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18/03/08

Les Pyramides selon Roland Emmerich (Stargate, 10 000)

video

Stargate (1994), la bande-annonce

Roland Emmerich est si étonné devant les merveilles que sont les Pyramides qu’il ne peut attribuer raisonnablement leur invention à des êtres humains : pour lui les dieux égyptiens incarnés par les Pharaons, sont tout simplement des extra-terrestres. On a droit à la même soupe depuis Stargate (1994), et on en soupe encore avec 10000 qui est sorti tout récemment (2008) . 10 000 fait pendant à Stargate : on a parfois la désagréable impression d’assister au même film: mêmes pyramides dans des temps reculés, mêmes faux dieux qui, dit-on, seraient venus des étoiles, même révérence mêlée d’effroi pour ces dieux, même esclavage, même soulèvement révolutionnaire, mêmes héros typiques: le vaillant héros flanqué du naïf et de la belle brunette. Ceci nous invite à explorer la signification profonde de cette ressemblance qui existe entre les deux films, même si, entre-temps, Roland Emmerich a réalisé Le Jour d'Après. Ce film est, par ailleurs, très représentatif de l'œuvre du cinéaste, car il relève simultanément de la "science-fiction"et d'un réalisme faisant écho aux analyses très sérieuses d'Al Gore sur l'environnement. Et c'est exactement cela dans Stargate et 10000: des considérations politiques contemporaines mâtinées à de la fiction "rocambolesque".



Sur une lointaine planète, la pyramide est aussi un vaisseau spatial (Stargate)


Oui, les films Stargate et 10000 partagent une mise en scène d'extra-terrestres terroristes se prenant pour des dieux. Heureusement, des êtres émancipés sont là pour soulever le peuple et leur imposer la véritable liberté, la liberté démocratique. Dès lors qu’il n’y a plus de dieux, les dieux se retrouvent dans le peuple (dans Stargate, les libérateurs sont les américains des temps modernes, dans 10 000 : les libérateurs sont des tribus préhistoriques métissées et nomades: on passe de l’impérialisme américain au communisme altermondialiste comme une lettre à la poste). Bref, au mépris de l’histoire la plus élémentaire -mais cela n'importe pas vraiment, c'est un film-, on impose l’homme préhistorique comme un être affranchi des préjugés et de la religion, rebelle aux superstitions; si cet homme est superstitieux ou religieux, c’est qu’il est esclave et guidé par la crainte stupide ; et s'il a la chance d'être un peu plus éclairé, il sera encore craintif, refusant de voir son village exterminé par un coup de gueule du méchant pharaon-dieu. Tout cela est extrêmement "moderne" et humanitaire, reconnaissons-le.



Dans 10 000, les hommes préhistoriques sont les ancêtres des rastaman affiliés à ATTAC;
dans Stargate , les libérateurs du peuple esclave sont américains et bien modernes:


Dans Stargate, le Pharaon extra-terrestre parasitait le corps d’un jeune homme depuis des milliers d’années. Ayant lamentablement échoué dans sa con-quête terrestre à maintenir le calme parmi son peuple, il prit la poudre d’escampette vers la galaxie d’Orion, amenant avec lui une foule d’esclaves illettrés chargés de travailler à sa plus grande gloire, en lui bâtissant des pyramides... jusqu’à ce que, quelques milliers d'années plus tard, des américains atterrissent pour sauver le monde englué, et re-fassent la Révolution ...


10 000: même révolte démocratique que dans Stargate


Dans 10 000, on retrouve, quoique plus brièvement, cette idée des « dieux qui viendraient des étoiles » (ou d'une Atlantide perdue, d'où ils seraient venus "en volant sur l'eau", c'est-à-dire en bateau) et qui maintiennent également le peuple dans l'ignorance. Les nomades-héros débarquent, fomentant une révolte (thème de la révolution spontanée et généreuse). Qu’est-ce qui définit mieux l’idéal de démocratie qu’un peuple innocent, se révoltant aussi unanimement qu’un troupeau de mammouths libérés? Et l'on peut aussi se demander: où réside-t-elle , cette liberté de sauvages qui n'ont jamais rien construit? Eh bien, ces sauvages sont libres parce qu'ils ne croient en rien, parce qu'ils dé-voilent le visage de leurs Dieux. Certes, ils ont bien raison car les dieux sont des usurpateurs. Mais on le sait pourtant : toutes les grandes civilisations du passé, et même les moins grandes, étaient profondément religieuses (à Rome,par exemple tout père de famille était le prêtre de sa religion domestique; toutes les lois relatives à la propriété étaient issues de la religion).

Plus sérieusement, l’intérêt des films de Roland Emmerich réside dans la croyance dans une origine surhumaine de cette brillante civilisation égyptienne, parce l’origine elle-même reste inexplicable, et inexpliquée.

Voyez l’égyptologie : les spécialistes s’arrachent les cheveux pour tenter de définir quand ont été construites les pyramides et le sphinx. L’histoire officielle nous dit que le Sphinx (et les pyramides) datent de 2520-2494 avant J-C (époque de Kephren). Or de récentes recherches le démentent formellement , au grand dam des égyptologues. Le sismologue Dobecki démontre que le Sphinx a été bâti entre 7000 et 5000 avant Jésus-Christ. Les recherches en géologie du calcaire sur le même site abondent en ce sens. Selon le géologue Robert Schoch, la présence de pyramides aux quatre coins de la terre ne saurait être une coïncidence ; ces pyramides dispersées indiquent au contraire la «marque frappante d’une proto-civilisation, de sa décadence et de sa dispersion » (sa thèse : ancêtres communs pour les peuples –égyptiens, mayas, aztèques, olmèques- ayant bâti des pyramides). Des astronomes tels que Robert Bauval avancent que l’emplacement géographique des Pyramides et du Sphinx coïncident historiquement avec la position des étoiles (ceinture d’Orion), aux environs de 10 000 ans avant Jésus-Christ, à peu près à l’époque de leur construction. On peut aussi se référer à l'astro-égyptologie (ou archéoastronomie), discipline universitaire, qui parvient aux mêmes conclusions. Tous ces scientifiques s’accordent : les Pyramides sont les vestiges d’une civilisation plus grande et plus vieille que ce qui est admis dans l'égyptologie officielle.


