France, exactement comme Alain Minc? Le “gros de la nation [qui] est ridicule et détestable” (1770) ne méritait pas, en effet, que l'on s'y intéresse. A un petit Anglais de passage à Ferney, il dit un jour: “Vous serez un jour un Malbourough; pour moi, je ne suis qu'un chien de Français”. Cet homme sans frontières portait son coeur en bandouillère pour un monde uniquement fait de têtes couronnées, lesquelles lui faisaient oublier les Français, désignés par lui comme étant la “chiasse du genre humain”. L'Europe ne pouvait pas être bien mieux, mais au moins pouvait-on y colporter son "génie français". Voltaire, valet des rois et diffuseur de la gauche tolérante, c'est Stéphane Bern officiant sur Canal, avec la perruque en +.

Mais la tolérance est le mot magique de tous les thuriféraires de Voltaire, d'hier et d'aujourd'hui. Afin de faire triompher des fins si belles, il était nécessaire d'utiliser des moyens un peu moins nobles. Trois mois avant la mort de Voltaire, un journaliste écrira, à propos de "tolérance":
“Les philosophes n'ont jamais été si puissants, l'Académie si puissante [...]. les censeurs ont ordre de laisser passer dans aucun ouvrage, rien qui puisse porter seulement atteinte à la gloire de Voltaire” (Fréron, 24 février 1778).

Comment ne pas être tenté de tracer un lien ontologique entre la gloire d'un Voltaire intouchable de son vivant, et l'interdiction actuelle qui consiste à mal parler de lui (à l'école, à l'université), dans l'unique intérêt de "sainte Toleranski"? De même, de son vivant, les êtres qui avaient l'heur de déplaire au sieur Arouet croupissaient à la Bastille et à Bicêtre. Son réseau social étendu lui permettait ces fariboles, mais quel moyen, avaient-elles, ses victimes, de se défendre? ... Pauvre Jean-Jacques, va.


Hugo au centenaire de Voltaire. Bon royaliste, il l'avait d'abord haï, mais une fois converti à la haine des catholiques, il l'adora.


Laïcisme. Ecrasons l'infâme, vous le savez, était le mot d'ordre signant toutes les lettres de M. de Voltaire. On dit souvent, pour excuser Voltaire, que l'Infâme désigne la superstition, le fanatisme. "L'infâme" désigne plus précisément l'Église catholique. Il parle sans cesse, dans ses lettres, d'écraser les moines... Comment empêcher ses cheveux de se dresser sur la tête quand on songe que les révolutionnaires se réclameront de cette même tolérance vertueuse pour massacrer des religieux? Voltaire écrit des premiers chrétiens qu'ils avaient bien mérité leur martyr... parce qu'ils étaient “séditieux” et "non-conformistes". En conséquence, une certaine notion de “conformisme” devait bien exister dans sa tête. Ce conformisme, c'était le snobisme qui déjà sévissait chez les élites mondaines, c'est-à-dire: la haine viscérale de tout "préjugé" (religieux, moral, social), le préjugé désignant à l'évidence la vieille France catholique. Laissons un contemporain de Voltaire détailler ce travers:

“Quand tout le monde était dans l'aveuglement, constate l'Anglais Horace Walpole, il fallait peut-être faire un effort pour se mettre au-dessus des préjugés. Mais quel mérite a n'en point avoir quand c'est ridicule que d'en avoir?” (1770).

Le ridicule avait le pouvoir de trucider, aussi fallait-il bien en profiter avant que les têtes ne tombent. Mais de quelle nature exacte est ce conformisme cher à Voltaire? Osons le dire, il est terriblement moderne! Frédéric II se vantait auprès de lui, en 1775:

“Pour moi en fidèle disciple du patriarche de Ferney [Voltaire], je suis à présent en négociation avec mille familles mahométanes auxquelles je procure des établissements et des mosquées dans la Prusse occidentale. Nous aurons des ablutions légales, et nous entendrons chanter Hilli Halla sans nous scandaliser; c'était la seule secte qui manquât dans ce pays” [Frédéric II était protestant].


Xavier Martin fait le lien entre cette vantardise et le précepte de Diderot, bon élève de son maître, avançant que le seul moyen de neutraliser les religions est "de les tolérer toutes sans aucune exception, et de les décrier les unes par les autres en les rapprochant les unes des autres”. Œcuménisme, quand tu nous tiens ... Ici, la tolérance est l'autre face du mépris universel à l'égard de la religion. Mépris et tolérance sont inséparables, précise X. Martin. Il ne s'agit pas de bienveillance, ni de bienfaisance, mais de tolérance. Le laïcisme, s'il est toujours aussi pitoyable et haineux, ne daignerait plus parler comme Diderot de nos jours. Ce serait se trahir trop vite... Non ! il vaut mieux sembler aimable : le laïcisme se revêt des slogans de tolérance et d'œcuménisme, dont les sonorités sont bien plus inoffensives, bien plus bobo, à l'oreille.


Mais le plat de résistance que nous a préparé Xavier Martin, c'est du bon hachis parmentier. Voilà quelque chose que l'on devrait songer à renflouer des oubliettes de l'Histoire voltairienne! C'est beaucoup plus drôle que la bombe atomique, et surtout bien plus gastronomique. Je confesse mon ignorance, j'ignorais que Voltaire s'était pris pour Léonard de Vinci. Ce fripon édenté eut l'idée géniale d'une machine pour s'en servir contre Frédéric II au commencement de la Guerre de Sept ans. Il se révèla tout à coup, étrangement, très francophile... Son idée de hache-viande mécanique (une sorte de trébuchet qui, au lieu de lancer des pierres, hache les hommes) fut proposée à Richelieu comme garantie de la victoire sur les adversaires: mais Voltaire, qui n'était pas vraiment un manuel ni un véritable génie, propose : “il faudrait un homme absolu, qui ne craignît point les ridicules, qui fût un peu machiniste”, et qui “aimât l'histoire ancienne” (son idée lui venait de ses lectures érudites, prise chez les assyriens)... Cela ne marcha pas, on dirait aujourd'hui que son grand-oeuvre fit un flop, car on ne le prit pas au sérieux. L'humaniste essaya à nouveau de proposer son char à la tsarine Catherine II dans sa guerre contre les Turcs, mais elle n'en voulut pas et l'on se demande bien pourquoi. Il faudrait un jour se pencher sur les raisons de cette intolérance littéralement infâme.

Cet homme au génie étincelant n'en finit pas de faire rire. Mais il faudrait qu'il ne provoque que le rire. La pitié, il n'en eût voulu pour rien au monde. Mais ne soyons ni si sévères ni si intransigeants. Voltaire, c'est la France laïque et spirituelle, charriant avec lui tout ce siècle de haine. Et il faut lire Xavier Martin. Si vous voulez rire et hoqueter d'indignation à chaque page, procurez-vous donc son livre époustouflant!