Stargate: Râ, le dieu extraterrestre

Stargate et 10000 ont bien subi l’influence de cette "égyptologie" un peu New Age: Roland Emmerich conserve l'idée de la constellation d'Orion originelle (pour lui, c'est même la patrie d'origine du Pharaon extra-terrestre), ainsi que les techniques pharaoniques dépassant de loin la bombe nucléaire : on est même allé jusqu’à réfuter Stargate par des ouvrages "savants", comme si Roland Emmerich avait soutenu ces thèses lui-même (et d'une certaine manière, il les soutient, au vu des réactions à ces thèses "extra-terrestres") !

Mais, au lieu de s’intéresser à ce qui eût pu être une «proto-civilisation» égyptienne issue d’une Atlantide quelconque, R. Emmerich s'est complu dans les thèmes de l’esclavage, de l'usurpation théocratique du pouvoir et de l’égalitarisme avant l’heure: ce qui donne au spectateur un troublant sentiment d'anachronisme, et ruine du même coup, toute "théorie" crédible au sujet des anciennes pyramides pour quiconque s'intéresse à ce sujet. Ruiner ainsi toute théorie qui serait en faveur des très vieilles pyramides, c’est fort dommage, car la période dans laquelle Emmerich situe son film (10 000 avant J.-C) est tout indiquée pour mettre en scène de brillantes civilisations florissantes, ou sur le point de mourir. En effet, sur le plan historique, il n’y a rien d'incohérent à ce que des tribus primitives de chasseurs aient été amenées à rencontrer des civilisations supérieurement développées comme celle des égyptiens. Il aurait été passionnant d'assister à un clash entre hommes "primitifs" de cultures complètement antagonistes, ou même de relater une émigration de cette Atlantide engloutie vers des lieux viables, etc. Mais non... c'est tellement mieux de faire dans les apologies altermondialistes et les "quotas".

A voir ces films cependant, on devine bien qu’une telle civilisation, contemporaine des hommes préhistoriques, n'a jamais manqué de fasciner, donnant lieu à toutes sortes de théories tout aussi envisageables les unes que les autres...

18/10/07

Attention chien méchant

"Je ne suis qu'un chien de Français"!

On compte ses ancêtres dès lors qu'on ne compte plus, disait le Cardinal de Retz. En effet, les gens passant leur vie à parler de leurs ancêtres montrent leur “néant” actuel : mais les nostalgiques d'un joli titre ne sont pas les seuls dans leur genre. Hegel et Marx, grandes figures hélas roturières, se sont cherché de dignes précurseurs dans les anabaptistes de Munster (à juste titre)... Il n'est pas jusqu'aux bobos ou ceux désirant “en être” qui ne se réclament d'ancêtres aux consonnances éclairées, afin de redorer un blason égratigné. Ainsi Laurent Joffrin, dans un ouvrage d'une lucidité inconsciente, Histoire de la gauche caviar, entend réhabiliter cette gauche éternelle, dont il fait remonter la lignée à Voltaire et ses petits Necker, Hélvétius, d'Holbach, Condorcet, etc.

Laurent Joffrin suit une logique admirable dans son apologie de la gauche caviar. Prendre la défense de cette "classe" en appuyant la thèse que ses représentants ont eu le mérite de faire avancer la cause des progressistes, malgré un apparent écart à leurs origines, voilà qui est révélateur. Ainsi Voltaire était bien à gauche. Là où Joffrin feind de rien connaître de l'histoire, c'est lorsqu'il parle de la traîtrise à la gauche dont sont injustement suspectés les "bobos", descendants des "Voltaire et Cie". Mais une question très importante doit se poser : à partir de quand, vivant dans le luxe avec les moeurs les plus dépravées, la bave de la tolérance à la bouche, à partir de quand finit-on par trahir sa cause originelle qui serait la pauvreté, attribut christique de la gauche éternelle? A partir de quand trahit-on la gôche, quand c'est de ce luxe oisif que naît la tôllé-rance?

Nous allons donc suivre l'exemple donné par Joffrin: établir les liens qui existent entre les bobos et Voltaire, à l'aide de ce précieux manuel qu'est, non pas l'Histoire de la gauche caviar de Joffrin visant à excuser Lang de ne pas organiser les Restos du coeur chez lui, mais le Voltaire méconnu, de Xavier Martin (Ed. Dominique Martin Morin, 2006). C'est dans son livre, monument d'érudition, que j'ai pris les citations qui suivent. Mais, tout d'abord, un petit portrait du grand homme Arouet, alias de Voltaire, s'il ne vous déplaît pas de le lire.



Billets de 10 Francs (1971) à l'effigie de Voltaire


Car Voltaire se veut avant tout un homme de l'élite. Multimillionnaire, haïssant la canaille, c'est-à-dire les indigents (pour lesquels il concède que l'Infâme serve de frein social), ayant toute sa vie eu honte d'être auteur, rêvant de la mort du seigneur Frédéric II dont il eût aimé prendre la place, il était aristocrate en ce qu'il pensait que la majeure partie de l'humanité ne pensait pas... Voltaire, comme ses apologistes le disent si bien, se voulait de l'internationale du gentilhomme", sans patrie, vendant ses éloges au plus offrant (Catherine, Frédéric II), crachant sur ses domestiques, insultant et calomniant les gens de lettres qu'il jalousait quand il ne pouvait les faire enfermer, faisant importer chez lui des reliques de Saint François pour parer à toute critique ecclésiastique... Et l'on colle Voltaire au collège, au lycée, dans les rues, comme l'emblème de tout-ce-qu'il-faudra-tolérer. Or, un Voltaire fondamentalement intolérant jaillit du livre de X. Martin. Il regrettait lui-même de manquer de dents pour dévorer ses adversaires. Il ne pouvait entendre parler de religion ou d'ennemis (Juifs, musulmans, moines, libellistes, Rousseau) sans pousser des hauts cris et piquer des crises de nerfs. Il fit enfermer presque tous ses adversaires (dont des écrivains protestants), à force de lettres de cachet et de pressions par relations interposées. Il fut jugé cliniquement comme un “enfant” par son docteur Tronchin et nombre de ses amis philosophiques. Bref, pour résumer, c'était un violent enfant né avec le talent d'écrire.

Xavier Martin, en dressant ce portrait de Voltaire, s'est livré à un exercice dangereux. Voltaire: c'est le prétexte de la Révolution française, la légitimité stylistique de la tolérance. Mais il n'y a là rien de bien grave, objecterons-nous: car nous avons appris à dissocier l'auteur de l'oeuvre, et comme l'a si bien dit Proust, le moi littéraire n'est pas le moi social. Une œuvre peut fort bien être distinguée de son infâme auteur, voyez le cas de Céline. On parle de beauté esthétique (lire Bossuet pour son style, c'est smart). En revanche, en France, on ne peut pas se permettre de dire que la tolérance a été prêchée par un être intolérant. Cela consiste à éliminer les fondements de toute morale laïque. Bien sûr, il n'y a officiellement aucun rapport entre la haine instinctive de Voltaire pour la catégorie des “gueux” et des “valets”, et son refus que le peuple apprenne à lire. Bien sûr, il n'y a aucun rapport entre son profond sentiment de haine envers lui-même, et la haine qu'il voue à la religion catholique. Alors, concédons à la mode et refusons-nous à porter un jugement sur l'homme. Mais ne nous refusons pas le plaisir revendiqué par Laurent Joffrin lui-même à reconnaître en l'apôtre de la tolérance un digne ancêtre des bobos, tellement doué que ses dons restent, de génération en génération, le modèle du futur. Et ce pour le plus grand malheur des demeurés bien pensants que nous sommes et qui refusent de payer le “tribut” au fanatisme voltairien.


Voltaire nu, par Pigalle


“Le goût des plaisirs, le mépris des hommes, et l'amour de l'humanité”, voilà ce qui rassemblait les philosophes, écrira Sénac de Meilhan, ex-voltairien (car la Révolution est passée par là entre-temps).

Intéressons-nous d'abord à l'ancêtre de l'amour inconditionnel de l'Europe. Pourquoi, avant de le haïr, Voltaire aima-il tant Frédéric II, pourquoi aima-t-il passionnément l'Angleterre? N'était-ce pas simplement parce qu'il détestait la France, exactement comme Alain Minc? Le “gros de la nation [qui] est ridicule et détestable” (1770) ne méritait pas, en effet, que l'on s'y intéresse. A un petit Anglais de passage à Ferney, il dit un jour: “Vous serez un jour un Malbourough; pour moi, je ne suis qu'un chien de Français”. Cet homme sans frontières portait son coeur en bandouillère pour un monde uniquement fait de têtes couronnées, lesquelles lui faisaient oublier les Français, désignés par lui comme étant la “chiasse du genre humain”. L'Europe ne pouvait pas être bien mieux, mais au moins pouvait-on y colporter son "génie français". Voltaire, valet des rois et diffuseur de la gauche tolérante, c'est Stéphane Bern officiant sur Canal, avec la perruque en +.

Mais la tolérance est le mot magique de tous les thuriféraires de Voltaire, d'hier et d'aujourd'hui. Afin de faire triompher des fins si belles, il était nécessaire d'utiliser des moyens un peu moins nobles. Trois mois avant la mort de Voltaire, un journaliste écrira, à propos de "tolérance":
“Les philosophes n'ont jamais été si puissants, l'Académie si puissante [...]. les censeurs ont ordre de laisser passer dans aucun ouvrage, rien qui puisse porter seulement atteinte à la gloire de Voltaire” (Fréron, 24 février 1778).

Comment ne pas être tenté de tracer un lien ontologique entre la gloire d'un Voltaire intouchable de son vivant, et l'interdiction actuelle qui consiste à mal parler de lui (à l'école, à l'université), dans l'unique intérêt de "sainte Toleranski"? De même, de son vivant, les êtres qui avaient l'heur de déplaire au sieur Arouet croupissaient à la Bastille et à Bicêtre. Son réseau social étendu lui permettait ces fariboles, mais quel moyen, avaient-elles, ses victimes, de se défendre? ... Pauvre Jean-Jacques, va.


Hugo au centenaire de Voltaire. Bon royaliste, il l'avait d'abord haï, mais une fois converti à la haine des catholiques, il l'adora.


Laïcisme. Ecrasons l'infâme, vous le savez, était le mot d'ordre signant toutes les lettres de M. de Voltaire. On dit souvent, pour excuser Voltaire, que l'Infâme désigne la superstition, le fanatisme. "L'infâme" désigne plus précisément l'Église catholique. Il parle sans cesse, dans ses lettres, d'écraser les moines... Comment empêcher ses cheveux de se dresser sur la tête quand on songe que les révolutionnaires se réclameront de cette même tolérance vertueuse pour massacrer des religieux? Voltaire écrit des premiers chrétiens qu'ils avaient bien mérité leur martyr... parce qu'ils étaient “séditieux” et "non-conformistes". En conséquence, une certaine notion de “conformisme” devait bien exister dans sa tête. Ce conformisme, c'était le snobisme qui déjà sévissait chez les élites mondaines, c'est-à-dire: la haine viscérale de tout "préjugé" (religieux, moral, social), le préjugé désignant à l'évidence la vieille France catholique. Laissons un contemporain de Voltaire détailler ce travers:

“Quand tout le monde était dans l'aveuglement, constate l'Anglais Horace Walpole, il fallait peut-être faire un effort pour se mettre au-dessus des préjugés. Mais quel mérite a n'en point avoir quand c'est ridicule que d'en avoir?” (1770).

Le ridicule avait le pouvoir de trucider, aussi fallait-il bien en profiter avant que les têtes ne tombent. Mais de quelle nature exacte est ce conformisme cher à Voltaire? Osons le dire, il est terriblement moderne! Frédéric II se vantait auprès de lui, en 1775:

“Pour moi en fidèle disciple du patriarche de Ferney [Voltaire], je suis à présent en négociation avec mille familles mahométanes auxquelles je procure des établissements et des mosquées dans la Prusse occidentale. Nous aurons des ablutions légales, et nous entendrons chanter Hilli Halla sans nous scandaliser; c'était la seule secte qui manquât dans ce pays” [Frédéric II était protestant].


Xavier Martin fait le lien entre cette vantardise et le précepte de Diderot, bon élève de son maître, avançant que le seul moyen de neutraliser les religions est "de les tolérer toutes sans aucune exception, et de les décrier les unes par les autres en les rapprochant les unes des autres”. Œcuménisme, quand tu nous tiens ... Ici, la tolérance est l'autre face du mépris universel à l'égard de la religion. Mépris et tolérance sont inséparables, précise X. Martin. Il ne s'agit pas de bienveillance, ni de bienfaisance, mais de tolérance. Le laïcisme, s'il est toujours aussi pitoyable et haineux, ne daignerait plus parler comme Diderot de nos jours. Ce serait se trahir trop vite... Non ! il vaut mieux sembler aimable : le laïcisme se revêt des slogans de tolérance et d'œcuménisme, dont les sonorités sont bien plus inoffensives, bien plus bobo, à l'oreille.


Mais le plat de résistance que nous a préparé Xavier Martin, c'est du bon hachis parmentier. Voilà quelque chose que l'on devrait songer à renflouer des oubliettes de l'Histoire voltairienne! C'est beaucoup plus drôle que la bombe atomique, et surtout bien plus gastronomique. Je confesse mon ignorance, j'ignorais que Voltaire s'était pris pour Léonard de Vinci. Ce fripon édenté eut l'idée géniale d'une machine pour s'en servir contre Frédéric II au commencement de la Guerre de Sept ans. Il se révèla tout à coup, étrangement, très francophile... Son idée de hache-viande mécanique (une sorte de trébuchet qui, au lieu de lancer des pierres, hache les hommes) fut proposée à Richelieu comme garantie de la victoire sur les adversaires: mais Voltaire, qui n'était pas vraiment un manuel ni un véritable génie, propose : “il faudrait un homme absolu, qui ne craignît point les ridicules, qui fût un peu machiniste”, et qui “aimât l'histoire ancienne” (son idée lui venait de ses lectures érudites, prise chez les assyriens)... Cela ne marcha pas, on dirait aujourd'hui que son grand-oeuvre fit un flop, car on ne le prit pas au sérieux. L'humaniste essaya à nouveau de proposer son char à la tsarine Catherine II dans sa guerre contre les Turcs, mais elle n'en voulut pas et l'on se demande bien pourquoi. Il faudrait un jour se pencher sur les raisons de cette intolérance littéralement infâme.

Cet homme au génie étincelant n'en finit pas de faire rire. Mais il faudrait qu'il ne provoque que le rire. La pitié, il n'en eût voulu pour rien au monde. Mais ne soyons ni si sévères ni si intransigeants. Voltaire, c'est la France laïque et spirituelle, charriant avec lui tout ce siècle de haine. Et il faut lire Xavier Martin. Si vous voulez rire et hoqueter d'indignation à chaque page, procurez-vous donc son livre époustouflant!



27/09/07

Suicide Party, acte II


M. André Gorz, suicidé approuvé


Le suicide (assisté et collectif) a tellement la cote que les gueux ne peuvent pas saisir son concept naturellement. Nous avons déjà bénéficié l'an dernier, à la même période de l'année, d'une tentative de campagne pro-suicide par M. Jean-Jacques, le médiateur des idées sublimes traduisant pour le peuple. Je remarque d'étranges similitudes dans l'orchestration de ces publicités pro-mort, et j'aime partager ma joie. L'enjeu de ce débat est très grave. Il s'agit de rendre quotidien cet exemple issu de la Grammaire française et impertinente :

"Il conduit avec prévenance sa délicieuse vieille maman impotente chez le vétérinaire pour la faire piquer".(1)

Il est certain que ce ne sont pas avec des phrases de ce genre qu'on arrivera à faire avancer les choses. Il faut des histoires plus sympathiques, un peu plus humaines.
Alors on recommence, avec les mêmes ingrédients-choc, de préférence en automne, quand les gens sont un peu plus déprimés et puis... On enveloppe le vilain suicide d'une histoire d'amour à faire pleurer dans les chaumières. Voici le résumé, en quelques mots:

deux vieux gauchistes entre qui l'amour est si parfait qu'ils ne peuvent plus supporter de vivre. Deux vieux romantiques pour qui l'Amour est la valeur absolue, au nom de laquelle ils se tuent...

Se tuer ensemble, tous ensemble, c'est moins triste que d'être retrouvé pendu tout nu, seul au petit jour, au milieu de sa chambre. Et l'argument "tu meurs, je meurs": plus fort? tu meurs !

J'ai parlé plus haut d'exemples frappants. M. Jean-Jacques Bourdin en avait donné un, fondé sur la même intrigue de l'amour plus fort que la mort. Son couple choisi avait, lui aussi, tout prévu, en chargeant leur sentimental bourreau de raconter l'"événement" à M. Bourdin. Ils avaient été comparés à Roméo & Juliette et le bourreau avait pris les accents de Shakespeare. C'était tragique à vous donner le hoquet. Tout ça pour ça me demandez-vous? Mais oui, madame.

Or, un exemple frappant est encore plus charmant lorsqu'il est libre-penseur, disciple de Jean-Paul Sartre et cofondateur du Nouvel Observateur : j'ai nommé André Gorz (et sa femme Dorine). Gorz est écrivain de talent, en plus d'avoir été reporter et philosophe brillant. Son suicide parachève donc une vie courageuse de méditation intellectuelle. Nul doute que son geste final est le fruit de longues réflexions morales (2). "Libé" nous fait un extrait promotionnel de sa dernière Lettre à D., publiée il y a un an déjà:

Nous aimerions chacun ne pas survivre à la mort de l’autre. Nous nous sommes dit que si, par impossible, nous ­avions une seconde vie, nous voudrions la passer ensemble.

Mais de quelle espèce est leur paradis?... Un paradis de papier, sans doute, puisque, dans ce torchon on ne parle pas tant d'André que de son oeuvre... Voici que le suicide confirme le chef-d'oeuvre, rangeant le livre au rang de prophétie. "Vraiment, cet homme était un visionnaire! Il avait prévu sa mort"... Au Panthéon de l'Education nationale, il gagnera une renommée pour l'éternité. Lorsque l'euthanasie sera l'élément clé du meilleur des mondes après avoir été présentée comme un moindre mal, on proposera aux candidats du bac des écritures d'invention ayant pour thème et mission de "glorifier l'Homme nouveau, qui avait posé, par un acte symbolique, un choix existentiel sur fond nauséabond de judéo-christianisme. Soutenez votre point de vue par des anecdotes de fins de vie volontaires dans votre entourage."

Hormis les hurlements d'admiration unanimes des commentaires de Libé, tous réglés sur le même mode, on pourrait tout autant s'exclamer: "Quel courage de planifier sa mort !" Certes, n'est-il pas plus rassurant de quitter cette terre en sachant qu'on parlera de nous à la Une de
libération et du monde en simultané, que l'on sera décrit comme un amoureux des temps modernes au moment de la mort?...

Ce qui sera peut-être moins héroïque, c'est lorsque ce genre d'actes se démocratisera, se légalisera. Le choix même de rester en vie se réduira, les éloges seront... inexistants...


J'en veux pour preuves ces paroles prophétiques
de M. Jacques Attali. J'écris "prophétiques", mais le terme "planifiées" serait plus approprié, bien que moins poétique... M. Jacques Attali, donc, nous offre ces belles phrases dans son livre tout aussi charmant, l'homme nomade, 2005 (Ed. Livre de Poche).


L’euthanasie sera un des instruments essentiels de nos sociétés futures dans tous les cas de figure. Dans une logique socialiste, pour commencer, le problème se pose comme suit : la logique socialiste c’est la liberté, et la liberté fondamentale c’est le suicide ; en conséquence, le droit au suicide direct ou indirect est donc une valeur absolue dans ce type de société.
ou encore,

Dès qu’il dépasse 60/65 ans, l’homme vit plus longtemps qu’il ne produit et il coûte alors cher à la société ; il est bien préférable que la machine humaine s’arrête brutalement, plutôt qu’elle ne se détériore progressivement.

Il en a assez dit, non? P

--
(1) Dans cette même Grammaire française et impertinente, parue chez Payot, on trouve des exemples aussi charmants que: "Frankeinsten, Dracula, Landru, Pie XII, Al Capone sont des noms propres". "Bernard a cassé tous les vitraux de la cathédrale de Chartres avec sa fronde". "Au rallye des landaus, beaucoup de pneus et de bébés ont crevé". "Même le suicide de sa mère ne parvint pas à le dérider" "Pardonnez-moi, je suis pressé, je dois assassiner ma mère". "Le chauffeur routier a souri au bambin après l'avoir ecrasé avec son camion". "Beurk! c'est vous qui avez fait ça, demanda le médecin à la jeune accouchée en lui présentant son bébé." "Sais-tu, petit fripon, que tu viens de tuer ta grand-mère?
Bref, ces exemples rendent amusants et sympathiques le suicide, l'euthanasie, l'avortement, le meurtre, etc. C'est aux enfants à qui ce livre est destiné... Ces exemples sont cités dans le livre très instructif, et très bien écrit, de Vladimir Volkoff: Petite histoire de la désinformation, Ed. du Rocher., 1999, p.166.

(2) Jadis, les gens qui planifiaient leur suicide étaient considérés comme des obsessionnels sinon des fous (préjugés que tout cela!). Ainsi l'auteur du manuscrit trouvé à Saragosse, Potocki, avait poli sa balle de revolver pendant très, très longtemps, avant de se la tirer dans la gorge.

12/07/07

Hellboy ou le navet diabolique !


Hellboy, diablotin portant un chapelet à la main gauche


Hellboy, ou comment un film gentil se révèle être porteur d'une idéologie subversive.


A priori, tout va bien.


Hellboy est né en enfer, il est donc fils du Diable et partant, antichrist, mais ce n'est pas cela qui fait de lui un méchant. En naissant, il avait certes le faciès d'une gargouille, des cornes et une queue, je vous le concède, mais il a été adopté par un humain. N'est-il pas la preuve vivante que l'on n'est pas déterminé par son biotope? Ce sont ses « bons » choix, ses actes humanistes et ses « coucou tendresse » à sa fiancée, ses petites réparties qui témoignent de son humanité -humanité d'autant plus touchante qu'elle n'est pas innée, mais bel et bien acquise. Oui. Envers et contre le destin, envers et contre le papa diabolique.

Tout va bien madame la marquise, c'est un démon qui n'oublie pas qui il est, car il porte dévotement le chapelet que son père lui a légué.

Hellboy, le garçon de l'enfer, abat les méchants à coups de balles made in Vatican...

"Oh ! Que de spiritualité, quelle absence de préjugés contre la Religion catholique ! Les héros ne sont pas anticléricaux ! C'est merveilleux", se diront les coeurs purs.

Là où tout se corse, c'est lorsque l'on sombre dans le fantastique.... Les tueurs sadomasochistes, immortels (réincarnés) et diaboliques d'Hitler sont légion; le père adoptif d'Hellboy, spécialiste en occultisme les a confrontés lors de la guerre, et peut témoigner de leur authenticité. C'est le père adoptif d'Hellboy qui a prié le chapelet et qui l'a donné à Hellboy; la vue de ce chapelet aidera d'ailleurs Hellboy, lorsque viendra l'Apocalypse et qu'il devra faire le choix décisif... Et alors, il résistera au diable... il dira non au Destin, m*** au Diable et tout ira très bien.

Mais de qui se moque-t-on?

Dans cette histoire pathétique lue et approuvée par Le Monde, Libération et autres sommités journalistiques, on feint de donner à la religion une importance pour mieux la rabaisser au rang de niaiserie. Comment cela est-il orchestré ? Eh bien, de la manière la plus simple du monde: en mettant sur le même plan la religion et le fantastique. Ainsi, dans le monde propre de la fiction, pendant le temps que dure le film, nous pouvons tout aussi bien croire aux effets bénéfiques du chapelet qu'au monstre joliment nommé « Cerbère de la résurrection »... Ne nous inquiétons pas ! Le fait de croire à des fadaises, cela ne remet pas en cause notre intelligence ! Non, il ne s'agit que d'un film. Le visionnement terminé, nous mettons joyeusement dans le même sac toutes ces superstitions, d'autant plus pitoyables qu'elles ne sont pas ouvertement critiquées. Après tout, ne sont-elles pas présentées sous un jour favorable, puisque, pour une fois, on ne nous montre pas de sombres chevaliers de l'Opus Dei roulant pour l'Eglise? Ici les méchants sont vraiment diaboliques et les gentils vraiment chrétiens... Et le héros est un personnage de BD avec des cornes limées et le diable se réincarne en Raspoutine jusqu'à la fin des temps !


Un des amis, très réaliste, d'Hellboy


Hélas, ce film n'est pas unique en son genre. Il s'inscrit dans une tendance récente de navets hollywoodiens. Car ce qui s'applique à Hellboy vaut pour les délirants Constantine (Keanu Reeves et Rachel Weisz), la fin des temps (Schwarzie), Van Helsing, et L'Associé du Diable (Al Pacino, et Keanu Reeves), etc. Il s'agit d'oeuvres dont le message est bien plus pernicieux que les films ouvertement libre-penseurs, car on ne voit pas le Mal venir. Enfin, comme le rappellent un personnage de la Fin des Temps, le soit-disant infirme dans Usual Suspects, et le poète Baudelaire:

« La plus belle ruse du diable, c'est de faire croire qu'il n'existe pas ».

Et je vous le demande, qui irait croire à l'existence de l'Antichrist incarné par un si fantastique Hellboy?

24/11/06

Jean-Jacques metteur en scène















"Avec Jean-Jacques Bourdin, le maître d'œuvre de la matinée, le rendez-vous est citoyen, populaire, solidaire. C'est un espace de liberté où chacun s'exprime, raconte son quotidien, défend ses opinions. Comme dans la vie. Les acteurs de l'actualité sont invités, interrogés, souvent bousculés. Le ton est incisif et dérangeant, les auditeurs interviennent et bousculent eux aussi la matinale d'RMC."


Bourdin n’en finit pas de vouloir convertir les gens. Y réussit-il ? Si je n’avais ri, j’aurais hurlé. Je ne le trouve pas incisif, mais consensuel, démagogique. Dérangeant, oui, pas dans le sens qu’il aimerait. Cela est archétypique des présentateurs de radio, certes, mais lui bat le record. Ce matin du 24 novembre 2006, il présentait un cas de couple qui s’était donné la mort, un cas de « suicide assisté »… Un acte courageux, qui lui donnait civiquement les larmes aux yeux. Il citait à l’appui, pour légitimer son admiration éperdue, des texto d’auditeurs admiratifs, bouleversés, comme lui, par cette histoire d’amour magnifique. Il va jusqu'à parler de « Roméo et Juliette » pour désigner les suicidés assistés. Roméo et Juliette ? Il n’a pas songé dans sa recherche d'attributs élogieux, qu’en se suicidant de façon préméditée ces gens n'étaient ni Roméo ni même Juliette. Les héros de Shakespeare se suicident par accident, par dépit de croire l’autre mort. Les deux suisses ont tout planifié. Peut-être bien que le seul moyen de se prouver leur amour était de mourir? Et alors? N'est-ce pas tous ce qu'on cherche lorsqu'on lit Roméo et Juliette ou Tristan et Yseult? Qu'est-ce qui plaît le plus à un public? Une histoire d'amour et de mort, bien sûr, de mort surtout. Orchestrant leur mort, prévoyant cet événement pour tel jour, telle séance, nos suicidés assistés font reposer la tragédie au seul niveau de sa représentation. Tragédie parce que l'ordre inquisitorial réactionnaire veille dans l'ombre, peut-être? Mais dans cette tragédie-là, on feint de donner à cet ordre inquisitorial le caractère temporel sinon transcendental qu'il n'a pas. C'est refuser d'admettre qu'il n'existe qu'autant qu'il sert de repoussoir. Il faudrait donc être plus novateur car dans cette émission la tragédie rencontre peu de diablotins vengeurs. En tant que metteur en scène, J.J. est plus doué. Il a eu l'idée de faire venir l'homme qui a aidé les amoureux à se suicider, devenant ainsi l'historien de cette tragédie. On a un auteur! On a une tragédie! Hourra! Il ne manquait plus que les violons. Mais tout de même, non! on s'appelle Jean-Jacques, on ne s'abaisse pas à quémander l'approbation, on la revendique, avec un prénom à faire respecter, une admiration à marteler dans les oreilles de ses auditeurs.

Pour ceux qui veulent en savoir plus (sur le suicide assisté: cliquez là. Vous remarquerez que sur ce site les commentateurs parlent de débat alors que l'article ne rend compte que d'une contradiction inhérente aux droits de l'homme; que les commentateurs ordonnent de cesser le débat inutile alors qu'ils ne trouvent aucune résistance à leurs opinions, qu'ils sont tous d'accord pour dire que le suicide assisté, c'est formidable).

03/11/06

L'ange Homme Exterminateur : nouvelle espèce en voie de prolifération

« un bébé qui pleurait tous les jours », c’est le titre d’un article sur 2Ominutes.fr concernant l’histoire du bébé retrouvé dans l’eau. Aux dernières infos la maman n’aurait pas tué l’enfant. Or, les journalistes citent un témoin de première importance sans nul doute, au point de mettre sa parole en titre : il s’agit de dire que l’on sait bien que l’on pense que la maman est une tueuse, au fond peu importe si elle l’est ou pas, nous les journalistes on vous dit : Vous allez gober ce qu’on vous donne, vous allez croire à l’Homme-ange (pour légitimer l’homme ange exterminateur). Cela se prouve par a+b. Notre héritage des lumières syncrétiques dit que l’homme est un ange. Un ange déchu puisqu’il ne touche pas le ciel. L’homme déchu vaut cependant plus que satan : il existe, oui il existe en tant que tel puisqu’il affirme : je suis ange, dit-il ; souvent c’est l'équivalent d’une phrase rédemptrice.

Ainsi, je vous rappelle la récente cause célèbre de la maman qui avait tué sa (demeurée de) fille. En démiurge angélique elle a décidé de mettre fin à cette souffrance: à la tuer. Mais elle a dit (phrase rédemptrice): « j’en avais assez de la voir souffrir ». Ce n’est pas grave si on ne sait pas trop si cette souffrance était la sienne ou celle de sa fille. Mais la cause de l’euthanasie (qui est elle-même la cause de l’Homme-ange exterminateur) l’a emporté avant même l’issue du procès :on présentait à la radio la vieillarde comme une dame sympathique, un peu gâteuse sans doute parce qu’elle se faisait répéter tous les mots par son avocat,etc. donc elle n’était pas coupable, cette ange. Elle avait même délivré sa fille de la souffrance ; elle avait prononcé la phrase rédemptrice.

Dans l’affaire qui m’intéresse ici c’est la même chose. On légitime le meurtre de l’enfant non pas parce qu’il faut légitimer l’euthanasie ou l'avortement mais renforcer la cause de l’homme-ange exterminateur tout simplement. Si donc le témoin dit, je le rappelle, que le bébé pleurait presque tous les jours, et qu'ensuite les journalistes en font leur titre, c'est qu’ils pensent que l'enfant n'a pas eu d'accident, que la maman l'a tué (et donc que ce n'est pas un accident) et donc il y a bien reconnaissance du meurtre implicite. Retenir que le bébé pleurait presque tous les jours, c’est donner un point à l’avance au cas où il y aurait meurtre, c’est une circonstance atténuante pour tuer bébé, c’est la phrase rédemptrice qui fait de l’homme (femme) un ange exterminateur.

Les gens qui ont encore un semblant de jugeote diront que ça n’existe pas un bébé qui ne crie pas. Et les bébés muets, ça existe ? Non ? Si ? Non? c’est important à savoir tout de même, parce que si bébé muet, on va alors se plaindre à l’hôpital et porter plainte pour handicap non signalé pendant la grossesse et puis vous savez pourquoi pas légitimer un avortement rétrospectif, coup de marteau sur bébés muets… c’est angélique tout ça. Si l'angélisme est démocratique rien n'est gagné... Enfin, je citerai Pascal: "Qui fait l'ange fait la bête", on nous avait prévenu !

P.S.: En cherchant à nouveau cet article, je constatai qu'il avait disparu. Un autre article, toujours sur le même site du "journal", sans reprendre ce titre angélique, cite encore une fois le témoin, cette fois-ci en mentionnant une femme, et non plus un homme. Vous voyez, plus il y a de gens à le dire, plus c'est vrai. Voici: "Elle menait une vie calme", selon une voisine qui a toutefois affirmé que "le bébé pleurait beaucoup". Une autre de ses voisines la décrivait comme une jeune femme "très gentille"...

25/08/06

Usure de la critique journalistique [Spoilers]

Affiche du film: Lady in the Water

Consternée par la bêtise répétitive de critiques soi-disant professionnels semblant n'être payés que pour regarder une bande-annonce, il m'a semblé être de mon devoir de commenter cet article découpé dans un torchon fameux, et dont le lien est ici. En outre, suite à la descente médiatique planifiée de ce film et à ma propre admiration des œuvres de Shyamalan, je sens de mon devoir de piquer un fard.

Le papier en question est de la plume de Philippe Azoury, une critique du dernier film de Shyamalan Lady in the Water, critique dégouttante de mauvaise foi et représentative, j'espère bien le montrer, de la médiocrité d'une intelligentsia qui ne vit que de se regarder dans le miroir.

Le visionnement du film permet de comprendre, voire de compatir à ces aberrations journalistiques. Le journaliste Philippe Azoury tient le rôle qu’on lui assigne et tombe dans le piège que Shyamalan lui tend, à lui et ses congénères (car, s'étant tous ligués contre le film à cause du portrait d'un critique de cinéma, ils rejouent le rôle d'une caste une fois honnie mais plus noble qu'eux). Résumons les causes du conflit: critiquant un critique cinématographique, le réalisateur ne pouvait s'attirer que... la critique. N'est-ce pas voulu de la part de Shyamalan (pervers!) ?

P. Azoury, persuadé, à l’image du critique du film, que tout ce qu’il sait et croit savoir sur le monde du cinéma sera tel qu’il le dira, que peut-il faire d’autre que retomber sur ses pattes et déplorer, à l’instar de ses congénères, le manque d’originalité des œuvres contemporaines ?... Cette critique est, comme tant d’autres, attendue... comme si elle était programmée, par deux évènements interplanétaires: Shyamalan sort un nouveau film et Shymalan critique les journalistes de cinéma.

Il ressort de toute cette réflexion une grande tristesse du critique. Il n'est pas de plus grande méchanceté que dire à quelqu'un qu'il est triste, n'est-ce pas?

Shyamalan et l'acteur P. Giamatti

Pour nous parler du film, P. Azoury commence, avec une fausse bienveillance, à nous parler de "l'année difficile" de Shyamalan. Le journaliste aime jouer des doubles allusions. Shyamalan est qualifié, pour ouvrir l'article, d’ « Ex-petit Jésus d'Hollywood » et, plus loin, de « cinéaste messianique ». Favorisé, il aurait donc été chéri des dieux tout puissants incarnés par Disney, généreux mécène indifférent à la nullité de son artiste. Mais le revers de cet attribut "Petit Jésus" fait bénéficier Shyamalan d’une aura douteuse, puisqu'il est en opposition idéologique avec le journal duquel le journaliste est à la solde (LIBé!). Ce côté messianique, quant à lui, ne saurait s’appliquer intégralement à Shyamalan, car ce dernier a le toupet de dénoncer le journaliste et les siens, eux, dont la mission est d’être les messies de l’information.

Le journaliste accuse ensuite Shyamalan d’un tort plus grave : « Ne décolérant plus [il] a dénoncé dans un livre ses différents [sic] avec la compagnie aux oreilles décollées ». On est censé comprendre qu’il s’agit de Disney, et l’esprit du lecteur doit constater la perfide allusion de cet esprit retors. Or, si cette attaque reste implicite, c’est que Shyamalan n’a jamais émis de critiques de ce genre, et que c’est bien l’amalgame (chrétien donc antisémite) qui fait dire à ce garçon de telles inepties.

Après ce portrait caricatural, il passe à la critique (supposée) construite du film, peu élaborée, peu justifiée, on va le voir. Des considérations sur la campagne promotionnelle et les succès de Shyamalan du film sont les critères retenus par le cinéphile pour inciter ses lecteurs à bouder les séances. «On peut s’amuser de l’embarras visible d’une campagne promo essayant de tirer l’affaire vers la dérision ». Comment peut-il feindre avec mauvaise foi être un spectateur naïf, exempt de toute considération à ce sujet ? C’est une erreur déontologique de la part du critique cinématographique qui, de prétendu neuneu, se mue soudainement en parangon du connaisseur littéraire quelques lignes plus bas: il reproche à ce film des « signes évidents d’usure narrative». De culture, il ne manque certes pas :

« [Ceux qui n’aiment pas Shyamalan] qui, depuis Incassable ou le Village, soupçonnaient quoi qu'il en soit Shyamalan d'être juste capable de filmer des blagues Carambar avec le sérieux existentiel du Bergman du Septième Sceau n'auront plus aucun doute ».


Le critique englobe toute sa caste agonisant sous le fléau de la pénurie intellectuelle avec le « Ceux » : ceux, eux, les élus, l’élite qui a Vu, de ses yeux Vu, de quel sinistre personnage il s’agissait, de quelle honteuse idéologie Shyamalan était porteur. La culture devient accessoire au profit de la Dénonciation du Comité de salut public & de la propagande idéologique. Bien malgré elle, cette insulte reconnaît une cohérence à l’œuvre de M. Knight. La culture de P. Azory ne s’arrête pas là. Peut-être en a-t-il trop, peut-être en a-t-il tant qu'il perd le fil du réel? A l'aide de sa référence philosophique, il érige celle-ci en condition sine qua non de tout chef-d’œuvre, accusant à plusieurs reprises Shyamalan de procéder par « rétrécissement ». Il serait naturel, suivant sa logique, que l’on exige du cinéma de comporter les dialogues de Rohmer et le suspens d’Hitchcock... Il est certain que l'on va au cinéma parce qu'on a égaré nos livres de philosophie et que l'on veut les retrouver à l'écran.

Shyamalan

Pour mieux ridiculiser Shyamalan, Azoury décide ensuite de déconsidérer les « fan » classiques de ses films (car il y en a, en nombre égal sinon supérieur aux gens qui les « haïssent »). Il décide de les peindre, galamment, en attardés profonds. Tout comme le critique fictif du film qui meurt pour avoir préjugé des intentions d’autrui, Azoury arrive, avec une prescience divinatoire, à prévoir que les fans de Shyamalan vont s’ennuyer face à la toile et que, dans leur bêtise naturelle, ils appliqueront au symbolisme du film l'interprétation que la classe médiatique a elle-même appliqué au « Village ». Je cite : "Par fidélité, [les fans] verront dans ce dégorgement de symbolisme le premier film sur les inondations en Louisiane". Cette fureur vient sans doute de ce que la scène où le critique prévoit la façon "cinématographique" dont il va mourir est une des scènes les plus drôles du film. Un critique tellement engoncé dans ses références qu'il ne voit plus le réel, qu'il en meurt.

Mais ce qui est à retenir, à travers l’attaque des spectateurs, ce n’est pas tant le manque supposé de capacités intellectuelles de ces derniers, qu’un indice des facultés imaginatives déficientes du critique.

Pour conclure sur ce brillant tissu de prose (on doit reconnaître ce talent à l'auteur), je dirais que ses mérites consistent principalement à : savoir jouer avec l’allusion ambiguë, la calomnie, au nom, non d'un idéal commun, mais d'un tort implicite, caché, honteux. Donnez-moi quelqu'un à haïr, je vous aimerai. Shyamalan croit en Dieu. Certes, on a bien le droit de trouver les films de Shyamalan puants, nuls, lents, la liste est longue... Mais filmer avec talent et émotion les valeurs de l'entraide et de la foi, c'est être passible du boycott journalistique. A défaut d'être efficace et fondée, ce genre d'attaques finit par tourner à l'attaque personnelle. La croyance personnelle du cinéaste tourne ainsi à la psychose: "plus parano que jamais".

Voilà ce que le film et ce critique montrent bien: sans imagination, pas de création et pas d’espoir! penser que tous les hommes se valent, que tous les films se valent ou doivent se valoir, n’est-ce pas se dénoncer soi-même comme ignare ? Philippe Azoury en est un, et un grand dans sa catégorie.



13/05/06

La ville du péché


Sin City est violent, c’est un fait. Mais il est idéaliste. La femme idéalisée en tant que p*** est montrée comme victime de la violence et de la bêtise masculine mais elle est bien capable d’être méchante et bête, elle aussi, comme par exemple cette gourde qui vend toutes ses amies pour se retrouver elle-même à la merci d’un psychopathe. La scène qui clôt la fin du film est drôle parce qu’elle empêche de tomber dans le schéma femme victime/gentille et homme bourreau/méchant; la scène de clôture donc évite d’irriter les hommes se sentant obligés de penser du « bien » de la pauvre Femme.

Il n’y a rien à redire sur l’esthétique du film qui fait très bien passer la pilule de la violence au point que les censeurs éberlués sans doute, par la beauté visuelle, se sont dit, comme il y a deux cent ans (je renvoie pour les amateurs d’histoire, à Victor Cousin) : « ah! laissons la morale de côté ça n’a rien à voir avec l’art ». Donc pas de censure. Ceci dit, je ne pense pas que la morale du film soit inexistante. Elle vous prévient de la brutalité de l’Homme de façon générale, surtout lorsque l’homme est un psychopathe et qu’il obéit aveuglement à la Religion (on n’a pas encore écrasé l’infâme!). Le mal n’est pas inhérent à l’homme, il vient de l’institution (les flics sont pourris, sauf Hartagan), de l’Eglise (le psychopathe campé par Elijah Wood a été recueilli et engagé charitablement par le cardinal). Marv qui aime bien torturer les gens est philosophe et capable d’aimer une femme (Goldie). Comme s'il y avait du mérite à aimer les gens, sexuellement parlant. Bien sûr, without sin, there’s no justice, mais qu’est ce que la justice ? Il reste à la définir.

En résumé, à mon avis c’est un très beau film: visuellement révolutionnaire mais, en ce qu'il participe de l'idéologie anti-chrétienne à fond les ballons (parce que c'est toujours plus facile de taper sur le crâne des vieilles institutions qui ne veulent pas mourir), il ne brasse que du vent, même si le vent souffle très fort. En fait dans le fond, c'est exactement le même genre de film que Seven! or, sans inversion des valeurs pas de provoc', et sans provoc' pas de succès gigantesque. Ce que ce film fait de mieux c'est qu'il lie le fond à la forme!